BISCHWILLER

Synagogue de Bischwiller Communauté datant du 19ème siècle.
La première synagogue fut construite en 1856,
dans la rue des Menuisiers. Elle fut détruite
durant l'occupation allemande. Une nouvelle
synagogue a été édifiée en 1956, et consacrée en 1959.
Bischwiller a été siège d'un rabbinat à partir de 1910,
en remplacement de celui de Schirrhoffen.
Synagogue de Bischwiller

Histoire des Juifs de Bischwiller au 19ème et au 20ème siècles
Jean Daltroff
Almanach du KKL-Strasbourg, 1998

Une émouvante cérémonie en souvenir de l'ancienne synagogue de Bischwiller a eu lieu le dimanche 16 novembre 1997 au groupe scolaire rue des Menuisiers à partir de 15 heures. A l'invitation de la mairie de la commune, les anciens bischwillérois ayant fréquenté cette synagogue sont venus en nombre. Les retrouvailles furent touchantes à l'image entre autres des trois fils de l'ancien ministre officiant Abraham Weill, des deux fils du rabbin Sylvain Lehmann, Max et Jean et des nombreuses familles dont les Meyer, Hirsch, Bauer, David, Potoki, Blum, Kahn...
La cérémonie se déroula en deux temps :
- au groupe scolaire rue des Menuisiers, une plaque rappelant l'existence de l'ancienne synagogue de Bischwiller (1859-1940) fut dévoilée par le rabbin Heymann de Haguenau. Auparavant l'instituteur Monsieur Dott qui a pris l'initiative de cette commémoration faisait lire par ses élèves de CM2 des extraits du Panier de Houblon de Claude Vigée évoquant la vie à l'intérieur de cette synagogue disparue. Une chorale d'enfants entonna ensuite un très joli "événou shalom alékhem" suivi par des lectures de psaumes de Madame le Pasteur et de son homologue catholique.
- dans la salle des fêtes de la cité, le maire de Bischwiller, Monsieur Hirtler souligna l'importance de cette cérémonie pour la mémoire et pour la construction de l'avenir. Monsieur Don, l'instituteur, insista sur le rôle des associations où Christian Günther, Conservateur du Musée et des Archives de Bischwiller prit une part très active. Après l'intervention de Monsieur Meyer-Moog, vice-président du Consistoire israélite du Bas-Rhin, il appartint à Jean Daltroff de faire l'historique de la communauté juive de Bischwiller aux 19ème et 20ème siècles. Le maire remit enfin à Monsieur Bauer la médaille du Mérite pour sa participation très appréciée pendant de nombreuses années au Conseil municipal de la commune. Un sympathique verre de l'amitié ponctua cette très belle cérémonie.

Nous nous proposons maintenant d'évoquer l'histoire des juifs de Bischwiller.

Bischwiller, possession de l'Evêque de Strasbourg pendant plusieurs siècles, devint par la suite une résidence de plusieurs familles dont les Eschenau en 1537 les Flach de Schwarzenbourg et les Deux-Ponts au 17e siècle, qui y introduisirent la Réforme. A la veille de la Révolution française, le bourg sur les rives de la Moder appartenait au duché de Birkenfeld, autre branche de la maison palatine (1) .

Le Memorbuch de Mayence donne le nom des lieux où se produisirent des persécutions en 1349. Bischwiller y étant nommé, on peut supposer que des juifs y habitaient (2). La localité n'en admit plus par la suite. Ils eurent l'unique droit au 17e et au 18e siècles de passer dans la cité soit pour se rendre dans d'autres communes, soit pour y vendre des marchandises et y régler leurs affaires. Ils payaient ainsi un droit de passage (le Judengeleith) et recevaient un billet utilisé comme sauf-conduit. On sait aussi que Christian II accueillit à Bischwiller quelques familles juives, de 1676 à 1679. C'était à l'époque de la Guerre de Hollande entre Louis XIV et une coalition où figuraient l'Empereur d'Allemagne, le duc de Lorraine, l'Espagne et le roi d'Angleterre (3).

Le Dénombrement des Juifs d'Alsace de 1784 ne mentionne pas de juifs dans la localité alors que l'Alsace compte plus de 19 000 juifs pour une province de 624 000 personnes soit 3 % de la population totale (4).
En 1791, la ville avait 3 140 habitants dont une grande partie était des protestants. En 1807, sur 3 941 habitants, on distinguait 3 680 protestants (plus de 93 % de la population totale) et 261 catholiques (5).

La Révolution française (décret d'émancipation des juifs de France du 27 septembre 1791) avait permis auparavant aux juifs d'Alsace d'avoir les mêmes droits que leurs voisins chrétiens et de devoir respecter les mêmes lois. Ils pouvaient librement s'établir où bon leur semblait, y exercer les activités de leur choix, acheter et posséder des biens mobiliers, faire le service militaire etc. Ils pouvaient résider à Bischwiller s'ils le désiraient.

La communauté juive de Bischwiller jusqu'en 1940


La première synagogue de Bischwiller (1859-1941) - coll. © M. & A. Rothé

La Révolution industrielle favorisa l'expansion de l'industrie bischwilléroise. La population était passée de 5300 habitants en 1825 à 6642 en 1851. A la filature à la main et aux manèges à chevaux se substituèrent, en 1815, la mécanisation et en 1842, le moteur à vapeur. Les fabriques de filature et de tissage se développèrent considérablement à une époque où les transports s'amélioraient et où la voie ferrée commençait à s'étendre (6). Le nombre des fabricants de draps se multipliait (les premiers étaient des calvinistes), passant de 53 en 1815 avec 120 métiers, à 64 en 1840 pour 371 métiers (7).

C'est dans ce contexte que plusieurs familles juives arrivèrent dans la ville vers 1825. Bischwiller perpétuait ainsi sa tradition de terre d'accueil qu'elle avait été pour les huguenots français dès 1560 en tant que drapiers, teinturiers, aubergistes ou tricoteurs de chausses ou pour les immigrés de Suisse dès la fin du 17e siècle. Mais ce n'est que vers 1850 qu'une communauté juive fut créée. Parmi les dix familles qui en constituèrent l'ossature, on peut noter les noms de Aron Blin, de Diogène Dreyfus et de la famille Schweitzer (8). De 17 juifs en 1826 dans la cité, on était passé à 53 en 1846 et à 94 en 1851 dans une ville dont la population totale se chiffrait à 6 642 habitants.

 Les juifs venaient pour la plupart de Schirrhoffen (409 juifs en 1851 soit 67 % de la population du village avec un maire juif, Raphaël Lévy), mais aussi d'Offendorf, de Wittersheim (146 juifs en 1851 sur 732 habitants) ou de Herrlisheim (163 juifs en 1851) (9)...

L'augmentation du chiffre de la population juive rendit nécessaire la construction d'une synagogue à Bischwiller. Une commission de quatre personnes fut nommée en septembre 1856 par le Consistoire Israélite du Bas-Rhin formée des Srs Blin, Ruef, Dreyfus et Blum (10). Ce comité chargé de "la gestion des affaires de la communauté" se mit donc à l'œuvre. Dès 1857, le Conseil municipal concéda à la communauté un terrain communal pour y installer le cimetière. La communauté fit également l'acquisition d'un corbillard.
Par un décret préfectoral du 19 janvier 1857, la communauté israélite de Bischwiller fut réunie au rabbinat de Schirrhoffen (11).

En 1858, la commission israélite de Bischwiller ayant l'intention de bâtir une synagogue soumit un projet d'emprunt au Consistoire israélite du Bas-Rhin (12). La construction de la synagogue fut donc entreprise à l'angle de la rue des menuisiers et de la rue Leclerc.
Cet édifice était rendu nécessaire par l'augmentation de la population juive qui allait passer de 53 juifs en 1846 à 216 juifs en 1861 puis à 246 juifs en 1866 soit 2,48 % de la population totale de la cité. Cette construction se justifiait également par le fait que le local où se célébrait le culte israélite était devenu trop exigu.
Il fallut donc acheter un terrain à Moyse Schweitzer moyennant le prix de 1 200 Francs, payer les frais de construction et les honoraires d'architecte soit une dépense supérieure à 21 900 francs (13), qui fut couverte par les ressources propres de la communauté : souscriptions volontaires, cotisations et locations de places.
L'inauguration put avoir lieu le 14 avril 1859. La communauté juive avait dû s'endetter en couvrant le déficit par un emprunt qui devait durer 16 ans. Ce résultat qui équivalait à une contribution de plus de 100 francs par membre était mis en valeur par le Maire de l'époque le Dr Samuel Guillaume Luroth qui soulignait que les "israélites de Bischwiller avaient donné aux autres communautés un exemple qui mériterait d'être suivi" (14). Claude Vigée, le célèbre écrivain né à Bischwiller en 1921 sous le nom de Claude Strauss fait dans son ouvrage Un panier de houblon - la verte enfance du monde (Paris, J.C. Lattés, 1994, pp.79-82) la description suivante de cette synagogue : "c'était un assez vaste édifice de briques et de pierres de taille... la maison de prières était située loin du centre historique de la localité, dans un quartier peuplé surtout d'artisans, d'ouvriers d'usine, occupé par des manufactures du textile de taille presque familiale. L'arche sainte au fond de la synagogue se trouvait derrière le rideau de velours grenat brodé de diadèmes dorés et de lions de Juda héraldiques, tous rutilants de lumière sous les lustres et le grand baldaquin en chêne sculpté. Notre arche était gardée sur ses côtés par deux hautes colonnes torses en bois de couleur sombre surmontées chacune par un gros lion débonnaire à la crinière frisée, et couronnée par un baldaquin de forme baroque dont la charpente en spirale se perdait dans les ténèbres de la voûte sacrée... Les hordes hitlériennes en 1940 incendièrent notre vieille synagogue campagnarde, puis en rasèrent jusqu'au sol les murs noircis et ruinés".

La vie socio-économique des juifs de Bischwiller sous la Monarchie de Juillet puis sous le Second Empire fut marquée par la coexistence d'un groupe de juifs exerçant des métiers traditionnels et d'un autre groupe plus dynamique de commerçants et d'industriels. Ainsi en 1841, la communauté juive était formée de cinq familles soit en tout 32 personnes dont 9 actifs : deux fabricants de draps dont Aron Blin, un marchand de draps (Braunberger), deux commerçants (Samuel et Heymann), deux négociants (Samuel et Picard), un domestique et une servante (Aron et Weil).


L'entrepreneur Albert Blum devant la turbine de la centrale électrique. Collection particulière


Dessin humoristique lié à la prise de fonction vers 1930 du Président de la communauté
de Bischwiller Edmond Hirsch (1864 Géorgie USA 1932 Bischwiller) au détriment de son
usine. Anonyme. Collection Jean Meyer
En 1851, la communauté comptait 84 membres dont 34 actifs avec six fabricants de draps, six commis négociants, sept servantes, deux négociants, deux drapiers, un négociant en laine, un chaudronnier, un apprenti cordonnier, un ingénieur des Ponts et Chaussées etc.
En 1861, sur les 84 actifs, on comptait 22 fabricants de draps (dont l'entreprise "Blin et Bloch" avec les frères Maurice et Théodore Blin associés à leur père Aron Blin et à David Bloch (qui employait 300 personnes dans l'usine sur les bords de la Moder appelée "Eich am Garten var den Brücken"), douze négociants, huit commis négociants, treize domestiques travaillant pour la plupart dans les familles de fabricants de draps et de négociants, quatre merciers, deux épiciers, trois rentières, un farinier, un négociant de perches à houblon, un boucher, un cabaretier, un chantre etc. (15).

Une étude attentive des naissances à l'état-civil de Bischwiller entre 1866 et 1870 confirme l'existence d'activités correspondant aux métiers de la campagne et celles du développement des professions industrielles de la population juive (16). Nous avons ainsi dénombré plusieurs familles dont la profession se rattachait au petit commerce : des merciers dont Anchel Kaufmann, des fripiers dont Joachim Caen, un prêteur (Paul Kahn), un courtier de commerce et un "traficant" Valentin Bloch, 32 ans à la naissance de son fils Armand le 9 décembre 1868. On relève également de nombreux négociants et fabricants de draps dont Sylvain Bloch, 23 ans et Léopold Lévy 32 ans en 1866 ou Léon Weill et Amon Hirsch en 1870. C'est que l'industrie du drap avait connu un nouveau développement au milieu du 19ème siècle grâce à l'implantation de grandes manufactures et à l'arrivée de nouvelles générations d'entrepreneurs. En 1860,  la ville comptait ainsi 90 fabricants de draps équipés de 1245 métiers à tisser occupant plus de 3700 ouvriers.

A côté des Schwebel et Schmidt, des Bertrand, des Kayser et des Lambling, de talentueux industriels juifs participèrent à l'essor économique de Bischwiller. Nous pouvons citer les importantes familles de drapiers comme les Fraenckel, les Picard, les May, les Lévy, les Auscher, les Hirsch, les Blum et surtout les Blin (17).
Maurice et Théodore Blin, les deux fils d'Aron Blin, fabricants de draps à Bischwiller depuis 1825 allaient marquer de leur empreinte la vie industrielle de la cité. C'est Maurice qui introduisit le premier métier à tisser mécanique en France en 1855, la rameuse mécanique à chaud en 1860. En 1861, il bâtit une usine modèle à Bischwiller (Blin et Bloch). La qualité de ses draps lui permit de remporter une médaille d'argent à l'Exposition universelle de 1867 (18). Il participa en outre très activement à la vie associative de la commune comme membre du Conseil municipal, comme administrateur adjoint de la Caisse d'Epargne à partir de 1860 et comme membre de la Chambre consultative des Arts et Manufactures du canton de Bischwiller au côté entre autres de Jules Roederer ou d'Auguste Schwebel (19).

La guerre de 1870 et l'annexion portèrent un coup sérieux à l'industrie de la localité. Parmi les 4000 personnes qui quittèrent la ville, pensant ne plus trouver de débouchés sur le marché allemand et préférant opter pour la France, se trouvaient plusieurs familles juives qui se fixèrent surtout à Elbeuf en particulier les Fraenckel, les Herzog et la manufacture Blin et Blin des frères Maurice et Théodore Blin qui occupait plus de mille ouvriers et qui restera en activité jusqu'en 1976 (20).

A Sedan émigrèrent les familles Blum, Meyer et Weill (21).
Le chiffre de population total de la commune tomba de 11 500 en 1869 à 7 000 en 1875. La population juive baissa également passant de 246 âmes à 171 personnes. Néanmoins la communauté juive se restructura à tel point que la population juive repassa à 210 personnes en 1900 attirée qu'elle était par le développement des usines textiles. Des nouvelles familles venaient pour la plupart des villages voisins et d'Allemagne.

Durant la période 1871-1939, la variété des professions s'amplifia. A côté des épiciers, des colporteurs, des marchands de bestiaux et des bouchers se développèrent les professions libérales (dentistes, médecins) et les industriels. Ainsi la fabrique de chaussures "L. Weil et Compagnie" occupait en 1910, 75 à 80 ouvriers et ouvrières qui produisaient chaque jour 600 paires de pantoufles et de sandales. La maison "Jules Hirsch et Compagnie" fondée en 1874 s'occupait d'achat de toutes sortes de vieux fers et métaux, et préparait de la ferraille pour les usines consommatrices. Quant à l'industriel Albert Blum, il avait acheté en 1910 le moulin de "Neumühle" pour le transformer en centrale électrique. Il avait obtenu de la ville de Bischwiller une concession de fabrication et de distribution d'électricité. L'entreprise fut réquisitionnée pendant la seconde guerre mondiale. A la libération les fils d'Albert Blum, Léon Marcel et Claude reprirent l'activité jusqu'à la fin de l'échéance de la concession qui passa en 1956 à l'Electricité de Strasbourg.

Sur le plan cultuel, la communauté juive de Bischwiller avait été rattachée au rabbinat de Schirrhoffen. Elle avait à ses frais acquis un cimetière, édifié une synagogue. Elle salariait elle-même son ministre-officiant, son instituteur et secourait les indigents de la localité et ceux du dehors (21). Les titulaires furent Reb Lazar puis son fils Aron Lazarus. Vinrent ensuite Zacharias Lazarus, Simon Lévy entre 1870 et 1898 et le Dr Zacharias Wolff qui avait été auparavant directeur de l'école rabbinique de Colmar.
Au moment du transfert en 1909 du siège du rabbinat de Schirrhoffen à Bischwiller, l'autorité spirituelle était le Docteur Sylvain Lehmann. Il était né en 1875 à Guebwiller. Fils d'un marchand de cuirs, diplômé rabbin en 1901 au Hildesheimer Seminar de Berlin, docteur en philosophie, il fut donc rabbin de Schirrhoffen de 1902 à 1910, puis de Bischwiller de 1910 à 1938. Il succomba à un accident de la circulation en mai 1938 sur la route de Bischwiller.
Parmi les présidents, on relève les noms de Mrs Aron et Maurice Blin, Baer Schweitzer, Salomon Kahn, Aron Sommer, Edmond Hirsch, Albert Blum, Léon Weil et Joseph Lévy. Les ministres officiants furent les Srs Lévy, Dreyfus, H. Marx et Abraham Weill, ce dernier originaire de Schirrhoffen avait exercé à Offheim, Barr et Dieuze avant d'entrer en fonction à Bischwiller.


La nouvelle synagogue fut inaugurée le 15 novembre 1959 - © Alfred Dott


Cimetière juif de Bischwiller - © Alfred Dott
Voir les tombes du cimetière en ligne

La communauté juive de 1940 à nos jours

A la veille de la seconde guerre mondiale, la population juive s'élevait à 193 personnes. Le ministre officiant en poste était Abraham Weill, le président de la communauté Joseph Lévy aidé dans sa tâche par le vice-président, l'avocat Jacques Lehmann, le trésorier, Albert Weinberg, l'industriel Léon Blum comme secrétaire ; Léopold Picard, Henry Meyer, et Charles Lévy complétaient l'équipe comme membres de la commission administrative (22).

La guerre allait faire éclater toute cette structure. Certains juifs trouvèrent refuge à Lyon (familles Jules Hirsch, Henry Meyer), d'autres à Villeurbanne (famille Abraham Weill), d'autres encore à Carpentras comme le président Joseph Lévy ou à Ambert dans le Puy-de-Dôme comme le Dr. Arthur Lévy. David Kahn et Daniel Kahn se réfugièrent à Thonon-les-Bains. La famille de Claude Vigée partie avec l'auto familiale parvint le 12 juin à Bordeaux, se retrouvant dans les rues de Toulouse le jour de l'entrée en vigueur de l'armistice (23) . Léopold Picard se retrouva à Celles-sur-Durolle (Puy-de-Dame). Quant à la famille Blum (Les Fils d'Albert Blum), elle put trouver refuge à Bourganeuf dans la Creuse. Mais tous ne purent échapper aux affres de la guerre.

Ainsi Robert le fils de Gustave Heymann tomba au champ d'honneur au Donon. D'autres, comme prisonniers de guerre, vécurent dans les stalags et oflags allemands comme Max Lehmann au stalag 17B ou bien encore Jean Lehmann qui, après avoir combattu en mai-juin 1940 au sein du 23e RIF fut fait prisonnier et passa cinq ans de sa vie au stalag XI d'Altengrabow avant d'être libéré par les Américains à Dessau en avril 1945. Léon Marcel Blum, lieutenant dans les chasseurs à pied connut le même sort puis à l'oflag 10 C de Lübeck, avant d'être libéré en mai 1945 par l'armée anglaise (24).

Mais de nombreuses familles ne revinrent pas, victimes de la barbarie nazie dans les camps d'extermination.
Quant à la synagogue, elle fut détruite par les nazis pendant l'occupation en 1941. 37 personnes disparurent ce qui représentait 20 % de la communauté.

La communauté juive se reconstitua cependant après guerre grâce aux efforts conjugués du président Joseph Lévy et du ministre officiant Abraham Weill à la grande compétence et au dévouement inlassable. Les offices eurent lieu provisoirement dans l'aile arrière de la maison de Madame Edmond Hirsch, la grand-mère de Monsieur Jean Meyer. M. Weill était chargé de l'enseignement religieux et le rabbin Roger Cahen s'occupait de la formation de la jeunesse.

Une nouvelle synagogue fut inaugurée le 15 novembre 1959, construite selon les plans des architectes Cromback et Heller. La cérémonie fut présidée par le grand rabbin du Bas-Rhin Abraham Deutsch et par le sous-préfet de Haguenau, bénéficiant du concours de M. Kugler, ministre officiant et du choeur de la synagogue de Haguenau. Le maire de Bischwiller (Paul Kauss) célébra "la gloire pour une ville d'en faire un foyer intense sur le plan spirituel et d'unir ainsi tous les hommes de bonne volonté" (25). Mais le nombre de fidèles de la communauté baissait, passant de 66 en 1954 à quelques familles de nos jours réunies autour du Président Monsieur Edouard David.

Vitraux de la nouvelle synagogue de Bischwiller, représentant les douze tribus d'Israël issues des
douze fils de Jacob - © Alfred Dott

Pour conclure, nous insisterons sur l'importance spirituelle des édifices religieux à Bischwiller : pas moins de cinq avec l'église St Nicolas, l'église protestante, l'église St Augustin, la chapelle Notre-Dame et la synagogue de la rue Foch avec ses douze vitraux conçus selon la bénédiction de Jacob sur les douze tribus d'Israël. Or Jacob dans la tradition juive avait eu un rêve (Genèse 28:12) : "Une échelle dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de l'échelle". Et plus loin (Gn. 28:18) : "Il prit la pierre qu'il avait placée sous sa tête et en fit un monument". Puis après avoir conclu une alliance avec son beau-père, il prend une pierre et dresse un monument. Et entre ces deux événements, il est question de la pierre qui bouche l'ouverture du puits et que Jacob déplace tout seul pour abreuver le troupeau de Rachel.
Nos sages mettent ces trois événements en relation avec le monde qui repose sur trois bases : l'étude, la prière et la bienfaisance ; et qui se maintient d'autre part grâce à trois valeurs :  la vérité, la justice et la paix. Cet esprit du message de Jacob présent à Bischwiller, n'est-il pas le plus beau message que l'on peut retenir comme preuve que le souffle spirituel est indestructible en cette fin du 20ème siècle ?

Tableau généalogique des descendants de Moyse BLIN de Fort-Louis.

Ses descendants ont créé une association "Les descendants de Moyse BLIN"
qui participe à l'entretien du cimetière israélite de Bischwiller où reposent
certains de leurs ancêtres.

Sur l'histoire de la famille Blin, voir l'article de Simon Schwarzfuchs, consacré
au film de Sabine Franel, Le premier du nom.

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