Shaagath Arié
Arye Loeb b. Asher,
le Shaagath Arié


Asser Lion
Asser Lion,
fils du Shaagath Arié


Wittersheim
Nethanel Wittersheim


L.M. Lambert
Lion Mayer Lambert


Lipmann
Benjamin Lipmann



Louis Morhange



Isaac Bigart


Isaac Weil
Isaac Weil


Ury
Adolphe Simon Ury


Shaagath Arié
Arye Loeb b. Asher,
le Shaagath Arié

Asser Lion
Asser Lion,
fils du Shaagath Arié


Wittersheim
Nethanel Wittersheim


L.M. Lambert
Lion Mayer Lambert


Lipmann
Benjamin Lipmann



Louis Morhange



Isaac Bigart


Isaac Weil
Isaac Weil


Ury
Adolphe Simon Ury

LE RABBINAT DE METZ
DES ORIGINES AU DEBUT DU 20ème SIECLE
par Colette KAHN


L'arrivée des Juifs à Metz remonte à la plus haute antiquité. Certains la font coïncider avec le passage des armées romaines dans la région.
Depuis sa création la communauté de Metz a été le siège de rabbins prestigieux et a été à la tête du judaïsme de l'Europe.

Rabbenou Guershom : Meor ha Gola

Le plus prestigieux des rabbins messins est certainement Rabbenou Guershom surnommé "Guershom hazaken" ("Guershom l'ancien") ou plus souvent "Meor ha Gola" ("Lumière de l'exil"). Né à Metz en 960 il meurt à Mayence en 1028. C'est le fondateur des études talmudiques en France et en Allemagne.
Il réunit un synode en l'an 1000 et de nombreuses décisions (takanoth) qui y furent prises sont encore valables de nos jours.
Parmi elles il faut citer : Il a lui-même eu à souffrir des conversions car son fils lui-même n'hésita pas à embrasser le christianisme. A la mort de celui-ci Rabbénou Guershom tint à observer la semaine de deuil.

Les élèves de Rabbenou Guershom surnommés les "Sages de Lorraine" font partie des Tossaphistes .Il convient de citer parmi eux : Rabbi Eliezer de Metz fils de son frère Machir et l'auteur de Sefer Yeréim qui fut également l'élève de Rabbenou Tam.
Les principaux collègues de Rabbi Eliezer furent Rabbi David de Metz et Rabbi Juda de Metz qui fut le maître de Rabbi Meïr de Rothenbourg

Mais les temps changent. Les croisades, les mesures contre les Juifs décidées aux différents conciles et enfin l'expulsion des Juifs de France sous Philippe le Bel influent sur le sort des Juifs lorrains bien que Metz ne fassent pas partie du royaume de France mais des Trois Evêchés en possession des Hasbourg, les Messins furent trop heureux de se débarrasser des Juifs. Cette partie de l'histoire des Juifs de Metz reste obscure.

Retour des Juifs à Metz

Le retour de Metz à la France en 1552 donne un nouvel essor à la communauté qui se reforme en1595 avec 25 familles. Une commission se forme composée de six membres dont trois rabbins : Isaac ben Lazare Lévy, Joseph Lévy et Salomon ben Gershon Zay qui créent le tribunal rabbinique.

A partir de cette époque la nomination des rabbins est soumise à l'acceptation du gouverneur de la ville
Si jusqu'à la Révolution Metz a eu les rabbins les plus prestigieux d'Europe, tous ont été en but à l'hostilité d'une partie de la communauté et souvent des syndics eux même, et leur tâche n'a pas été facile.

Isaac Lévy (Achkenasi) devient le premier rabbin de cette communauté
Il est né en Allemagne. En effet jusqu'au 19ème siècle Metz fera toujours appel à des rabbins étrangers afin qu'ils ne soient pas influencés par des rapports familiaux avec des membres de la communautés.
Son fils, le rabbin Joseph Lévy inaugure la synagogue en 1618 .

Peu à peu la communauté se développe et bénéficie de la protection royale. En effet Metz est une ville de garnison et de nombreux militaires y résident. Les Juifs, souvent marchands de chevaux sont fournisseurs des armées.
La nomination du rabbin devant être confirmée par le gouverneur de la ville, le duc de la Valette accepte en 1624 le rabbin Moïse Cohen venant de Prague. En but aux attaques de certains membres de la communauté qui s'opposent à lui il quitte son poste pour retourner à Prague où il meurt en 1642.

Le rabbin Nathan de Francfort lui succède. A sa suite, malgré l'opposition du duc de la Valette Moïse Nerol né à Safed est nommé grand rabbin de Metz. Sa famille s'était installée en Pologne et avait été touchée par les massacres de Chmielniski. Elle avait alors émigré en Allemagne Les syndics de la communauté édictent un édit permettant de choisir le rabbin sans l'accord des autorités. Cet édit est accepté et Moïse Nerol, confirmé dans ses fonctions, reçoit le roi Louis XIV à la synagogue.
A partir de cette époque la ville de Metz est certainement la communauté la plus savante d'Europe. Elle nomme les rabbins les plus prestigieux et ceci jusqu'à la révolution.

Le rabbin Yona Theoumim Fraenkel est également né à Prague. Dès l'âge de 18 ans sa réputation de talmudiste est déjà bien établie. Après avoir présidé aux destinées de plusieurs communautés de Bohème, il arrive à Metz en 1660 Il y restera jusqu'à sa mort malgré les sollicitations de communautés prestigieuses. Il a beaucoup fait pour le développement des études sacrées à Metz..
C'est sous son mandat qu'a lieu la célèbre "Affaire de Boulay" où Raphaël Lévy accusé de meurtre rituel est exécuté (Cet affaire s'est passé à Glatigny petite bourgade proche de Boulay, et selon une tradition messine il est interdit à un Juif de passer la nuit à Glatigny).
L'affaire de Boulay amena de nouvelles persécutions contre les Juifs, le peuple ne voulant pas croire à l'innocence de Raphaël Lévy et s'en prenant souvent au quartier juif. Afin d'être protégé par les autorités les Juifs durent s'engager à payer au duc de Brancas et a ses successeurs une taxe spéciale ; la "Taxe Brancas", qui grevait lourdement le budget de la communauté fut payée jusqu'à la Révolution.

Cependant, la communauté tenait à engager les plus illustres rabbins et cette période a été l'âge d'or du judaïsme messin.
Un des successeur du rabbin Yona Theoumim fut le grand rabbin Gerson Achkenazi Oulif qui présida au destin de la communauté de 1678 à1693. Gendre du grand rabbin Menahem Krochmal il est surtout pour ses ouvrages qui lui attirent de nombreux élèves. Sous son influence la yeshiva de Metz connaît un nouvel essor.

A sa mort en 1693 le poste rabbinique fut repris par le grand rabbin Gabriel Eskeles venu de Prague. Un des plus célèbre talmudiste de son époque il contribua lui aussi au développement de la communauté. Grâce à la générosité d'un couple messin il put acquérir un grand immeuble pour en faire une école talmudique qui fut à l'origine de l'école rabbinique. Il quitta Metz pour exercer à Nikolsbourg où il resta jusqu'à sa mort en 1718.

Son successeur le rabbin Abraham Broda, venu lui aussi de Prague était aussi réputé comme un grand talmudiste. En 1713, à la suite d'un différent avec la communauté à propos d'une affaire d'héritage il accepta le poste de Francfort et quitta la ville.
C'est à son époque que fut créé l'hôpital juif qui existe encore sous le nom de l'hospice israélite
C'est pendant la vacance du rabbinat en 1715 que survint une terrible catastrophe que Glükel von Hameln nous rapporte dans ses mémoires. Glükel Hameln, veuve allemande s'était remariée avec un commerçant messin. Elle nous a laissé des Mémoires qui nous instruisent sur la vie juive de l'époque Elle nous raconte donc que, lors de l'office du deuxième jour de Shavouoth une panique se produisit dans la tribune des femmes d'où on avait cru entendre des voix extraordinaires et un bruit formidable sur la toiture. Les femmes se précipitèrent avec une telle violence dans l'étroit passage de la sortie que six d'entre elles furent écrasées.

Le rabbinat fut longtemps vacant après le départ d'Abraham Broda. Le conseil de la communauté aurait voulu élire l'un des deux assesseurs qui assuraient alors la fonction, mais craignaient que par leur origine messine ils ne puissent pas être impartiaux dans les conflits qui pourraient surgir Les cinq rabbins qui se succédèrent alors furent certainement les plus célèbres

En 1719 arriva venant de Worms le rabbin Jacob Reischer, né lui aussi à Prague. Il était très affecté par la mort de son fils survenue un an plus tôt. Comme tous ses prédécesseurs il eu à affronter les conflits internes de la communauté ce qui ne l'empêcha pas de laisser une œuvre littéraire importante entre autre Shevouth Yacov ouvrage de responsa et Minhat Yacov.

A sa mort en 1733 le poste fut disputé entre le rabbin Josué Falk de Cracovie et le rabbin Jonathan Eibeshutz de Prague. La veuve du rabbin Reischer fit pencher la balance en faveur du rabbin Falk L'assassinat de cette dame entraîna le rabbin Falk à quitter le poste en 1739. Quelques années auparavant il avait perdu toute sa famille dans l'explosion d'une poudrerie située près de chez lui mais cela ne devait pas influer sur son œuvre. Il est considéré comme un des plus importants talmudiste de tous les temps. On lui doit entre autre un commentaire du Talmud le Pnei Yeshoua.

Portrait anonyme du Rabbin Jonathan Eibeschütz, lavis, 25,5x18cm
Collection particulière, dépôt à La Cour d'Or - Musées de Metz, Salle juive ; cliché : J. Munin
Eibeschütz
Après son départ la communauté nomma au poste le rabbin Jonathan Eibechutz avec qui il avait été en concurrence lors de sa nomination. Le rabbin Eibeshutz est l'une des figures les plus controversées du rabbinat de l'époque. Au cours des années 1660 le mouvement sabbatianiste s'était répandu dans le monde juif. Shabbtaï Tsevi prétendait être le Messie et la majorité des Juifs du monde l'avaient suivi (Il faut lire dans les mémoires de Glükel von Hameln comment les Juifs de Metz se préparaient au départ pour le rejoindre en Palestine). Après la conversion de Shabbtaï à l'islam les esprits s'étaient un peu calmés mais certains croyaient encore en lui. Il est possible que le rabbin Eibechutz en était. La chose n'est pas vraiment prouvée et encore aujourd'hui les avis sont partagés. Il est cependant certain que l'on a trouvé des amulettes écrites par lui avec des formules sabbatianistes bien qu'il se soit toujours défendu d'appartenir au mouvement. Ce sont ces accusations qui avaient empêché son élection à la place du rabbin Falk
A son arrivée à Metz il obtint de la communauté la restauration de la vieille synagogue. Mais son œuvre la plus importante est la rédaction d'un recueil des lois et coutumes juives destiné au Parlement pour l'aider dans la conduite de procès entre Juifs. Lassé des attaques contre lui il quitta Metz pour Altona où il mourut en 1761.

Son successeur le rabbin Samuel Helman venu de Manheim eut l'idée de faire ouvrir une imprimerie juive à Metz, la première de ce type en France.

Le Schaagath Arye

Mais le plus illustres des rabbins messins, orgueil de la communauté est le rabbin Arye Loeb ben Asher plus connu sous le nom de son principal ouvrage le Schaagath Arye. Né en Lituanie, il est nommé au poste de Metz en 1765 en venant de Francfort et y reste jusqu'à sa mort en 1785.
D'une grande piété et d'une parfaite honnêteté il se heurte souvent à l'attitude trop autoritaire des syndics de la communauté Sur l'insistance des membres de la communauté il accepte cependant de rester. La position des syndics est en effet délicate car la nomination de Schaagat Aryé avait été confirmée en 1766 par décret royal.
Parmi ses dissensions avec les syndics il faut signaler la querelle concernant les Haquedamoth : hymne que l'on chante après le premier verset de la Torah à la fête de Shavouoth. Le rabbin refusait qu'on interrompe ainsi une lecture sacrée et cela contrairement aux usages de la communauté.
Sa yeshiva était l'une des plus fréquentée du royaume et forma de nombreux élèves.
Pendant son rabbinat il eu l'honneur de recevoir le comte de Provence (futur Louis XVIII) à la synagogue

La Révolution et le Sanhédrin

Voir l'article :
La Révolution française et
les Juifs de Metz
Nous sommes à la veille de la Révolution et les esprits commencent à s'échauffer. En 1787 l'Académie propose pour son concours annuel le thème "Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ?" .C'est un messin, l'abbé Grégoire qui remporte le prix. Il restera un ardent défenseur de la cause juive.

Les Juifs de Metz se sentent solidaires de la Révolution. Le rabbin Oury Phebus Cohen premier rabbin né à Metz, se présente pour offrir ses services au pays et encourage des coreligionnaires à combattre pour la liberté Après la victoire de Valmy il fait célébrer à la synagogue une cérémonie pour fêter la victoire de Thionville et se rend en grande pompe accompagné du conseil rabbinique et du conseil de la communauté au devant des vainqueurs.

Pendant la Terreur les biens religieux sont saisis. La synagogue n'échappe que de justesse à la vente mais le cimetière est profané. L'assesseur du grand rabbin, le rabbin Joseph Gougenheim, qui deviendra lui-même grand rabbin, est arrêté et ne doit qu'à la réaction de Thermidor de ne pas être guillotiné.

Depuis la mort du Shaagat Aryé en 1785 Le poste de grand rabbin de Metz n'avait plus de titulaire officiel. La politique de la communauté avait changé. Il ne suffisait plus de nommer un grand talmudiste ; il fallait avoir un rabbin dont la science profane égalait la science juive et surtout un rabbin qui parlait français.
Trois des assesseurs de Rabbi Arye Loeb : Le rabbin Oury Phebus Cohen le rabbin Meyer Charleville et le rabbin Joseph Gougenheim assurent l'intérim jusqu'à la nomination du rabbin Cohen qui gardera ce poste jusqu'à sa mort en 1806

En 1806 Napoléon convoque une assemblée de notables afin de savoir si les Juifs pouvaient s'adapter aux lois de la nations. Les représentants juifs ont à répondre aux questions les plus diverses et le font à la satisfaction de l'empereur.
Cette même année le rabbin Ascher Lion venant d'Allemagne est nommé rabbin de Metz par décret impérial. Il ne conservera ce poste que six mois et sera remplacé par le rabbin Meyer Charleville, enfant du pays .
Napoléon voyant que l'assemblée de notables n'était guère efficace décida un peu plus tard la même année de réunir un "Sanhédrin" chargé de définir le statut des Juifs. C'est alors que fut créé le Consistoire Central qui entre autres fonctions, était chargé de la nomination des rabbins.

A la mort du grand rabbin Charleville, le rabbin Gougenheim alors âgé de 80 ans lui succède, mais il meurt quelques mois plus tard et est remplacé par le rabbin Aron Worms. Elève du Shaagat Arye il avait été jusqu'à ce jour assesseur au tribunal rabbinique. Homme de grand savoir il avait été chargé de représenter Metz au Sanhédrin. C'était encore un rabbin de la vieille école peu féru en culture profane et surtout ne parlant pas le français. Malgré son orthodoxie il avait tendance à faciliter la pratique religieuse en la débarrassant de toute rigueur exagérée.
Mais il ne devait pas conserver longtemps ses fonctions et rapidement il se vit préférer en1820 un messin d'origine le rabbin Nethanel Wittersheim. Fils d'un homme qui par sa générosité était considéré comme le bienfaiteur de la communauté, c'était un homme du monde doté non seulement d'une vaste culture juive mais aussi d'une grande culture profane. Son but principal fut de changer la yeshiva où l'on n'étudiait que les études sacrées en une école talmudique où serait enseigné également des matières profanes afin de faire des Juifs des hommes modernes. Cette école fut ouverte en 1821 et est l'ancêtre de l'actuelle école rabbinique.

 
Grammaire hébraïque composée par le Grand Rabbin Lion Mayer Lambert
C'est en 1827 que fut inaugurée à Metz l'école rabbinique sous la direction de Lion Mayer Lambert qui devint grand rabbin de Metz en 1836 qui s'efforça de moderniser le judaïsme français et en particulier le judaïsme lorrain.
L'école rabbinique de Metz fonctionna jusqu'en 1859 date à laquelle l'empereur Napoléon III ordonna son installation à Paris.

Le Second empire et la République

A sa mort en 1863 le rabbin Benjamin Lipmann lui succéda. Né à Metz c'était un ancien élève de l'école rabbinique. Disciple d'Aaron il s'était donné pour tâche de résoudre les conflits pouvant apparaître entre membres de la communauté ou entre les administrations. Il eut aussi à cœur de moderniser l'hospice. En 1870 lors de l'annexion de la Lorraine par l'Allemagne il opte pour la France et devient grand rabbin de Lille. Sa succession est assurée par un ancien professeur de l'école rabbinique le grand rabbin Louis Morhange de 1871 à1874. Ses successeurs le grand rabbin Isaac Bigart (1874-1885), le grand rabbin Isaac Weil (1885-1890) le grand rabbin Adolphe Ury (1890-1899) puis le grand rabbin Nathan Netter (1900-1954) s'efforcèrent de maintenir le souvenir français dans l'âme de leurs ouailles, de maintenir les institutions créées par leur prédécesseurs comme l'hospice et l'école primaire, de fonder des sociétés caritatives : la Société des Dames puis avec l'arrivée des Polonais les dames de Bon cœur.

La communauté de Metz s'était enrichie d'une immigration d'Europe de l'Est qui avait son propre rabbin dont les relations avec le grand rabbin local étaient excellentes. Si Metz a cessé d'être aujourd'hui un des phares du judaïsme elle garde le souvenir des rabbins qui ont fait sa grandeur passée.

Voir aussi :
  • la liste des grands rabbins de Metz et de Moselle de 1850 jusqu'à nos jours
  • l'article des Archives Israélites (1840)