Bertrand JOSEPH
(1906-1984)
par Yvette Rachel Kaufman

Extrait de l'Almanach du KKL-Strasbourg 5760-2000 (avec l'aimable autorisation des éditeurs)

Vous entendez le Hallel de Pessa'h chanté par Bertrand Joseph. Dans le but d'enseigner aux générations futures les airs liturgiques traditionnels, celui-ci avait enregistré les offices des jours de fêtes sur bandes magnétiques, et c'est un extrait de ces enregistrements que nous proposons ici.
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Bertrand Joseph
B. Joseph
Né à Sarreguemines en 1906, Bertrand JOSEPH est dès son enfance attiré par la musique et la liturgie juive que personnifiait à ses yeux le 'hazan Albert KAHN. Après de solides études secondaires à Sarreguemines, c'est au Conservatoire de Strasbourg qu'il poursuit son apprentissage musical, mais il se rend également à Puttelange chez le vénérable 'hazan REICHELSOHN, dont la piété et le savoir étaient connus bien au-delà des limites de la Moselle. Ce dernier lui enseigne, non seulement les subtilités du chant liturgique, mais aussi les bases de la culture juive.

En 1928, il célèbre ses premiers offices de Kipour à Frauenberg (Moselle) et l'année suivante il reçoit le certificat de capacité de ministre-officiant des mains du Grand rabbin HAGUENAUER de Nancy. Après plusieurs remplacements, c'est en 1932 qu'il débute à Struth (Bas-Rhin) sa carrière de 'hazan et obtient le certificat d'aptitude de sho'heth, pour le menu et le gros bétail, du Grand rabbin Isaïe SCHWARTZ. La même année le retrouve à Erstein, d'où il se rend souvent à Sélestat chez le renommé 'hazan Edouard STRAUSS, auquel il succédera en 1937.

Mobilisé en 1939, puis prisonnier de guerre, il parvient à se faire libérer et rejoint Limoges, où il se met au service du rabbin Abraham DEUTSCH, lequel lui fait confier l'antenne sociale de l'U.G.I.F., où il excelle par son sens de l'organisation et son dévouement.

C'est en distribuant de fausses cartes d'identité avec le Rabbin DEUTSCH qu'il est arrêté en 1944 avec ce dernier, et enfermé au camp de Saint-Paul d'Eyjaux, ultime étape avant la déportation. Ils y sont malmenés au nerf de boeuf. Libérés par les F.F.I., ils rejoindront le maquis. De retour à Limoges après la libération de cette ville, Bertrand JOSEPH célèbre alors avec ferveur les offices des Yamîm Noraîm. Il se rend ensuite à Metz, où on lui confie le département d'action sociale de la communauté juive.Il assure en même temps les offices des fêtes à Thionville et à Metz.

En 1946, il rejoint enfin Strasbourg où il occupera la double fonction de secrétaire général de la communauté et de second ministre-officiant, succédant à ce dernier poste à Fernand KAUFMANN, mort en déportation.

C'est ainsi qu'il lui appartiendra de remettre en marche l'organisation administrative de la communauté, ce dont il s'acquittera avec zèle, tout en excellant dans ses relations avec les fidèles. On comprend ainsi pourquoi le grand rabbin DEUTSCH lui confiera également les cérémonies de poses des pierres tombales, où il sera particulièrement apprécié pour la délicatesse avec laquelle il saura évoquer le souvenir des disparus. Toutefois c'est surtout le souvenir du 'hazan qui passera à la postérité : un 'hazan maître de son art, profondément imprégné du patrimoine alsacien et respecté pour son intense ferveur. Ces qualités lui auront permis d'entraîner toute une communauté dans la prière, qu'il s'agisse de la prière de tous les jours ou de celle des plusgrandes solennités.

Ne disait-il pas lui-même qu'à ses yeux la prière d'un jour ouvrable avait autant d'importance qu'une invocation de Kipour ? Ses anciens élèves qui ont préparé avec lui leur bar-mitzwah se souviennent encore avec émotion de l'attention qu'il portait à chacun, de l'allégresse avec laquelle par ses intonations il leur faisait découvrir les richesses des versets de la Torah. Il sut aussi apprendre àplusieurs jeunes, futurs 'hazanim ou simples officiants de grandes fêtes, comment ciseler son chant afin de lui donner la beauté qui sied au service sacré.

Bertrand JOSEPH ressuscita également l'Association des ministres-officiants d'Alsace-Lorraine qu'il présidera tant que ses forces le lui permettront, défendant partout les droits et la dignité de ses collègues.

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des taamim (cantilations)
selon la méthode de
Bertrand Joseph
retranscrites par Michel Heymann
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Lorsque se libérera le secrétariat général du Consistoire israélite du BasRhin, c'est tout naturellement à lui que l'on confiera cette délicate fonction. Non seulement il sera le porte-parole écouté du consistoire, mais il se fera aussi l'avocat de toutes les communautés du département. Au consistoire-même, il travaillera en pleine harmonie avec sa secrétaire, qu'il ne considérait pas comme une subordonnée mais comme une collaboratrice. Ce poste-clé lui permettra aussi de cultiver les relations avec les autres cultes, oeuvre qu'il avait déjà entamée au secrétariat de la Communauté de Strasbourg. En pleine harmonie avec le grand rabbin DEUTSCH et le professeur NEHER il se dépensera également pour l'accueil des rapatriés d'Algérie à Strasbourg et dans le département.

Utilisant sa connaissance de la langue allemande, il saura également multiplier les contacts avec le Dr Hans STROH et son Pastoral-Kolleg (séminaire de recyclage de Freudenstadt) et, du même coup, avec les paroisses protestantes du Bade-Wurtemberg. Régulièrement, les protestants allemands viendront à Strasbourg écouter sa présentation authentique du judaïsme, puis assister à l'officedu vendredi soir en la synagogue de la Paix.

Sa nomination dans l'Ordrenational du Mérite et plus encore, à ses yeux, son diplôme de 'Haver viendront couronner une vie faite tout entière de piété, de bonté au service du prochain. Son épouse aura été pour lui une compagne attentive et dévouée qui lui donna trois filles et un garçon. Elle devait le quitter en 1984, le précédant de quelques mois dans la tombe.

Discret, mais généreux, obstiné quand il le fallait, Bertrand JOSEPH a su, pour reprendre l'expression du docteur Manfred KUNTZ (successeur du docteur Hans STROH à la tête du Pastoral-Kolleg) être un véritable "bâtisseur de ponts".

Puissions-nous continuer à emprunter les itinéraires qu'il nous a ouverts.

 


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