SÉLESTAT

Sélestat est une ancienne communauté, disparue au 16ème siècle. Elle ne se reconstituera qu'au cours du 19ème siècle.
L'oratoire, datant de 1836 et installé au Poêle des Laboureurs, sera remplacé par une synagogue, construite en 1890. Cette dernière, saccagée par les nazis, sera restaurée après guerre sans la coupole originelle.
Le rabbinat de Sélestat date de 1866 et remplace celui de Muttersholtz.
Avant et après-guerre, avec et sans coupole...
 

Un coup d'oeil rétrospectif :
La Communauté Israélite de Sélestat, ses origines, ses synagogues
par Claude GENSBURGER, Rabbin de Sélestat
1960


I. Des origines à la Révolution.

La synagogue sur une carte postale ancienne - coll.© M. & A. Rothé
Il y aurait eu des Juifs sur le territoire de Sélestat dès l'époque romaine mais les documents nous font défaut jusqu'au début du 14ème siècle. Pour le 14ème et le 15ème siècles par contre, nous disposons d'abondants renseignements grâce aux actes du magistrat de Sélestat, aux édits impériaux, aux récits des Chroniqueurs, etc. Nous nous limiterons ici à l'étude de la vie cultuelle. Pour la vie sociale et économique, ainsi que pour les persécutions, on voudra bien se reporter au travail plus approfondi que nous espérons publier prochainement.

Au 14ème siècle la communauté était relativement importante, à en juger par l'étendue du quartier juif. La synagogue se trouvait dans une ruelle encore visible aujourd'hui, débouchant à côté de la pharmacie du Soleil, rue des Clefs (à l'époque "Judengasse") et qui communiquait avec la rue Ste-Barbe (à l'époque "Schmiedgasse"). De ce siècle nous ont été conservés le nom du Rabbin Ahron, chez qui l'on venait depuis Strasbourg pour étudier les textes sacrés, et surtout celui de son fils, le célèbre Rav Schemouel Schlettstadt, qui a dirigé la yeshivah (école talmudique) de Strasbourg et est connu comme compilateur et décisionnaire.

La synagogue ayant été détruite en 1470 pour faire, place à l'ancien arsenal Ste-Barbe, la communauté acquit, par l'entremise du Magistrat, l'ancien Poële des Laboureurs pour y établir son nouveau lieu de culte. Ce bâtiment est encore visible au n° 3 Rue Ste-Barbe (partie arrière de l'immeuble Boespflug). L'expression "auf der Judschul" (qui désignait auparavant seulement la place Ste-Barbe) était couramment utilisée pour désigner la future rue des Juifs, devenue en 1910 la rue Ste-Barbe.

Après plusieurs vagues de persécutions et d'expulsions, notamment en 1349, lors de la Peste Noire, où les Juifs d'Europe Occidentale furent accusés d'avoir empoisonné les puits, on les expulsa définitivement de Sélestat vers 1650. Cependant marchands et forains juifs furent autorisés à venir pratiquer leur commerce aux foires annuelles ainsi qu'aux marchés hebdommadaires. Cette situation devait durer jusqu'à la Révolution. En 1622, d'autre part, fut fondé par les Juifs de Bergheim, Ribeauvillé, Scherwiller et Dambach, l'actuel cimetière israélite de Sélestat. On dut l'agrandir à plusieurs reprises par la suite. C'est là que fut enterrée plus tard Reisel Sée, dont l'amour filial a été immortalisé par les moralistes de la Révolution. On peut encore voir son monument funéraire.

II. De l'Emancipation à 1940.

Malgré l'égalité des droits accordée par la Révolution, les Juifs ne revinrent que très lentement habiter à Sélestat : on compte six familles en 1814, vingt en 1836. En cette même année les israélites de Sélestat se cotisèrent pour transformer en synagogue une propriété privée se trouvant au fond de la ruelle devenue la cour arrière de la synagogue actuelle et qui était avant la Révolution le Nouveau Poële des Laboureurs. L'édifice comprenait, outre la synagogue proprement dite, avec une tribune pour les dames et l'"Almemor" au milieu, des locaux pour le gardien et pour l'instruction religieuse, ainsi qu'un petit bâtiment annexe où se trouvait le bain rituel, incorporé lors de la construction au sous-sol de l'actuelle synagogue.

Sous la Monarchie de Juillet et le second Empire, de nombreux israélites vinrent s'installer à Sélestat. En 1866, l'effectif de la communauté avait triplé et l'exiguïté ainsi que la vétusté de la synagogue amenèrent la commission administrative à décider la construction d'une nouvelle maison de prières. Ce projet ne devait cependant aboutir qu'en 1890, grâce à la cession à titre gracieux d'une parcelle de terrain supplémentaire par la ville de Sélestat et à l'aide financière de la commune et de l'Etat. En 1889 la Communauté avait acheté la maison de Mme Vve J.-B. Spies, 4, rue Ste-Barbe, pour y aménager des locaux destinés à l'habitation et à l'enseignement religieux. La nouvelle synagogue fut construite d'après les plans des architectes Ringeisen et Stamm. L'inauguration eut lieu en grande pompe le 3 Septembre 1890 sous la présidence du Grand Rabbin Isaac Weil de Strasbourg et des autorités civiles et militaires.

Jusqu'en octobre 1866, la communauté dépendait du rabbinat de Muttersholtz. A cette date, le siège rabbinique fut transféré à Sélestat. Son premier titulaire fut le Rabbin Marc Maier Ullmo, qui devait se retirer à Marckolsheim en 1885. Son successeur fut le Rabbin Benjamin Wahl, décédé en 1905 à qui devait succéder le Rabbin Lucien Uhry, qui excerça jusqu'à l'après guerre et décéda à Mulhouse en 1951. Les ministres-officiants furent M. Nephtalie Strauss, décédé en 1883 après avoir exercé pendant quarante ans, et son fils M. Edouard Strauss qui remplit ses fonctions durant 54 ans, (décédé en 1942, réinhumé à Sélestat) et que devait remplacer jusqu'à la mobilisation M. Bertrand Joseph, actuellement ministre-officiant à Strasbourg.

En 1847, l'école mixte israélite devint communale. Elle subsista jusqu'à la fin de la guerre 1914-18. S'y succédèrent les instituteurs Léopold Lévy, Clément Bauer, Aron Bloch et Léandre Bloch.

Parmi les présidents, nous avons retrouvé les noms des MM. Jonas Weyl, Adolphe Dreyfus, B. Weyl, Abraham Bloch (père de M. Albert Bloch), Albert Bloch - pendant plus de 30 ans - également président de l'administration du cimetière et membre du consistoire, (actuellement encore Président d'Honneur de la Communauté), et M. Fernand Dreyfuss (père de M. Robert Dreyfuss, actuel grand rabbin de la Moselle) décédé en 1949.

1940 apporta, avec l'arrivée des nazis, la profanation et le pillage de la Synagogue, l'incendie des rouleaux de la loi, et une nouvelle fois l'expulsion de tous les Israélites.

à g. : la boutique de Léopold Weil, boucher - coll.© M. & A. Rothé

L'ancienne synagogue sur une vieille carte postale - coll.© M. & A. Rothé

III. La Reconstruction 1945-60.

Après la libération, la Communauté se reconstitua petit à petit, mais, hélas amputée de près de la moitié de ses membres, sous la présidence de M. Jules Dreyfus 1945-50 (actuellement Président d'honneur de la Communauté). La Ville de Sélestat mit à sa disposition une salle de classe, rue de la Grande Boucherie, pour la célébration des offices. Ceux-ci furent d'abord assurés bénévolement par M. Oscar Balmer, puis en 1947, fut engagé un ministre-officiant, M. Armand Lévy, qui exerça ses fonctions jusqu'à ces derniers temps (*).

La synagogue reconstruite - © M. Rothé
L'administration du cimetière, sous la présidence de M. Léon Reimund Président d'honneur de cette Administration, fit ériger en 1948, un Mémorial de la Déportation, sur lequel on peut lire les noms des membres des communautés de la circonscription morts dans les camps nazis. Les indemnités de dommages de guerre afférants à la Synagogue de Muttersholtz, transférée à Sélestat, permirent la construction de l'oratoire sur l'emplacement des dépendances de la maison de la communauté, elles-mêmes sinistrées. Les travaux se firent d'après les plans de MM. Ottenwaelter et Deschamps, architectes. Ce bâtiment fut inauguré le 20 Avril 1952 en présence des autorités, sous la présidence de M. le Grand Rabbin Abraham Deutsch, M. Edmond Weil étant Rabbin de Sélestat et M. André Weil, président de la Communauté.

La restauration de la Synagogue se fit en plusieurs étapes, de 1950 à 1960, à l'aide des indemnités versées par le Ministère de la Reconstruction au titre des dommages de guerre et avec le concours de M. Cromback, architecte des bâtiments civils et de feu Edmond Picard, architecte D. P. G. Le bureau d'études techniques Deschamps surveilla les travaux.

Jusqu'en 1955, le Rabbinat fut assuré par M. Edmond Weil, Rabbin à Erstein, depuis cette date par M. Claude Gensburger. L'enseignement religieux est dispensé par le rabbin et Mme Claude Gensburger. (*)

La commission administrative de la communauté comprend actuellement : MM. Albert Bloch, président d'honneur; Jules Dreyfuss, président d'honneur; Sylvain Bloch, vice-président d'honneur; André Weil, président; Camille Ach, Raymond Bader, vice-présidents; Adrien Geismar, secrétaire; Roger Geismar, trésorier; Alfred Lévy, Roger Weill, membres; André Haenel, suppléant. L'administration du cimetière inter-communautaire est assurée par une commission que préside depuis 1959 M. Jules Dreyfus. Une commission spéciale s'occupe de l'instruction religieuse et des jeunes sous la présidence de M. Jean Wachtel.

Plusieurs sociétés animent la Vie communautaire : Société Mutuelle des Hommes : président M. Alfred Lévy. Société Mutuelle des Dames : présidente Mme Sylvain Bloch. Wizo : présidente Mme André Weil.
K. K. L. : délégué M. Raymond Bader.
Eclaireurs israélites : responsable M. le Rabbin.

La Communauté Israélite de Sélestat revit, sa Maison de prière renaît de ses cendres. Puissent-elles ne plus jamais connaître et les souffrances et la destruction. Que le Maître des destinées veuille leur accorder Sa bénédiction

Intérieur de la synagogue restaurée - © M. Rothé

Après 1960 (n.d.l.r.)

A la suite du Rabbin Gensburger, c'est le Rabbin Achel Hadas-Lebel, récemment rapatrié d'Algérie qui officiera à Sélestat à partir de 1962. Il quittera Sélestat après le décès de son épouse Alice en 1982, et sera remplacé par le rabbin Claude Spingarn.

Jean-Paul Marx sera le ministre officiant de a communauté pendant 32 ans, à partir de 1973 jusqu'à son décès en 2005.

Serge Azgut est actuellement (en 2011) le président de la communauté de Sélestat.


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