HISTOIRE
DES
JUIFS DE HAGUENAU
Extraite de LA REVUE DES ETUDES JUIVES
par
Elie SHEID

à la Librairie A. Durlacher 83 bis, rue de Lafayette, Paris
1885

(Les sous-titres sont de la Rédaction du site)


A Monsieur Xavier Nessel , maire de Haguenau
(Alsace).

MON CHER MONSIEUR NESSEL,
Si, dans ce livre, il y a un mérite quelconque, c'est à vous qu'en revient tout l'honneur.
C'est vous qui m'en avez donné la première idée,
c'est votre bonté qui m'a poussé à continuer mes recherches.
Je ne puis donc mieux vous prouver ma gratitude, qu'en me permettant de vous le dédier.
Acceptez-en la dédicace, et croyez-moi toujours votre bien affectionné.

ELIE SCHEID.          
Paris, le 40, mars 1885.

I . SOUS LA DOMINATION ALLEMANDE

I. Du 12ème au 14ème siècle

Sceau de la ville de Haguenau


Dans les nombreux travaux des historiens de l'Alsace se trouvent éparses des notices locales ou générales sur les Juifs de cette province, mais elles sont la plupart vagues et sans précision. Pour Haguenau spécialement nous n'avons que les notes succinctes de Schoepflin et quelques passages de Strobel. Personne ne s'est encore occupé de tirer des archives de la ville les détails d'une monographie locale sur les Juifs qui l'ont habitée depuis le 12ème siècle jusqu'à nos jours.

Ce travail, nous avons voulu l'entreprendre et nous l'avons fait dans la mesure de nos forces. Son cadre, quoique restreint aux limites de l'ancienne ville impériale, est assez vaste pour mériter notre attention, et les faits que nous connaissons se lient asses bien les uns aux autres pour former une histoire suivie. On y trouvera comme une image de l'histoire des Juifs, dans toutes les cites du moyen âge.

L'origine du village de Haguenau se perd dans la nuit des temps. Son élévation au rang de ville est relativement moderne.
En 1125, Frédéric, le Borgne, duc d'Alsace, bâtit "la Burg", le château impérial, autour duquel se groupèrent rapidement les demeures de ses officiers et fonctionnaires.

En 1164, Haguenau prit officiellement le nom de ville, fut entoure de murs, et reçut de Frédéric Barberousse (1) le diplôme réglant son organisation administrative et juridique. C'est.sur ce diplôme que repose tout le développement futur de la ville, qui devait devenir la première parmi ses soeurs alsaciennes.

Les habitants avaient reçu de nombreux privilèges. Ils étaient libres et francs de tout droit seigneurial ; ils avaient dans la forêt un permis de pâturage illimité, excepté pour les moutons. Leurs marchandises, pour toute l'Allemagne, étaient exemptes de droits de douane pour l'entrée comme pour la sortie, etc., etc.

Le privilège le plus important était la liberté qui leur était accordée d'aller prendre dans la forêt la litière, le bois de chauffage et le bois de construction (excepté les chênes et les hêtres). Les habitants jouirent de ce privilège pendant plus de six siècles, sans que la forêt ait eu à en souffrir.

Les immigrés partageaient les mêmes droits que les anciens habitants. Ces avantages naturellement durent amener à Haguenau de nombreux étrangers, et parmi eux des Juifs, qu'attirait, avec des libertés largement octroyées, l'espérance d'affaires à traiter dans une cité qui recevait les visites fréquentes de grands personnages. Ces Juifs arrivèrent probablement de l'Allemagne peu de temps après l'élévation de Haguenau au rang de ville. D'autres y vinrent sans doute un peu plus tard, en 1182, des provinces françaisses de l'Est lorsque les Juifs furent chassés de France par Philippe-Auguste, Haguenau, qui voulait devenir une grande ville, ouvrit les bras à tons les nouveaux venus, Juifs ou  Chrétiens, comme le dit Schoepflin (2) Iudacos nunquam, non Hagenoa admisit (Haguenau, de tout temps a admis des Juifs). Ce qui nous fait supposer que parmi nos ancêtres figuraient des familles françaises, c'est que sur une liste des Juifs de Haguenau, datée de 1341, un grand nombre de noms sort français.

On accorda sans doute aux Juifs des leur arrivée, le droit d'acheter des maisons dans toutes les parties de la ville, car alors on n'avait pas encore eu l'idée de les enfermer dans un ghetto. Il se trouve aux archives de la ville des contrats relatifs à des maisons qui, au 14ème siècle, appartenaient a des Juifs, et qui, des l'arrivée des Juifs à Haguenau, devaient avoir eté achetées par eux. Nous voyons deux Juifs demeurant dans la rue qui reçut le nom de rue des Juifs. Un troisième était propriétaire de la maison zum Bracken, un quatrième de celle zum Pantier, toutes deux dans la Volfsgasse (3) et contigües A l'hôtel de ville. Un cinquième eut pour habitation une maison dans une rue qui longeait une propriété, devenue au 14ème siècle l'hôpital civil. Celui-là eut la charge de tenir chez lui la piscine (mikvé) comme nous le montrerons plus tard. Enfin un Juif s'était fixé dans la Orttiebensgasse (actuellement la rue de l'Ecurie), et plus tard, au siècle suivant, un de ses héritiers se rendait acquéreur d'une maison qui touchait à celle-ci, par derrière (4), dans la Lungegasse (aujourd'hui rue Meyer ou du Théâtre).

Les voici donc au nombre de six familles. Leur première préoccupation fut d'avoir une synagogue. Afin d'être en nombre suffisant pour faire la prière (dix hommes) chacun des six pères de famille prit un domestique juif. Quand leur établissement leur parut assez stable, ils achetèrent une maison dans le carrefour du  Marché-aux-Grains, vis-à-vis de la rue des Juifs, à côté de celle zum Spiegel, et bientôt ils y installèrent une petite synagogue (5) .

Sceau de Louis de Lichenberg
1249


En 1252, jouissant d'une certaine tranquillité, confiants dans l'avenir, ils consacrèrent les quelques économies qu'ils avaient faites à la restauration de cette synagogue.
En commémoration de cet événement, ils firent graver sur une pierre la date 5012 correspondant à l'année 1252, et la placèrent à l'interieur du temple.
Comment cette pierre a-t-elle pu être conservée jusqu'à nos jours, et en 1819, être emmurée, dans la synagogue actuelle, surtout après la confiscation faite en 1341, du bâtiment qui la renfermait ? C'est ce que nous ignorons. Nous supposons que les Juifs parvinrent à s'entendre avec le nouveau propriétaire pour lui racheter au moins ce souvenir.

Depuis leur établissement dans Haguenau jusqu'au milieu du 13ème siècle, ces quelques familles juives vécurent tranquilles milieu de leurs compatriotes. Mais des la fin du 12ème siècle commence à circuler la fable que les Juifs tuent des enfants chrétiens pour leur Pâque. Cette fable vient augmenter l'excitation de la foule, déjà enflammée par les prédications des croisades et par cette Bulle d'Innocent III (1199), qui disait que les Juifs mériteraient d'être exterminés, mais que les Chrétiens ont besoin d'eux pour les voir un jour venir embrasser la religion du Christ.

Les Juifs de Haguenau, ainsi que tous leurs coreligionnaires d'Allemagne, demandèrent à Conrad, roi des Romains, de les protéger contre les haines populaires. Celui-ci déclara en 1234, que les Juifs étaient particulièrement serfs de la Chambre impériale (6) (servi sunt camerae nostrae speciales) ; en conséquence, il prenait sous sa protection leurs personnes et leurs biens,

D'après le chroniqueur Richer de Senones, en 1236, les Juifs de Haguenau furent comme ceux d'Erfurt, de Fulda, accusés devant Frédéric II d'avoir tué des enfants chrétiens.
Ils furent acquittes, sans doute, ajoute l'historien, parce qu'ils avaient acheté cet acquittement au poids de l'or. L'empereur montrait là trop d'indulgence, ajoute-t-il (nimiam  imperatoris in eos indulgentiam improbans) (7).

En 1262, Richard IV, roi des Romains, accorda à la ville de Haguenau un diplôme confirmant les privilèges, a elle octroyés par ses prédécesseurs. Il y ajouta un paragraphe concernant les Juifs :

 "Nous voulons et ordonnons queles Juifs de Haguenau, serfs de notre Chambre impériale, ne soient, suivant nos lettres patentes, subordonnés qu'à notre Chambre, et à nos ordres.
Que personne ne se permette de les assujettir à aucun service indu et inusité, ni d'enfreindre notre loi en quoi que ce soit, s'il ne veut encourir notre disgrâce"(8).    

Cet ordre, qui ne laissait aucun doute sur ce qui les regardait, leur assura encore un peu plus de repos. Pendant plus d'un demi-siècle, la situation des Juifs fut ainsi assez prospère.

Au commencement de l'année 1313, Henri VII, comte de  Luxembourg, qui avait été nommé roi des Romains en 1308, fut empoisonné à Buon-Convento. Le trône fut alors disputé par Frédéric le Bel d'Autriche et, Louis de Bavière. Comme les villes impériales ne pouvaient se passer de la protection d'un seigneur, au moins, Haguenau s'adressa à cet effet, à Jean, fils de Conrad, et à Jean, fils de Jean, tous deux seigneurs de Lichtenberg, et le 27 octobre 1313 un traité fut conclu entre les deux partis.
Le premier article disait en substance :

"Nous prenons sous notre protection les bourgeois de Haguenau, Chrétiens et Juifs, et tout ce qui fait partie de la ville. Nous tiendrons aussi le serment que nous leur avons prêté, de venir a leur secours en cas de besoin" (9).

Pour cette protection, la ville avait à verser une certaine somme d'argent, dont elle s'acquittait, en partie, par un impôt sur les Juifs : mode de paiement alors généralement admis.
Aussi l'article XII du même traite, visant cette clause, ajoute :

"Par contre, les Juifs doivent nous donner par an, parce que nous sommes leurs administrateurs, cinquante marks d'agent (10), et pas plus, et doivent en outre faire leurs corvées à la ville, comme de juste"(11).

Cet impôt était réparti entre les six pères de famille (12).

Malgré ces doubles droits de protection que les Juifs avaient à régler, nous ne rencontrerons jamais une plainte, tant qu'on ne sera pas trop injuste à leur égard. Ils étaient tellement habitues à être considères comme les vrais trésoriers gratuits de tous les puissants, qu'un peu plus ou un peu moins d'impositions ne les touchait guère. Ils ne demandaient qu'à vivre et à travailler pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

Peu après, Fréderic fut nommé roi des Romains, et en 1315 fit parvenir à la ville de Haguenau un diplôme, qui lui permit de disposer à son gré, et pour toujours, du produit de l'Ungeld (impôt sur le vin), et lui promit en outre de ne jamais donner en fief à personne, ni la contribution à verser à l'Empire, ni le tribut à payer par les Juifs (13).
Le plus clair résultat de ce diplôme, pour les Juifs, était qu'on les autorisait à continuer à résider dans la ville, et qu'on les laissait tranquilles.

Cette heureuse situation cessa avec le 14ème siècle. Ce siècle ne fut pas propice aux Juifs en général. Dans tous les pays catholiques, on s'était comme donné le mot pour se jeter sur eux, et ceux de l'Alsace ne furent pas plus épargnés que les autres.

Les persécutions commencèrent dans le Haut-Rhin. En 1333, il s'y leva une véritable armée de paysans, marchant sous le commandement d'un aubergiste, qui avait pris le titre de Armleder, parce qu'il avait comme signe de ralliement un bracelet on cuir, attaché au bras. Cette troupe se proposait comme but principal le pillage et le meurtre des Juifs. Elle les chassa de Rouffach, d'Ensisheim et des environs, et en massacra, la  plus grande partie, au nombre de 1500 à peu près. Plusieurs familles s'étaient réfugiées à Colmar. Armleder en fit le siège, mais sans, résultat. Ces mêmes bandes se répandirent successivement sur l'Allemagne, et bientôt il  se forma dans ce dernier pays de nouvelles troupes de paysans armés de fourches, de hâches et de faux, qui marchaient sous la conduite de deux  anciens nobles, portant également le bracelet en cuir et répondant aussi au nom de Armleder (14). Ni la Bavière, ni la Bohème, ni l'Autriche ne furent épargnées. L'un des chefs de cette armée avait fait répandre le bruit, qu'un ange du ciel lui était apparu et lui avait confié  la mission de venger dans le sang des Juifs les tortures  et les plaies que leurs ancêtres avaient fait subir au Christ…

Louis de Bavière, en 1331, eut beau lancer édit sur édit, pour annoncer que les Juifs étaient sous sa protection, il ne fut pas écouté. Et l'eût-il été, que ses ordres fussent venus trop tard : le plus grand mal était fait. Par bonheur, l'Empereur s'empara de l'un des deux chefs et le fit décapiter. Cet exemple suffit pour disperser bientôt toutes ces bandes. Elles ne manquèrent pourtant pas de se reformer sur d'autres points.

Dans les dernières années du règne de Louis de Bavière surtout, la guerre civile, l'anarchie était arrivée à son point culminant en Alsace : à Sélestadt, on avait brûlé presque tous les Juifs. Cependant ceux de Haguenau eussent été encore assez tranquilles, sans l'ambition des grands.

Au mois de juillet 1346, Charles, fils du roi Jean de Bohême, se fit nommer roi des Romains, par un certain nombre de princes de 1'Empire. Il s'empressa d'annoncer cette nouvelle à la ville de Strasbourg ainsi qu'aux autres villes impériales, et leur demanda en même temps complète obéissance. Celles-ci, ainsi que leurs Juifs, ne pouvant servir deux princes, étaient assez disposées considérer Charles comme un usurpateur. Charles, ne recevant pas de réponse, commença par donner pleins pouvoirs à Jean de Lichtenberg, doyen de Strasbourg, et immédiatement Haguenau, avec les autres villes, fut mis au ban de l'Empire. Ensuite, au nom de Charles IV, Jean confisqua les maisons des Juifs ainsi qua leur temple. La ville, a son tour, appauvrie outre mesure par de longues guerres des années précédentes, et calculant le profit à retirer de la situation, pilla les Juifs, leur fit subir toutes sortes de tortures, et finalement les chassa de la ville. Personnes n'éleva la voix en faveur de ces malheureux, pourchassés comme des bêtes fauves, rôdant aux environs de la ville, et ne sachant om ils pourraient trouver un asile. Ils revenaient sans cesse à Haguenau et imploraient la pitié du magistrat, mais en vain.

Pendant ce temps, Charles, pour se procurer  des ressources, donna entre autres gages le Schultheisamt de Haguenau avec ses privilèges dans la forêt et les couvents qui s'y trouvaient; au duc Frédéric de Teck, pour 1,400 marks (15).

Par bonheur pour ces villes, le 11 octobre 1347, Louis mourut, empoisonné, disent les uns, d'un coup d'apoplexie, d'après les autres. Elles commencèrent à respirer, et n'ayant plus qu'un maitre, elles songèrent à soigner leurs propres intérêts. Haguenau finit par avoir pitié des Juifs et leur permit de revenir dans la ville, à condition qu'ils  paieraient ses dettes. Condition assez dure ; mais comme les créanciers étaient des Juifs de Strasbourg, ils acceptèrent, espérant pouvoir s'arranger avec leurs coreligionnaires. Ils se rendirent donc à la  mairie et signèrent la déclaration suivante :

"Nous, Vernard Spitze et Claus Meiger, échevins à Haguenau, faisons savoir par les présentes, à tous ceux qui les verront on entendront lire, que devant nous ont comparu les Juifs dont les noms suivent, savoir : Meyerlin, fils du vieux Dyrel, Lasond, Isaac Dyrel fils, Dyheman, Isaac Moyses fils, Jacob Senderlin fils, Symel­man, gendre de Bychelin, Michel, gendre de Viden, Dyrel, frère de Seckelin, qui ont annoncé que, de bonne volonté, de leur propre chef, et d'un commun accord, après y avoir mûrement réfléchi, et pour le bien commun des Juifs de Haguenau, ils consentaient  à payer toutes les dettes que notre ville a, à ce jour, contractées envers les Juifs de Strasbourg.
Pour cela, ils vont libérer tous les billets qui se trouvent ainsi entre les mains de ces créanciers, de sorte que la dette sera intégralement soldée à la prochaine fête de Notre-Dame.
Ils s'engagent, en outre, a éviter a la ville  tout désagrément, pour toute reconnaissance qui pourrait être présentée avant le terme fixé ci-dessus, et dans ses biens, et dans ses autres propriétés ; ils feront aussi en sorte qu'on ne vienne lui réclamer d'intérêts de n'importe quelle manière.
Comma caution, ils présentent les prudents et honorables Diemar Bogener le vieux et Diemar Bogener le jeune, Pierre Schotte, Cuntze Rosenbaum Schoeffen, de plus les sieurs Ioansen Harrer et Hermann Duchmann, bourgeois.
Pour couvrir la garantie, les Juifs ci-dessus mentionnés engagent leurs corps et leurs biens, leurs créances en maisons et en fermes, leurs intérieurs avec tous les articles de ménage, en un mot, tout ce qu'ils possèdent, que ce soient des meubles ou des immeubles, ou des biens d'une autre dénomination.
Il est bien entendu que, si les Juifs ne paient pas toutes ces dettes, et que, si quelqu'un a le malheur de présenter une de ses reconnaissances, les bourgeois garants désignés ci-dessus auront le droit d'attaquer lesdits Juifs, et de tout leur faire vendre jusqu'a payement intégral.
Les Juifs reconnaissent encore une fois que personne ne les a forcés de faire ce sacrifice, ni contraints contre leur propre volonté. Ils s'engagent en même temps, de nouveau, à observer tous les droits, dénommés ordinairement droits communaux.
Par contre, personne ne les lèsera dans les privilèges qu'on leur a accordés.
Fait et passé à Haguenau, le mardi avant la Toussaint de 1347." (16)

Les Juifs s'exécutèrent, et la ville de Haguenau put verser l'Empereur son tribut. En récompense de cette soumission, et en vertu des pouvoirs qui lui étaient conférés, Jean de Lich­tenberg, à la date de jeudi avant la sainte Catherine de la même année, leva le ban de l'Empire prononcé contre la ville. Il lui permit en conséquence de tenir ses offices, sans crainte d'être inquiétée dans le service. Il lui donna en outre pleine absolution (17) pour tout ce qu'elle avait récemment fait aux Juifs, lui promettant que jamais personne n'aurait de recours contre elle pour les tribulations qu'elle leur avait fait subir (18).


la pierre de 1492

Les Juifs de leur côté, à peine revenus dans la ville, cherchèrent à trouver des maisons. Ils en achetèrent, entre autres, quatre dans la Hoffersgasse (Rue du Sel), en prirent deux contigües pour la synagogue, réservant les autres pour des habitations.

Disons ici, qu'en 1492, cette synagogue tombant en ruines fut entièrement reconstruite. L'édifice, cette fois, était digne de la communauté et de la  ville. On grava sur une des pierres angulaires l'inscription dont nous donnons ci-contre un fac similé.

"Cette pierre (est celle) que nous avons posée comme pierre angulaire, pour cet humble temple ; puisse nous être tenu compte là-haut de l'argent apporté pour la réparation de cette maison, avec allégresse. Que Dieu envoie son serviteur Elie, pour la bâtir et la fonder avec bonheur et joie, et on répondra fortement Amen, en tout temps et circonstance."

La date, comme on le voit, se trouve marquée par les signes placés sur les lettres :
ב - א- ע - ד - ה - ה - י - ב - ה - מ - מ - ו
ou à côté d'elles. En en faisant l'addition, on trouve l'an 252, c'est-à-dire 5252 de l'ère de la création, correspondant à l'an 1492 de l'ère chrétienne.

Seulement tous ces sacrifices les avaient complètement ruinés et ils n'avaient plus de ressources suffisantes, ni pour faire les réparations nécessaires, ni pour se procurer des livres de la loi et d'autres objets indispensables an culte.
Ils s'entendirent avec un sieur Claus Mundelin  qui leur prêta 100 livres Strassburger pfenning, à 10 0/0, contre première hypothèque, sur ces propriétés communes, avec tout ce qu'elles renfermaient  (19).

Simon de Lichtenberg, à  qui l'empereur avait donné quatre maisons juives, confisquées en 1347, en fit cadeau à la ville l'année suivante. C'étaient :
1° Celle zum Bracken qui avait appartenu à Isaac Dyrel, surnommé Stein im Auge ;
2° Celle de Sanfel, à côté de la précédente appelée zum Pantier ;
3° La maison de Sanfel fils, située rue des Juifs ;
4° La maison de Michel, gendre de Viden, dans la lunge Gasse (rue du théâtre), et Orttiebens Gasse (rue de l'Ecurie).

Les autres maisons juives telles que  celle de la rue des Juifs à côté de la Kirschurlaube (maison Sorg actuelle), la propriété dans la ruelle de l'hôpital civil, où se trouvait le mikvé, enfin la synagogue (20)  dénommée aussi das Judenhus (21), avaient été cédées par l'empereur à Baltram, comte de Deux-Ponts. Celui-ci, le lundi après la Saint-Valentin de 1349,  vendit ces trois propriétés à la ville, pour trois cent livres Strassburger pfenning.
Il dut lui donner contre cette somme trois cautions garantissant à la ville le remboursement de son argent, au cas où les Juifs seraient un jour autorisés à revendiquer leurs propriétés. Il au­rait en outre a lui tenir compte de tous dommages pouvant en résulter pour elle (22).

Quoique toujours dans une situation précaire, les Juifs de Haguenau étaient bien moins malheureux que leurs coreligionnaires des autres villes d'Alsace et s'ils eurent à subir cet exil de quelques mois, ce fut le premier et le dernier. C'est ainsi que plus tard, en 1349, quand le fanatisme éleva les bûchers à Strasbourg, les Juifs de Haguenau, avec quelques Juifs d'autres villes, furent l'abri des auto-dafé.


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