Etre juif en Dordogne entre 1939 et 1944

Ce thème a fait l'objet d'un travail de recherche en archives, dans une perspective documentaire et d'investigation, complété par une collecte de témoignages oraux. Un triple projet, à la croisée de l'histoire et de la mémoire, porté par les Archives départementales de la Dordogne, en restitue les résultats :

LE LIVRE

Rédaction par Bernard Reviriego, attaché de conservation aux Archives départementales, d'un ouvrage intitulé Les juifs en Dordogne, 1939-1944.
Il est préfacé par Serge Klarsfeld qui dit : "Il s'agit d'une recherche extrêmement rigoureuse et méthodique, s'appuyant sur une documentation considérable et inédite, le souci de ne jamais oublier l'aspect humain de la tragédie qui s'est déroulée et le recours permanent aux témoignages d'époque. L'histoire des Juifs du département de la Dordogne est écrite. C'est une oeuvre importante et exemplaire".

Ce travail a aussi la dimension d'un Mémorial : sa dernière partie comporte près de 1700 notices biographiques et de parcours de vie.

L'ouvrage a été co-édité par les éditions Fanlac et le Conseil général de la Dordogne/Conseil général. On peut joindre l'auteur à l'adresse suivante : b.reviriego@dordogne.fr

EDITIONS FANLAC

BP 2043 Périgueux - Tél. 05 53 53 41 90
Info@fanlac.com - www.fanlac.com
Format 17 x 24 ; 528 pages ; ISBN 2-86577-233-0 Prix : 28 €
Documents d'époque, carte, photographies, index, bibliographie


LE DISQUE


Réalisation par les Archives départementales de la Dordogne d'un double CD audio intitulé Ça m'est arrivé. Être juif en Dordogne entre 1939 et 1944. Ce cd est réalisé à partir des enregistrements recueillis par Laurence Perperot, responsable de la sonothèque des Archives départementales, et Bernard Reviriego auprès de vingt-quatre témoins de l'époque qui ont accepté de confier et de transmettre un passé souvent douloureux.
Prix du CD : 12 €. On peut se le procurer aux Archives départementales de la Dordogne - 9 rue Littré - 24 000 Périgueux, tél : 05 53 03 33 33.

Le CD audio et le livre ont été distribués gratuitement par le Conseil général dans tous les collèges du département.


L'EXPOSITION

L'exposition porte le même nom que le CD, Ça m'est arrivé. Être juif en Dordogne entre 1939 et 1944, et se fonde sur les mêmes extraits de témoignages.

Elle est conçue comme complémentaire de l'ouvrage. Les témoins ont été photographiés par Denis Bordas, photographe aux Archives départementales, et il est possible d'écouter, avec un baladeur, leurs témoignages organisés en six thèmes :
L'antisémitisme et la guerreLa Dordogne, terre d'accueilL'exclusionLa persécutionLa RésistanceLa mémoire Des objets personnels prêtés par ces témoins, et commentés par eux, font écho aux documents originaux tirés des Archives départementales. La muséographie a été confiée à Sandra Caillaud.

L'exposition s'est tenue aux Archives départementales de la Dordogne
9 rue Littré - 24 000 Périgueux, (tél : 05 53 03 33 33) du 15 décembre 2003 au 12 mars 2004.

Cette exposition est prêtée à titre gracieux par les Archives départementales de la Dordogne. Pour tout renseignement, contacter Bernard Reviriego : b.reviriego@dordogne.fr


L'HISTOIRE

Lorsque débute la seconde guerre mondiale, la Dordogne, où ne vit alors qu'une dizaine de familles juives, devient terre d'accueil ou de passage pour des dizaines de milliers de réfugiés. Elle est désignée pour recevoir ceux que l'on appelle les "repliés" du Bas-Rhin et de Strasbourg, parmi lesquels beaucoup sont issus de l'importante communauté israélite de Strasbourg. Ils tentent de s'adapter à ce nouvel environnement et de se structurer autour de certaines institutions ou personnalités israélites. C'est ainsi, par exemple, que l'hôpital Élisa et la clinique Adassa de Strasbourg sont implantés respectivement à Sarlat et aux Eyzies avant d'être tous les deux rassemblés à Thiviers. L'orphelinat de garçons de Haguenau, celui de jeunes filles de Strasbourg se retrouvent à Bergerac, un hospice de vieillards trouve place au château de La Roche-Beaulieu sur la commune d'Annesse-et-Beaulieu avant de partir à Saint-Astier, un autre existe au château du Roc, sur la commune du Change. La population israélite, française ou étrangère, peut être estimée alors à 7000 personnes.

L'avènement de Vichy marque un tournant décisif par la mise en place d'une politique d'Etat antijuive toute entière orientée vers l'exclusion puis la persécution. L'administration génère une législation qui cerne peu à peu tous les aspects de la vie quotidienne : elle crée pour les Juifs des centres d'internement temporaires (à Saint-Pardoux-la-Rivière, au Change, au gymnase Secrestat de Périgueux), des Groupes de Travailleurs Etrangers (à Agonac, Bergerac, Buisson-de-Cadouin, Calviac, Castelnaud-Fayrac, Chancelade, Mauzac, Saint-Astier), des centres pour des assignations à résidence, elle met en place de multiples recensements, préalable à la réalisation de fichiers juifs et au repérage de ces populations par le port de l'étoile jaune en zone Nord ou par le marquage du tampon "Juif" sur les papiers d'identité en zone Sud.

En Dordogne, partagée par la ligne de démarcation, des rafles sont menées dès le mois de juillet 1942, puis en octobre 1942, puis en février 1943 par l'administration française, en collaboration avec les autorités d'occupation. Ces dernières, assistées par différents mouvements favorables à la collaboration (milice, PPF, etc.), poursuivent ces rafles jusqu'à la fin de la guerre. Le passage de la division allemande Brehmer, en mars-avril 1944, venue pour réprimer la Résistance et terroriser la population qui la soutient, se caractérise par des pratiques systématiques de recherche, d'exécution et de déportation des juifs, dans la continuité de la politique connue sous le nom de "Solution finale". La Bachellerie, Azerat, Sainte-Orse, Tourtoirac, Excideuil, Brantôme, Saint-Pancrace, Champagnac-de-Belair sont quelques-unes des communes qui composent cette mosaïque du malheur.

Le bilan en terme de vies humaines est beaucoup plus lourd que celui établi jusqu'alors : les études indiquaient des chiffres allant de 235 à 393, alors qu'il faut considérer que le nombre de victimes juives s'élève au minimum à 1200 personnes, dont 1000 environ, parmi lesquelles un grand nombre de femmes et d'enfants, sont déportés, tandis que 204 sont exécutés ou abattus, essentiellement sur leurs lieux de vie. Ces chiffres ne doivent, paradoxalement, pas faire oublier l'accueil généreux et les innombrables gestes de solidarité des Périgourdins sans lesquels le nombre de ces victimes auraient été plus important.


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