Asser Lion, fils du Shaagath Arié
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Le développement des Lumières et l'Émancipation posèrent de nouveaux défis au rôle traditionnel du rabbin. Là où l'Émancipation fut acquise (27 septembre 1791 en France, 1869 pour la Confédération germanique qui abolit toutes les restrictions politiques et civiques concernant les Juifs) les rabbins perdirent leur fonction juridique, les questions de croyance et d'observance durent être reconsidérées et les pratiques traditionnelles connurent des réformes croissantes dans des cercles de plus en plus larges. Le rabbin se vit alors confronté à la nécessité d'acquérir un savoir profane outre ses connaissances en matière de judaïsme, besoin qui se fit sentir aussi bien dans les cercles orthodoxes que réformistes. Pour ce faire, on fonda des écoles et des séminaires rabbiniques animés d'un esprit de modernisation et destinés à l'instruction des rabbins.
Le contexte étant dressé, où se trouvaient ces principaux séminaires ? Quelle était l'origine de leurs élèves ? Quel était le contenu de la formation des futurs rabbins de ces établissements ? Quelle était l'orientation de ces séminaires ? Quelles relations ces futurs rabbins entretenaient-ils avec leur pays ou région d'origine ? L'engagement professionnel des rabbins de cette époque allait-il dans le sens de la dynamique patriotique de l'époque ? En quoi ces établissements supérieurs religieux pouvaient-ils constituer un pont ou un fossé entre la France et l'Allemagne ?
C'est donc en raison du mouvement d'émancipation des Juifs d'Europe occidentale et d'Europe centrale que le besoin de séminaires modernes destinés à l'instruction des rabbins se fit sentir au 19ème siècle. Avec l'Émancipation, les communautés juives commencèrent à s'intégrer culturellement et politiquement dans la société environnante. La formation poussée mais étroite dispensée par les yeshivoth se révéla donc en partie dépassée. La fonction de rabbin devint comparable à celle des ecclésiastiques et les gouvernements qui surveillaient avec attention les autorités religieuses exigeaient des communautés juives qu'elles nomment des dirigeants spirituels ayant reçu une éducation moderne.
Au 19ème siècle, des séminaires rabbiniques ouvrirent donc leurs portes en Europe centrale et occidentale en vue de former avec rigueur les chefs spirituels des temps nouveaux. Outre l'école rabbinique de Metz, fondée en 1829 et transférée à Paris en 1859, il convient de mentionner le séminaire rabbinique de Zacharias Frankel (1801-1875) (Breslau, 1854), l'école supérieure pour la Wissenschaft des Judentums du réformé Abraham Geiger (1810-1874) (Berlin, 1872), le séminaire rabbinique pour le judaïsme orthodoxe d'Azriel Hildesheimer (1820-1899) (Berlin, 1873), le séminaire de Budapest (1877), et le Jews College de Londres (1855). Des institutions similaires virent également le jour au États-Unis, tels le Hebrew Union College réformé (Cincinnati, 1875) ou le Jewish Theological Seminary of America conservateur (New York, 1886).
Le Concordat de 1801 complété par les Articles Organiques de 1802 régla les rapports des cultes catholiques et protestants et de l'État. Quelques années plus tard (1808), Napoléon ler donna au judaïsme français ses structures et sa représentation qui remettaient en cause la communauté de base et son autonomie juridique et religieuse traditionnelle, répondant à la volonté de l'État de favoriser la centralisation et le contrôle des autorités religieuses par des notables assimilés. L'unité administrative fut le consistoire de 6000 âmes avec, à sa tête, un président laïc élu et, sur le plan religieux, un rabbin consistorial ou grand rabbin rémunéré par un impôt sur les fidèles. Au niveau national, le consistoire central israélite de France, élu par les plus imposés dirigeait le culte israélite (1).
Outre l'institution du Consistoire central, clef de voûte de l'organisation du culte israélite, il convenait de ne pas laisser aux communautés locales la désignation de leur ministre du culte. Cela supposait une organisation nationale pour la collation des grades, d'où l'institution d'une École centrale rabbinique qui vit le jour en 1829 à Metz par transformation de la vénérable École talmudique de cette commune (2). À titre transitoire, les postulants au titre rabbinique devaient être possesseurs d'une attestation souscrite par trois grands rabbins. A cette obligation s'ajoutait la maîtrise de la langue française exigible à partir de 1820. En outre la préférence était accordée à ceux qui connaissaient aussi le latin et le grec.
C'est en vertu d'un arrêté du 21 août 1829, approuvant les dispositions du règlement de l'École que fut fondée l'École centrale rabbinique à Metz (3). Cette école rabbinique était la continuatrice de l'ancienne et célèbre yechivah de Metz avec une tradition bien établie d'études rabbiniques et de maîtres formés avant la Révolution (Arié Loeb dit le "Sha'agath Arié" né en 1695 en Lithuanie venu à Metz en 1765 pour y mourir en 1785 fut ainsi un des plus célèbres rabbins de son temps). Il faut dire que l'école talmudique de Metz, fermée lors de la Terreur avait été rouverte par la communauté en 1821. Le Consistoire central la transforma en 1827 en "école centrale de théologie", habilitée à dispenser un diplôme rabbinique national.
Pour être admis à l'école, il fallait entre autres alors être français, âgé de dix-huit ans, être porteur d'un certificat de bonne conduite, connaître la langue française, avoir des notions d'arithmétique, d'histoire et de géographie, posséder les principes de la langue hébraïque et être en état d'expliquer un texte du Talmud. Les études duraient cinq ans et se divisaient en deux : études sacrées et études profanes. Les études religieuses comprenaient la langue hébraïque, l'explication avec commentaires du Pentateuque et des autres livres de l'Écriture sainte, l'étude des traités du Talmud qui sont d'une application journalière et le résumé de certaines oeuvres de grands penseurs comme la Main forte de Maïmonide (1135-1204) et le Shoul'han Aruch (la Table mise, c'est-à-dire la Torah à la portée de tous) de Joseph Caro (1488-1575) (4). De plus les élèves recevaient un cours d'histoire des Hébreux jusqu'à nos jours.
Les études profanes comprenaient les langues grecque et latine, la philosophie, la rhétorique, l'histoire ancienne et moderne. En quatrième et cinquième année, les élèves s'exerçaient à la prédication par des discours sur des sujets moraux ou religieux. Chaque année, les élèves passaient un examen public. À la fin de leurs études, l'examen qu'ils avaient à passer portait sur tout le contenu de l'enseignement. Ils devaient soutenir une thèse portant sur des sujets religieux. L'examen était sanctionné par la délivrance de certificats d'aptitude de degrés différents. Le premier conférait le titre de rabbin (ou docteur de la Loi), le second le titre de grand rabbin ou degré supérieur. La première promotion des élèves de l'École centrale rabbinique comprenait des élèves brillants comme Salomon Ullmann originaire de Saverne (1806) qui séjourna à l'école de Metz de 1830-1834 et qui allait devenir rabbin à Lauterbourg, puis rabbin de Nancy et enfin grand rabbin du Consistoire central (1853-1865) ainsi que son condisciple et successeur dans ce poste Lazare Isidor né à Lixheim en 1813 (1866-1888) mais encore Lazare Wogue, né à Fontainebleau en 1817, séjournant à l'école rabbinique de 1831-1842, y occupant un temps le poste de professeur. Il devait apporter une grande valeur à la science du judaïsme.
D'importants travaux d'agrandissements furent entrepris à partir de 1849. Ils furent retardés par les hésitations du Consistoire central qui se décida finalement à transférer l'École à Paris, tant en raison de l'importance prépondérante prise par la communauté juive de la capitale que pour soustraire les élèves à des influences jugées trop traditionalistes. Il est vrai que si la communauté juive française atteignait 70000-80000 personnes au milieu du 19ème siècle, vingt mille vivaient à Paris sous le Second Empire et cinquante mille des 80000 juifs de France métropolitaine à la fin du 19ème siècle en raison d'importants mouvements migratoires en provenance d'Alsace-Lorraine annexées.
C'est donc par un décret du 1 juillet 1859 que fut opéré le transfert de l'École centrale rabbinique de Metz à Paris qui prit le nom de Séminaire israélite de France. En fut son directeur dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le grand rabbin Isaac Trénel jusqu'à sa mort en octobre 1890. Originaire de Metz, il avait été, après avoir quitté l'École de Metz, rabbin à Besançon et de là il avait été appelé à Paris pour être rabbin-adjoint au grand rabbin Isidor. C'était un esprit très cultivé et un talmudiste remarquable. A sa mort en octobre 1890, c'est le grand rabbin Joseph Lehmann qui lui succéda. Né à Belfort en 1843, il séjourna comme étudiant au Séminaire israélite de France de 1862 à 1867, devint rabbin de Paris puis directeur du Séminaire. Ce Séminaire était dirigé par le Consistoire de Paris et administré par un comité consistorial où figuraient le grand rabbin du Consistoire central (Président), le grand rabbin du Consistoire de Paris (viceprésident) et deux membres laïcs du Consistoire central. Ce séminaire qui comptait environ cinquante élèves, forma durant la deuxième moitié du 19ème siècle des rabbins, des ministres-officiants et des professeurs d'hébreu pour la France et pour les pays de langue française. Son ambition était d'assurer un enseignement de la Torah et de donner également aux jeunes étudiants une culture générale de bon niveau. Les études religieuses de base comprenaient la Bible, le Talmud avec commentaires rabbiniques anciens et récents, la philosophie, la littérature hébraïque ancienne et moderne, l'histoire juive depuis ses origines à nos jours, l'homilétique et la liturgie. Le programme des études profanes incluait et la philosophie et la littérature française. Les études duraient cinq ans après l'obtention par le jeune étudiant de son baccalauréat.
Durant de nombreuses années, les élèves qui n'avaient pas obtenu le baccalauréat, purent suivre les cours d'une section préparatoire à l'entrée au Séminaire, connue sous le nom de Talmud torah ou petit séminaire. Ouverte en 1853, cette section fut dirigée de 1862-1866 par le rabbin Zadoc Kahn puis par le rabbin Lazare Wogue. Une autre section à l'intérieur du Petit Séminaire pour former des ministres-officiants (École de Pédagogie et de Liturgie) fut créée en 1889. Au début du 20ème siècle, le personnel du Séminaire israélite de France et du Talmud Torah comprenait un personnel d'un haut niveau : le directeur était le grand rabbin Joseph Lehmann, le directeur-adjoint n'était autre qu'Abraham Cahen. Parmi les enseignants, on relevait la présence d'Israël Lévi, d'Hartwig Derenbourg, membre de l'Institut de France, Mayer Lambert, Jacques Kahn, Joseph Halévy, Julien Weill et Simon Debré (7).
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