Souvenirs de Grüssenheim
évoqués par
Anna-Odel Bollag née Geismar


Madame Anna Odel-Bollag est née le  27 Janvier 1885 à Grüssenheim et décédée le 09 Janvier 1979 à Zürich.
Elle raconte ici ses souvenirs en Yiddisch Daïtsch (judéo-alsacien).

Traduction :

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Je suis originaire de Grüssenheim. C'est le dernier village en haute Alsace entre Colmar et Marckolsheim. Beaucoup de juifs y habitaient.
Tous avaient leur propre maison avec une grande cour, étable et écurie.
La plupart des juifs étaient marchands de bestiaux. Il y avait aussi des marchands de chevaux, et deux de houblon. Ils menaient une vie bourgeoise.

Chaque matin, les hommes sortaient du village pour se rendre aux quatre coins de la région.
Chaque jeudi, les marchands de bestiaux allaient à Colmar avec leurs bêtes, au marché. Ils devaient se lever tôt avant le lever du jour, car il fallait trois heures pour aller à pied de Grüssenheim à Colmar. Et avec les bêtes, c'était parfois plus long.
En cours de route, au lever du jour, ils s'arrêtaient pour mettre les tefilines et prier, car dans ma jeunesse, ils étaient encore tous pieux.

A Colmar, les juifs venaient des quatre coins : de Horbourg, Wintzenheim, Habsheim, Biesheim, Neuf Brisach mais aussi de Vieux Brisach en Allemagne...
A midi, ils mangeaient à la Garkisch. Le soir, ils rentraient chez eux en rapportant les carpes vivantes pour Schawess.
Nous avions une belle Schülle. Le chazen habitait à côté.

Il n'y avait autrefois à Grüssenheim que des boulangers et des bouchers juifs. Les non-juifs n'achetaient la viande et le pain que chez eux. Le samedi soir, ils attendaient devant la porte jusqu'à ce que le Schawess soit fini, été comme hiver.

Le dimanche, les bouchers juifs allaient encore vendre de la viande dans d'autres villages non juifs..

Il y avait chez nous un village à une bonne heure de Grüssenheim. Il s'agit de Illhaeusern.
Beaucoup de nos maris y allaient chaque jour.

Il y en avait un parmi eux qui aimait bien boire et qui rentrait tard chez lui. Sa femme se faisait du souci. De plus, avec une grande famille, elle devait tout faire. Elle se fâchait quand un soir tard, il est rentré à moitié ivre.
Elle lui a dit : "je n'ai encore pas eu une bonne heure avec toi".
Il lui répondit : "Caroline, va de Grüssenheim à  Inwisere, et alors tu auras une bonne heure".

Traduction française : Claude HOENEL


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