SIERCK-LES-BAINS
par Jean-Bernard LANG
page réalisée avec le concours de Pascal FAUSTINI



"Passage de l'ancienne synagogue" situé à l'endroit où l'immeuble a été démoli
pendant la seconde guerre mondiale - © Henri Schumann


L'un des cimetières israélites de Sierck - © Henri Schumann

La présence de juifs à Sierck est peut-être une des plus anciennes de Moselle, puisqu'en 1295, le duc de Lorraine se réservait le droit d'en accueillir dans cette ville pour y exercer des activités de prêt, mais on ignore si ces intentions furent suivies d'effet.

C'est en 1690 que pour la première fois un texte mentionne un accord passé entre eux et les autorités municipales, mais il est probable qu'ils étaient installés dès la prise de la ville, en 1661, par les troupes françaises. Il s'agissait de quatre familles venues d'Allemagne d'après leurs noms patronymiques (Fribourg, Bingen), qui fixèrent sur le papier leurs droits et leurs obligations. Au chapitre des premiers, celui d'installer une synagogue dans une chambre particulière et d'enterrer leurs morts dans un fossé de la ville, près de la Porte Neuve qui donnait sur la route de Sarrelouis. Au chapitre de leurs obligations, on relève le paiement d'un droit d'habitation de soixante écus par famille, dont la répartition était confiée à un syndic (qui en fait, était le rabbin ) et un loyer de quatre livres pour le cimetière. Le paiement de ces impôts les défrayait de toute autre contribution.

Il y eut successivement trois cimetières à Sierck. Le plus ancien fut en service entre 1620 et 1720, mais à partir de cette date, on en a ouvert un autre sur la route de Sarrelouis, au-delà des remparts, mais non plus dans le fossé. Enfin, à partir de 1820, un nouvel emplacement fut adjoint au précédent. Ce cimetière était celui des communautés voisines, Sierck, Montenach, Sentzich, Fixem, Koenigsmacker et Monneren. Il fut profané le 2 février 1973 par des enfants.

Les juifs s'installèrent rue de la Porte de Trèves et jusqu'à la Révolution, livrèrent à la municipalité une guérilla tenace pour faire baisser le niveau de leurs contributions. Il est vrai que dans l'ensemble leur situation resta assez modeste, et qu'en général, les polémiques se terminaient par l'autorisation, arrachée de guerre lasse aux autorités, d'admettre des nouveaux venus afin d'augmenter les capacités fiscales de la petite communauté. Comme partout dans les places fortes, les juifs de Sierck aidèrent à l'importation des chevaux pour la cavalerie, à la fourniture de l'étape pour la troupe et les sergents et plus discrètement, aidèrent bien souvent la ville de Sierck à boucler son budget grâce à des emprunts négociés le plus souvent à Trèves.

La plupart des juifs établissaient des créances aux paysans de la région, à Contz, Apach, Hunting, Malling, etc. Ils avaient d'ailleurs à faire face à la concurrence de coreligionnaires venus de Metz, mais aussi de Trèves ou de Merzig. Pour être plus près de leurs "clients", certains quittaient Sierck pour s'établir dans le plat-pays, ainsi naissaient les habitats juifs de Montenach, Kedange ou Contz. Ces déplacements de résidence étaient d'autant plus souhaitables que certains prêteurs, en échange d'un remboursement non effectué en numéraire, devenaient propriétaires de vignes ou de terres, en violation du droit coutumier. En fait, ils ne gardaient pas longtemps ces acquisitions, se hâtant en général de les louer ou de les affermer. Le plus connu de ces usuriers fut Jacob Bonn, dont les deux fils, Cerf et Samuel devinrent tous deux maîtres d'école vers 1740.

Dans l'ensemble cependant, les juifs de Sierck, à la fin du 18ème siècle faisaient partie intégrante de la société locale. Aussi n'est-il pas étonnant que dès novembre 1791, deux mois après le décret d'émancipation, un certain Isaac Lévy fut élu conseiller municipal.

Au début du 19ème siècle, une synagogue fut construite dans ce qu'on appela désormais la rue des Juifs. Mais la communauté déclina lentement tout au long de cette période, ses membres préférant aller s'établir à Thionville. Encore rénovée en 1886, la synagogue n'était plus guère fréquentée en 1939, et fut détruite par l'occupant en 1940. Son dernier président en titre, après 1945, fut Rodolphe Zachayus.

D'après Gilbert Cahen dans un article de l'Almanach du K.K.L. 1956


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