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"Quel est parmi vous le survivant
(Aggée 2:3 - à propos du second Temple, après le retour de la captivité de Babylone.)
Qui ait vu ce temple dans sa splendeur primitive ? Et comment le voyez-vous maintenant ? Tel qu'il est, ne paraît-il pas comme rien à vos yeux ?"
Rosh-Hodesh Nissan, le mois de la libération de l'esclavage d'Égypte, la lecture sabbatique de la fin du Livre de l'Exode relatant l'érection du Tabernacle le premier jour de Nissan, l'éclat du soleil printanier, tout semblait s'accorder pour faire de cette journée la marque symbolique de la fin d'une époque douloureuse entre toutes, d'un renouveau de vitalité et de joie intense. Et pourtant cette joie ne pouvait se donner libre cours ni sur les visages des fidèles, ni dans leurs cœurs, contractés par des blessures encore mal cicatrisées. Le long cortège de ceux qui manquent à l'appel aujourd'hui, de ces chères figures de parents et d'amis, a surgi devant notre vision spirituelle, chacun à sa place dans la synagogue du quai Kléber. Un Temple, n'est-il pas vrai, n'est pas seulement un édifice plus ou moins spacieux, plus ou moins somptueux. Mais chaque place nous rappelle tel événement heureux, tel désespoir qui nous y a fait épancher notre cœur, tel réconfort que nous y avons puisé pour surmonter une douleur ou idéaliser une joie. Chaque stalle est empreinte de la personnalité de son occupant habituel qui y a laissé le meilleur de lui-même en mettant son âme à nu devant son Créateur.
Et c'est un lieu où puisse régner une telle ambiance qui a manqué à nos coreligionnaires strasbourgeois depuis plus de dix ans, ce lieu sacré où l'on se retrempe à l'abri de toute pensée profane, où aucun objet profane ne choque la vue et vers lequel l'âme aspire à l'heure de la prière. Le culte domestique est, certes, essentiel dans la vie juive et la prière particulière peut toucher Dieu quel que soit le lieu d'où elle monte vers Lui ; mais notre culte est un culte public, de même que nos prières, rédigées au pluriel, doivent en principe être récitées en commun. Il faut aussi qu'elles puissent être faites dans un cadre, dans une ambiance consacrée, pour monter comme le parfum des holocaustes. Et ce parfum, nous avons besoin de le respirer pour nous trouver entièrement en présence du Tout-Puissant. Cette présence, nous pouvons de nouveau l'éprouver grâce à l'aménagement de notre synagogue provisoire. Or les briques peuvent être assemblées et cimentées, même un grand Temple pourra être construit de nouveau, mais hélas, tant de fidèles de l'ancien Temple, disparus dans la tourmente, ne verront pas le nouveau… Voilà les sentiments diamétralement opposés qui ont tourmenté le fond de notre cœur pendant cette cérémonie simple et digne en tous points, et cependant grandiose et imposante. "Tout
le peuple jetait des cris de joie; cependant, les vieillards qui avaient encore
vu le premier Temple de Salomon se lamentaient, parce que la nouvelle Maison de
Dieu était loin d'égaler l'ancienne en splendeur."
L'auteur de ces lignes s'excuse d'avoir laissé courir sa plume au hasard de ses réflexions au sortir de cette cérémonie émouvante et sous l'influence des flots d'éloquence dont se sont dégagés toutes ces pensées, avant d'arriver à remplir sa mission de relater la cérémonie proprement dire, laquelle était placée sous la présidence de M. Le Grand Rabbin de France. L'enceinte sacrée était archi-pleine d'une foule recueillie. Sur l'estrade avaient pris place les plus hautes personnalités du Département (...)
Après un prélude d'orgue, l'Entrée solennelle des Tables de la Loi rendait non seulement un tableau saisissant, mais, au chant majestueux de Seou Cheorim, cette procession, grandiose dans sa simplicité, faisait planer sur l'assistance la She'hina, la présence de la Majesté de Dieu. Douze Seforime avancent lentement, portés, grands rabbins et rabbins en tête, par les personnalités les plus représentatives et les plus méritantes.
La procession se reforme pour les Hakofaus au chant d'invocation de Sim'hath Torah et le Président de la Communauté place enfin les Rouleaux Sacrés dans l'Arche Sainte. Puis éclate majestueusement le Etz Haïm. Voici l'heure des discours. Il n'est pas possible, dans le cadre de ce compte-rendu, d'en donner une analyse détaillée. Souhaitons qu'ils soient intégralement publiés en souvenir durable de cette journée. Nous essayerons cependant d'en donner un pref aperçu.
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