BIESHEIM

Synagogue de Biesheim Vers 1720, les Juifs de Biesheim construisirent, sans autorisation, une synagogue pour remplacer le lieu de culte situé dans une maison particulière. Le Conseil Souverain d'Alsace ordonna sa destruction en 1726. Ce n'est que vers 1830 qu'une synagogue sera érigéee, remplacée par un bâtiment nouveau en 1867. Pendant la dernière guerre, elle fut utiliséee comme dépôt de matériaux.
Elle fut détruite en février 1945 par un bombardement. Les ruines et l'emplacement ont été vendus à la commune.
Biesheim était siège d'un rabbinat jusqu'en 1910.

Notes relatives à la Communauté juive de Biesheim
Louis SCHLAEFLI
Extrait de l'Annuaire de la Société d'Histoire de la Hardt et du Ried -1997

L'importance de la communauté juive de Biesheim est connue de vieIlle date tant par les dictionnaires topographiques de l'Alsace que par l'ouvrage de base d'Elie Scheid, Histoire des juifs d'Alsace (1). A vrai dire, la vie de cette communauté nous échappait totalement et nous ignorons toujours les destinées de ses membres. Lorsque dans les années 80, à l'occasion de convois humanitaires en Pologne, nous emmenions des groupes de participants au camp d'Auschwitz-Birkenau, Il nous est arrivé de nous demander, en parcourant les allées de ce sinistre camp, si des compatriotes de Biesheim n'avaient pas fini ici leurs vies comme victimes de l'holocauste. Nous ne le savons toujours pas. Si tel fut le cas, leur mémoire mériterait elle aussi d'être évoquée en ces pages.

Au cours de nos diverses recherches sur les localités de la Hardt, Il nous est arrivé incidemment de prendre des notes, relatives à cette communauté, que nous voudrions transcrire ici, sans autre prétention que de compléter le panorama que la Société d'Histoire de la Hardt et du Ried nous a révélé dans ses deux derniers annuaires par le biais de deux articles de choix, celui de Jacques GreIlsamer, L'histoire des Greilsamer de Biesheim, 1994, (pp.53-58) et Astrid Kuhn-Schubnel, La communauté juive de Biesheim. Un cas de judaïsme rural en Alsace ; Mythes et réalité, 1995 (pp.49-70).

Rue Lucien Weil, L'ancienne rue des Juifs à Biesheim - Photo Studio A

LES DÉNOMBREMENTS DES JUIFS

Sans doute n'est-Il pas inintéressant de donner à nos lecteurs une idée de l'importance de cette communauté par le biais des dénombrements déjà publiés ou connus :

1689 : 0 - (De Neyremand, Dénombrement des familles israélites en Alsace, Revue d'Alsace X (1859), p. 566. La récente étude de Mme Astrid Kuhn Schubnel permet de mettre en doute ce chiffre, puisqu'au moins deux familles juives, celles de David Wolf et de Jacob Samuel, étaient alors établies à Biesheim.
1716 : 2 familles - (ibid. p. 566) ou 23 familles - (ibid. p. 567). Nous opterions plutôt pour le second chiffre.
1720 : 23 familles - (Kuhn-Schubnel, p. 50).
1723 : 25 familles - (Horrer, Dictionnaire... p. 314).
1784 : 53 familles, 256 individus - (E. Scheid, op. cit. p. 248).
1804 : 334 individus - (Arch. Evêché, Enquête de l'An XII).
1808 : 92 familles, 401 personnes - (25 % de la population de Biesheim ; Kuhn-Schubnel, p. 50).
1824 : 481 - (Jean-Frédéric Aufschlager, Nouvelle description historique et topographique des deux départements du Rhin, Strasbourg, 1826, I, p. 118).
1844 : 500 - (Arch. Evêché, Il semble qu'il s'agisse là d'un chiffre arrondi).
1851 : 480 - (Baquol, Dict..., 1851).
1870 : environ 300 personnes - (Kuhn Schubnel, p. 50).
1873 : 342 - (Statistische MittheIlungen. I, p. 56).
1875 : 358 - (189 hommes, 169 femmes) (Ibid., VII, p. 56).
1883 : 375 - (Arch. Evêché, Reg. 193, 33)
1890 : 330 - (164 hommes, 166 femmes) (Statist. Mitth., XXIV, 58).
1893 : 380 - (Arch. Ev., Visitationsbericht de 1893).
1895 : 332 - d'après le recensement (Handbuch für Elsass-Lothr., 1901, 259).
1905 : 260 - d'après le recensement (Bevülkerung von Elsass-Lothr.).

Les données fournies par le Frevelregister de Nambsheim
Il y a bien longtemps, nous avons exploité le Registre des délits de Nambsheim qui, pour une raison inconnue, avait transité par le casier Nambsheim des archives de l'Evêché de Strasbourg. Nous en avons fait faire une photocopie pour les Archives Départementales de Colmar. Il semble bien que, depuis lors, l'original y ait également été déposé.
Le lecteur se demandera quel pourrait être le rapport entre ce registre et les membres de la communauté juive de Biesheim. C'est que beaucoup d'entre eux ont eu à se plaindre d'habitants de Nambsheim qui se montraient plus que négligents, comme on pourra le voir, à régler leurs dettes envers eux. Nous nous contentons d'évoquer ces doléances dans l'ordre chronologique. Le lecteur s'apercevra que le commerce, notamment des bestiaux, était pour une bonne part entretenu par des familles juives de Biesheim. Les deux communes sont distantes de 12 kIlomètres.

Un spécialiste de l'économie rurale du 18ème siècle saurait mieux que nous tirer des conclusions de cette liste. Nul doute que nous rencontrerions des tableaux similaires dans les autres vIllages, si nous disposions d'actes aussi précis que le Frevelregister de Nambsheim. La situation à Nambsheim ne constitue sans doute pas un cas particulier, mais une illustration tout à fait probante de l'endettement de certains paysans de la Hardt dans les premières décennies du 18ème siècle; comme on a pu le constater, cet endettement pouvait aller jusqu'à la vente de leurs biens.
On ne peut pas dire que les juifs de Biesheim aient montré des prétentions exorbitantes, lorsqu'on voit un Judel Bloch réclamer en 1736 une dette remontant à 1707. En outre, Il ne s'agissait pas toujours de petites sommes puisqu'il se trouve, dans le lot, une dette de 700 livres : le prêteur devait disposer de capitaux importants, à moins qu'il ne s'agisse d'une accumulation de dettes successives. Il n'est pas moins étonnant de voir des créanciers devoir réclamer le paiement de bestiaux achetés trois ans auparavant.
Il faut noter également que, dans ce registre, ne semblent évoquées que les affaires qui n'ont pu être réglées à l'amiable, qui traînent depuis trop longtemps, enfin qui concernent des débiteurs largement endettés, parfois auprès de plusieurs juifs.

Les ruines de la synagogue de Biesheim
Synagogue de Biesheim

A PROPOS DE LA SYNAGOGUE DE BIESHEIM

Apparemment les familles juives de Biesheim avaient construit une synagogue sans autorisation (2). L'ordre fut donné, en 1726, de la démolir tout comme celles de Wintzenheim et de Hagenthal. Leur construction avait été jugée comme un attentat également scandaleux et téméraire qui choque le droit, la justice et la religion (3). Il semble toutefois que d'autres considérations soient entrées en cause :

il y a du particulier que je crois que vous n'ignorez pas. M. Le Procureur général est débiteur d'une somme de 57 ou 52.000 livres envers le Juif Meyer Weil, qui a commencé contre lui des poursuites que M. de Harlay a arrêtées d'autorité. Le créancier sollicite actuellement la levée des défenses qui lui ont été faites de demander justice. Le débiteur en est informé et Il semble qu'on ne puisse douter qu'il n'entre dans le parti qu'il a pris contre les juifs de Biesheim et de Hagenthal quelques ressentiments des poursuites de créancier. On le croit, parce que sa requête n'est que du 11 septembre, tandis qu'il est averti depuis le 22 mai : Il a donc laissé les Juifs bâtir; sans mot dire (4).

Une autre fut construite ultérieurement, puisqu'en 1799 Il est précisé que la synagogue des juifs [...] peut être aliénée au profit de la République (5). Si l'on peut se fier à Brockhoff, une nouvelle synagogue (Bethauss und Schule) aurait été érigée en bois, en lieu et place où en 1833, aurait été construite une autre en dur (56). En 1866, elle sera remplacée par une nouvelle construction dont la communauté put prendre possession l'année suivante (6).

LES RABBINS
Quelques-uns d'entre eux peuvent être cités de manière certaine : Selon le Reichsland (91), un rabbinat n'aurait été créé à Biesheim qu'en 1831.
En 1835, Hirtz Loeb, instituteur juif, placé sous la surveillance du Comité Supérieur de l'Instruction Primaire de Colmar, enseigne à 47 élèves dans la commune de Biesheim (7).

LE CIMETIERE JUIF

Il semble qu'à l'origine les membres de la communauté juive de Biesheim aient été enterrés à Mackenheim. En 1775 le Judenschultheiss et Alexandre Weil, Schürmverwandter Jude in Grossenbiessen, achètent à la commune de Mackenheim un terrain destiné à agrandir leur cimetière qui existait déjà en 1608 (8). L'actuel cimetière juif de Biesheim ne remonterait qu'à 1803 (8).

Monument aux Morts du cimetière juif de Biesheim - Photo : P. Biellmann

UNE TRADITION JUIVE

Nous empruntons à M. Freddy Raphaël la relation ci-après. Lorsqu'un généreux donateur dotait la synagogue d'un nouveau Sefer (Rouleau de la Loi), ce dernier était exposé quelques jours dans sa maison avant d'être transporté au temple aux environs de Shavouoth : D. Stauben décrit cette cérémonie, telle qu'elle se pratiquait à Biesheim dans la seconde moitié du 19ème siècle :

Un des voisins de Hirsch, le gros Hertz, gratifiait aujourd'hui même le temple d'une thora, en l'honneur de la convalescence d'un de ses fils qu'il avait failli perdre. Le village était en émoi. Le cortège partit dès huit heures de la maison d'Hertz. Sous un dais sacré le rabbin portait le Sefer. A ses côtés marchaient le donateur et le chantre. Derrière, s'avançaient en grande tenue, hommes et femmes de toute la communauté, marquant le pas au son d'une musique gravement joyeuse et qui précédait le cortège. Nous arrivâmes lentement au temple..., orné partout de festons magnifiques. Le tabernacle, ainsi que l'estrade sacrée, étaient entourés de mousse et de fleurs. Après la prière d'usage, le chantre plaça le nouveau Sefer sur l'estrade, le déroula et y lut, comme pour l'étrenner, les chapitres d'usage. On roula ensuite sur lui-même le Sefer déroulé, on le recouvrit d'un précieux manteau de soie, dû encore à la générosité du donateur; puis on le replaça dans l'arche sainte où se trouvaient les anciens rouleaux de la loi que le chantre baisa respectueusement en les priant, au nom de tous, d'accepter au milieu d'eux et sans jalousie l'hôte nouveau, l'hôte sacré qu'on venait de leur adjoindre : naïve et touchante délicatesse qui mérite d'être signalée (9).

LE DROIT DE DÉBIT DE VIANDE

En 1725, le baillif de Biessen (!), sur la requête du Procureur-fiscal, fait défense à la communauté des Juifs, composée de 25 familles, de tuer ni débiter aucune viande grosse ou petite. Les juifs font appel de cette décision. Le magistrat de Brisach, seigneur du lieu, intervient et prend le fait et cause du Procureur-fiscal, Le 13 mai 1723, le Conseil Souverain d'Alsace

reçoit l'intervention et donne acte de la prise de fait et cause et, après la déclaration faite par le Magistrat qu'il consent que les Juifs amènent leurs bêtes en la boucherie commune, pour y être tuées par eux-mêmes telle quantité qui leur sera nécessaire pour leur subsistance seulement et en laissant les quartiers de viande qu'il ne leur est pas permis par leur Loy de consommer, aux bouchers Chrétiens à 4 deniers meilleur marché par livre que le prix de la taxe ordinaire, a mis et met sur l'appel les parties hors de cour.
Le 5 juillet 1737, les juifs déposent une requête
à ce qu'il soit dit que l'Arrêt du 13 may dernier sera exécuté selon sa forme et teneur, ce faisant le Magistrat de Brisack condamne de les laisser tuer dans la boucherie commune de Biessen toutes bêtes dont ils auront besoin pour leur subsistance et celle de leurs familles, sans leur apporter aucun empêchement, sous telles peines que de droit. Condamné en outre de leur payer comptant le prix de la viande qu'ils doivent laisser aux bouchers Chrétiens et de prendre les bêtes entières lorsqu'elles ne seront pas Kauscher; c'est à dire telles qu'elles doivent être suivant leur Loy en les payant pareillement comptant. Leur payer 7 livres pour le prix du mouton tué le 28 juin dernier, défenses d'exiger d'eux les 4 livres par cent livres de viande qu'ils livrent aux dits bouchers et aux dépens.
Finalement, le 28 août 1723, le Conseil, après la déclaration faite par le Magistrat qu'il ne prétend point prendre les 4 livres par cent des petites bêtes, mais seulement des boeufs et vaches, a débouté les Juifs de leur requête et les a condamné aux dépens (Notes d'arrêts notables du Conseil Souverain d'Alsace, Colmar, Decker, 1742, 351-352).

NOTES ÉPARSES

DE QUELQUES ALLIANCES MATRIMONIALES

Outre celles que nous avons déjà citées, deux études font mention de mariages de juifs de Biesheim :

  1. Dans le Bulletin du Cercle Généalogique d'Alsace (37 (1977/1), 4) sont évoqués des contrats de mariage. Nous translatons ces actes dans leur teneur :

  2. Dans l'ouvrage de J. Bloch-Salomon Picard, Grussenheim..., figurent des mariages de juifs de Grussenheim avec des personnes de Biesheim, le premier daté de 1768, les autres sans date :
Puissent ces quelques notes servir à la mémoire d'un passé presque totalement disparu de la commune de Biesheim et de ses environs, tant en raison de la vague d'émigration vers les villes dans la seconde moitié du 19ème siècle, que de la barbarie nazie du 20ème siècle.

NOTES:
  1. Paris, Durlacher, 1887, ouvrage réédité en 1975 par Willy Fischer à Strasbourg.    Retour au texte.
  2. G. HAZELIER, Geschichte der Stadt Breisach, II, p. 71.    Retour au texte.
  3. Saisons d'Alsace, 66, p. 108.    Retour au texte.
  4. Ch. HOFFMANN, L'Alsace au XVIII° s., IV, p. 454 note 1.    Retour au texte.
  5. Rev Cath. d'Ais., 32 (1913), p. 282    Retour au texte.
  6. Franz BROCKKHOFF Geschichte der Stadt u. Festung Neubreisach, Neubreisach, 1903, p. 56.    Retour au texte.
  7. Joseph BLOCH - Salomon PICARD, Grussenheim, communauté juive disparue, S.I., 1960, p. 18.    Retour au texte.
  8. Franz BROCKKHOFF, op. cit., 1903, p. 55    Retour au texte.
  9. Freddy RAPHAEL, "Chavou'ot — la Pentecôte", Aux Carrefours de l'Alsace- Paroisses Vivantes, juin 1981,6.    Retour au texte.
  10. N. DELSOR, L'émigration alsacienne en Autriche au XVIII° s., Rev Cath. d'Ais., 1885, p 501    Retour au texte.
  11. Maurice BOESCH, Weckolsheim, son histoire, ses habitants (1986) p. 170    Retour au texte.
  12. R. WEYL - J. DALTROFF, Les cahiers de doléances des juifs d'Alsace. In : Revue d'Alsace 109 (1983), p. 67.    Retour au texte.
  13. M. DECOVILLE-FALLER, La Hardt Haut-Rhinoise, p. 80.    Retour au texte.
  14. Voir notamment la biographie de Benjamin Hemmendinger, dit Benjamin Scherwiller, rabbin des terres de la Noblesse de Basse-Alsace, né à Biesheim vers 1734, par Robert Weyl (N.D.B.A., 1990 (16), p. 1513).    Retour au texte.


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