Ce dossier a été réalisé par Jean CAHN de Sarreguemines

Les juifs dans la région de Sarreguemines
par Robert WEIL,
Professeur au Lycée de Sarreguemines.
Ce texte est paru dans L'arrondissement de Sarreguemines de Joseph Rohr

La synagogue de Sarreguemines sur une carte postale ancienne - coll. © M. et A. Rothé
Des juifs ont habité Sarreguemines dès le 13e siècle ; en 1336, un certain Karpelou est autorisé par le duc Raoul à résider à Sarreguemines et à y pratiquer le commerce contre le paiement d'une taille. La même année, les juifs Benedict et Samuel, son fils, habitant Sarreguemines, reconnaissent qu'ils ne possèdent de créances ni en ville, ni à la cour ducale de Nancy.

En 1380, Jean Ier de Lorraine renouvelle la charte de franchise des bourgeois mais stipule que les juifs ne peuvent bénéficier des avantages accordés.

En 1446, Jean III de Nassau-Sarrebruck protège pour six ans un certain Moyse de Funderman de Sarreguemines contre une rente annuelle de 2 florins. Enfin en 1477, René expulse les juifs lorrains et confisque leurs biens ; ils se réfugient dans les principautés voisines. C'est ainsi que Frauenberg devient un centre juif important.

Les juifs pratiquaient essentiellement le commerce de l'argent en tant que banquiers ou changeurs, toute autre activité leur étant interdite. Il apparaît vraisemblable que certains d'entre eux ont habité Rouhling, Welferding, Woustviller ainsi que Puttelange où subsista très longtemps une ruelle des Juifs.

En général, les juifs, persécutés par les autorités civiles, trouvèrent protection auprès des hauts dignitaires de l'Eglise. En 1337, Jean Kircherr de Welferding fit des démarches auprès du duc Raoul en faveur des familles déjà citées de Benedict et de Samuel de Sarreguemines. En 1349, la peste noire décima les populations de l'Europe occidentale ; les juifs et les lépreux, accusés d'en être la cause, furent brûlés vifs en maints endroits ; ceux qui purent échapper à la fureur populaire trouvèrent asile auprès de quelques prêtres clairvoyants et tolérants.

En 1442, l'évêque de Metz, Conrad Bayer de Boppart autorisa les juifs à habiter Hambach et Roth. Au cours des siècles qui suivirent, les juifs arrivèrent tant bien que mal à se maintenir en pays lorrain ; c'est ainsi qu'à Frauenberg se fixent quelques familles. Elles n'avaient pas toujours le droit d'y résider.

Le 26 mai 1778, à la suite de plaintes, le procureur du roi au bailliage, Dumaire de Sarreguemines, leur enjoignit de sortir du royaume dans le délai d'un mois. Les expulsés se pourvurent au conseil du Roi, et, en 1779, un arrêt royal permit aux 22 familles juives de Frauenberg de continuer à y résider pour être réunies aux 180 familles tolérées en lorraine sous la condition de "contribuer comme les autres familles et en proportion de leurs facultés aux charges de la communauté".
Le seigneur de Frauenberg demanda la révision de l'arrêt de 1779 mais il mourut avant d'avoir atteint son but. Les juifs de Frauenberg acquirent un grand cimetière, lieu de repos pour tous les juifs des environs.

Un arrêt du roi en date du 26 janvier 1753 autorise les familles Genzbourger et Dalsheim à résider à Sarreguemines. Mais au cours des années suivantes, du fait qu'elle s'étendent considérablement, des protestations s'élèvent. Genzbourger était assez riche pour pouvoir prêter, le 31 juillet 1765, une somme de 6200 livres à la ville de Sarreguemines qui peut, grâce à cet emprunt, couvrir en partie les frais de construction de l'église paroissiale.

Il ressort d'une requête adressée en 1769 à l'Intendant par le Juif Marchand Behr que les offices religieux étaient célébrés dans l'une des chambres de S. Genzbourger et que d'autres offices avaient lieu à la synagogue de Welferding. Behr reçut l'autorisation de transformer une partie de sa maison, située contre le mur d'enceinte de la ville, en synagogue et d'y célébrer le culte pour les juifs de Sarreguemines seulement.

Le 22 février 1787, les juifs de Sarreguemines, demandent à la municipalité l'autorisation d'acheter au marché à la même heure que les autres habitants. Celle-ci leur est refusée.

En 1789, l'Assemblée Nationale, sur l'initiative généreuse de Clermont-Tonnerre énergiquement soutenue par Mirabeau et Robespierre, décharge, malgré l'opposition de l'abbé Maury, les juifs, les protestants et les comédiens "du long anathème qui pesait sur eux et les déclare admissibles aux emplois civils et militaires".Cette nouvelle est accueillie avec joie par toutes les communautés juives. Mais un grand mouvement d'opposition à cette émancipation se produisit tant en Lorraine qu'en Alsace. Une lettre du député de Sarreguemines, Dumaire, datée du 3 mai 1790, en fait foi.

Dès 1791, un siège rabbinique est créé à Sarreguemines ; son autorité s'étend à toute la région.

En 1861, on signale 350 israélites sarregueminois. C'est la même année qu'une nouvelle synagogue est érigée rue de la Chapelle. Achevée dès 1862, elle se caractérisait par son style byzantin qui lui donnait un cachet très particulier.

En 1871, cette partie de la Lorraine fut annexée à l'Allemagne. Les juifs, de même que leurs compatriotes chrétiens, maintinrent ce qu'ils purent des traditions françaises et c'est avec une joie immense qu'ils retrouvèrent en 1918 la mère-patrie dont ils avaient été séparés depuis près de 50 ans.

La synagogue de Sarreguemines d├ętruite en en 1940
coll.© J.Cahn
En 1939, dès la déclaration de guerre, les populations frontalières furent évacuées à l'intérieur de la France. Il se créa à Angoulême, Cognac, Chasseneuil, Poitiers et leurs environs de petits centres juifs formés de familles lorraines.
Leur destin se sépara nettement de celui des autres Lorrains lors de la défaite de la France. Alors que ces derniers étaient autorisés à rentrer dans leurs foyers par le vainqueur allemand, les juifs furent mis hors la loi à la fois par les Allemands et par le gouvernement de Vichy.
Rappelons pour mémoire quelques-unes des mesures iniques dirigées contre eux : mise à pied des fonctionnaires, interdiction de pratiquer les professions libérales, interdiction de commercer, mise sous séquestre des quelques biens que les juifs alsaciens et lorrains avaient pu sauver lors de l'évacuation de leurs foyers et de la débâcle de 1940, obligation de porter l'étoile jaune, etc...

Les premières rafles dirigées essentiellement contre les juifs étrangers eurent lieu en 1941 puis elles s'étendirent aux juifs français. Dès 1942, il ne subsistait pratiquement plus de juifs lorrains en Charente ou dans la Vienne mis à part quelques groupes dans les Vosges ou à Nancy même et dans les environs immédiats. Ces régions furent "expurgées" en 1943.

Lorsqu'en 1945 l'heure de la libération sonna, les survivants de ce drame aux actes multiples regagnèrent leurs foyers. Des 395 personnes que comptait la communauté juive en 1939, 95 avaient été déportées dont 6 seulement échappèrent à la mort. Sur les 89 âmes disparues, on compte 28 enfants parmi lesquels 19 en bas âge. Enfin 5 jeunes gens étaient tombés au champ d'honneur.
Les "revenants" furent accueillis avec joie par leurs compatriotes lorrains dont les souffrances, quoique d'une autre nature, avaient également été vives.

La communauté israélite de Sarreguemines s'est regroupée malgré de grosses difficultés matérielles : synagogue disparue, dynamitée dès 1940 par les Allemands, cimetières juifs de Sarreguemines et de Frauenberg dans un état lamentable.
Ce n'est que grâce à un travail obstiné, au dévouement de ses chefs spirituels et temporels, à la compréhension amicale des pouvoirs publics et à la collaboration de toutes les couches de la population que les communautés purent panser toutes les plaies de la guerre et recréer les institutions nécessaires à la vie même de toute communauté religieuse.

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