LES PRATIQUES
DU DEUIL - 2


AVANT-PROPOS

AU CHEVET DE
L'AGONISANT

ANINOUTH

LA TOILETTE
MORTUAIRE

L'INHUMATION

LE DEUIL

L'ANNEE DE
DEUIL

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LA TOILETTE MORTUAIRE

Quelques remarques importantes

La toilette ne peut commencer qu'après la préparation minutieuse de tous les éléments du vêtement mortuaire. Elle ne doit jamais être faite par une seule personne, même s'il s'agit d'un enfant. Une seule personne n'a pas davantage le droit de déplacer le corps d'un endroit à l'autre. Pendant la toilette, on évitera toute conversation déplacée et inutile. Je répète en le soulignant que le corps doit être traité avec respect comme s'il était encore vivant. Sans cesse, on se rappellera que l'homme a été créé à l'image de Dieu. On sera tout autant attentif en le lavant et en l'habillant, en se conformant aux règles prescrites à ce sujet. Avant de commencer la toilette, on dira : "Ono Hashem..." ("Oh ! Seigneur, Dieu de grâce et de miséricorde"). Dans la mesure du possible, les proches s'abstiendront de participer à la toilette mortuaire.

La toilette (Taharah)

Le corps est déposé sur une planche ou sur une dalle prévue à cet effet, les pieds dirigés vers la porte. Après l'avoir déshabillé jusqu'à la chemise, il est recouvert d'un drap. Sans le bouger, on déchirera de haut en bas la chemise, et on enlèvera celle-ci, si bien qu'il ne soit à aucun instant dénudé, la règle est la même pour un enfant.

Si dans les vingt-quatre heures qui précèdent la mort, on a pratiqué une saignée, on laissera le garrot, et si le sang recueilli n'a pas encore été jeté, il accompagnera le cercueil dans la tombe.

On prendra neuf mesures : 21,6 litres d'eau pour laver le corps. Cette eau sera tiède. On la versera sur le drap couvrant le corps. En se servant de ce drap, on évitera d'avoir les mains à même le corps. Celui-ci sera lavé de la tête aux pieds. Sans le découvrir, on lui tiendra la bouche fermée en versant l'eau, pour que celle-ci n'y pénètre pas.

Pour le laver, le corps est couché d'abord sur le dos. On le tournera sur la droite, pour atteindre le côté gauche et une partie du dos, ensuite sur la gauche, pour avoir accès au côté droit et au reste du dos. A la fm de ces opérations, le corps se trouvera à nouveau la face dirigée vers le plafond.

Si une chose adhère fortement au corps, on ne l'enlèvera pas. Ainsi, prothèses dentaires et pansements chirurgicaux resteront en place. On se sert généralement d'un clou pour nettoyer les ongles des doigts et des orteils.

Avec toute l'eau qui restera - au moins 10,5 litres - le corps sera aspergé en une seule fois de la tête aux pieds. C'est cette dernière opération qui porte le nom de Taharah. En la faisant on récitera trois fois : "Vezorakti..." (Ezéchiel VII:25) et "Omar Rabbi Akiba..."

Pour sécher le corps, on écartera le drap mouillé, en ayant eu soin d'étendre préalablement au-dessus de lui un drap sec, toujours dans le même souci de veiller à sa pudeur. Il sera séché très soigneusement partout y compris entre les doigts et les orteils.

Le Yom Tov :
Sous le drap, il sera dévêtu de sa chemise sans la déchirer préalablement. On prendra une plus grande quantité d'eau que d'habitude, car il est interdit de frotter le corps. Les ongles des doigts et des orteils sont à nettoyer, sans toutefois gratter ce qui pourrait y adhérer. Après ce dernier nettoyage, on aspergera d'eau, une deuxième fois les mains et les pieds. Pour sécher le corps, on procédera comme de coutume, c'est-à-dire le drap mouillé sera écarté alors que le sec est déjà tendu au-dessus de lui. Cette opération pourra se faire une seconde fois, si le corps n'est pas encore sec. On veillera à ce que les draps mouillés ne soient pas trop pressés et essorés. Pour un enfant, à partir de trente jours, les prescriptions sont les mêmes que pour un adulte. Rien de tout ce qui vient d'être mentionné ne sera permis, si l'inhumation a lieu après Yom tov.
Si les habits mortuaires ont été soufflés après la toilette : le premier jour de Yom tov on pourra écarter les taches avec un chiffon sec. Le deuxième jour de Yom tov, il est permis de les laver avec de l'eau tiède.

Après la toilette

Après la Taharah, la planche ou la dalle sur lesquelles, le corps avait reposé, doivent être séchées. On essuiera aussi le plancher mouillé par les eaux de purification, afin que personne ne les foule.
Après la Taharah, au seuil de la chambre où reposait le mort, certains observent la coutume de casser un oeuf, avec ou sans clou, Autrefois, c'était toujours dans cette chambre, que se faisait la toilette. On ne retournera pas la planche sur laquelle la Taharah a été faite.

Après les ablutions, on dit les jours sans Ta'hanoune le Psaume 16 et les autres jours le Psaume 91 ou "Hatzour Tomim".

Des vêtements mortuaires et de la façon d'en revêtir le corps

Les juifs alsaciens ont coutume de revêtir leur Sargueness, leur vêtement funéraire, lors de la fête de Yom Kipour Gravure d'Alphonse Lévy
Ces vêtements ne sont pas les mêmes partout. Ils diffèrent selon les coutumes de chaque région ou même de chaque communauté. Toujours est-il qu'on veillera à ne jamais rien enfoncer dans la bouche. Ficelles et cordelières ne seront pas nouées, mais roulées ou entrelacées. Les vêtements seront en lin et ne seront garnis d'aucune parure (or, argent, etc..). Il est en outre formellement interdit de joindre au corps un quelconque objet en métal précieux.

Lorsqu'on achètera le lin pour la confection des vêtements mortuaires, ainsi que tous les accessoires nécessaires à la toilette, on paiera le prix exigé sans discussion. Cependant, il est interdit d'acheter à cet usage des étoffes trop chères.

Les vêtements doivent être propres et sans aucune déchirure. Y remarquerait-on une tache ou une déchirure, même la toilette terminée, la tache sera lavée et la déchirure recousue. Les coutures devront être bien faites et solides pour qu'elles ne s'ouvrent pas au cours de la manipulation. On veillera à ce que cette recommandation soit scrupuleusement respectée, d'autant plus que la couture est faite sans noeuds.

La femme pendant la période menstruelle ne participera ni à la confection des vêtements, ni à la toilette mortuaire.

Les vêtements mortuaires cités dans l'ordre de leur utilisation :
Mitznefes : un large bonnet, Mikhnesaïm : des caleçons, Koutoneth : une chemise, Sarkinoss : une longue robe à larges manches (Sarkinoss : du mot grec Sericon, souvent utilisé dans le Talmud pour désigner un habit d'apparat), Elizor : une cordelière (ceinture), un col, un falter : un grand drap qui tel un manteau enroulera les épaules et enfin des chaussons.

Du Talith :
On arrachera un tzitzith, pour n'en laisser qu'un fil. On s'arrangera en sorte que le coin muni de ce fil dépasse le cercueil. Si le talith est orné d'une bande dorée ou argentée, il est prescrit de l'en débarrasser. Si un talith neuf est confectionné pour la circonstance on ne l'ornera d'aucune bande, et les tzitzith seront tout juste enfilés dans les trous pratiqués aux quatre coins et entrelacés pour ne pas tomber.

Vêtement mortuaire féminin
coll. Musée d'Israël

Les vêtements des femmes et des jeunes filles :
Les femmes et les jeunes filles sont revêtues des mêmes effets vestimentaires que les hommes, à part quelques exceptions. Les caleçons sont remplacés par les 'hagoroth, tabliers. Le talith trouve son équivalent dans ce qu'on appelle la petite robe ou Gan Eden Rackle.
Il est d'usage dans certains endroits de couvrir la figure des femmes d'un voile appelé Stortz. Ce dernier nom est d'origine germanique. Au 14ème siècle, les femmes portaient en Allemagne de grands et épais voiles qui les couvraient de la tête à la taille.
Certains énumèrent l'habillement de la femme dans l'ordre que voici : un cache-sexe, un serre-tête, une chemise, deux tabliers formant jupe, un scapulaire (Gan Eden Rackle), un voile, un bonnet, une paire de chaussons.

Le Cohen :
Un Cohen sera revêtu de deux chemises.

L'enfant :
Un enfant, qui portait déjà de son vivant un talith katân, le portera aussi dans son cercueil. Un enfant âgé de plus d'un an, sera revêtu des mêmes habits mortuaires qu'un adulte. Un enfant de moins d'un an, sera revêtu d'une chemise et enroulé dans le drap de lin plissé ou Faltertuch. Un foetus ainsi qu'un enfant n'ayant pas atteint trente jours et n'ayant pas encore porté de son vivant une chemise, sera enroulé dans un simple petit drap. On lui mettra une chemise si de son vivant il en portait une, et il sera emmailloté si de son vivant il l'était, et le Faltertuch sera enroulé autour de lui. Un garçon mort incirconcis, le sera au cimetière au moyen d'un tesson d'argile ou d'un débris de verre, mais d'aucune manière avec un couteau. On jettera le prépuce dans la tombe. Chacun sans être mohel, peut faire cette opération sans bénédiction et sans Perio. Un enfant mort avant d'avoir obtenu un nom le recevra au cimetière.

L'assassiné et la femme morte en couches :
Dans ces deux cas, il n'y a pas de toilette mortuaire. Elle n'est pas non plus faite pour un accidenté portant des blessures, un opéré de fraîche date, ou si le corps est couvert de plaies. Tels qu'ils sont, sur leurs habits, on enfilera les vêtements mortuaires, ou simplement on les enroulera dans le drap de lin (ou Falter) et on joindra les vêtements mortuaires à leur corps dans le cercueil. Il faut aussi veiller à ce que dans ces cas, l'orone soit étanche et éviter ainsi l'écoulement du sang. Le sang perdu après la mort, ainsi que les objets, habits, draps, même la poussière, etc...souillés seront jetés dans la tombe.
Même dans les communautés où il est d'usage de faire la toilette mortuaire de la femme morte en couches, on s'abstiendra de la faire si, au moment du décès ou un jour avant, elle a perdu du sang.

Le nouveau-né mort avec sa mère en couches, doit être lavé et mis dans un orone à part, qui sera joint à celui de sa mère dans la même fosse. Pour une femme morte en couches ou au cours de la grossesse, il est d'usage de mettre un drap blanc à ses pieds dans le cercueil.

Suicidé, noyé :
Pour ces cas, consultez le rabbin. Toutefois, un principe essentiel est à retenir : le sang perdu après la mort doit obligatoirement accompagner le corps dans la tombe. Si le sang souille corps et habits au moment de mourir, la tahara (toilette) n'est pas faite.

Quelques remarques

Tout ce qui tombe ou qui a été détaché du corps après la mort, doit accompagner le défunt dans la tombe. Par contre, on n'est pas tenu d'en faire autant pour tout ce qui a été détaché du corps de son vivant, hormis un membre amputé avant la mort.

Un orone ou des habits mortuaires qui ont été réservés à un défunt déterminé et dont on n'a pas fait usage, peuvent resservir à la condition que l'orone soit démoli et refait et les habits décousus et reconfectionnés. Si on se ravise après usage, orone et habits deviennent inutilisables. Ils seront enterrés ou brûlés et un Cohen ne les touchera pas.

Les habits du défunt peuvent être réemployés sans hésitation. Si l'enterrement est remis à une date ultérieure, ou qu'un autre emplacement a été choisi, la tombe creusée doit être comblée le même jour.

Tous ces égards ont pour origine un principe essentiel : le koved, le respect que nous devons à la dépouille mortelle.

Le cercueil ("orone")

Il est préalablement garni du talith , du falter , de la pèlerine, du surplis ou col et de la ceinture.

Disposition du corps dans le cercueil :

Les jambes seront bien allongées, et autour du pouce, on fermera les doigts de la main. Dans certaines 'Hevroth, on enroule les tzitzith, et souvent aussi les manches du sarkinoss autour du pouce et des doigts pour que ceux-ci ne bougent pas. Les bras seront étendus le long du corps et la tête sera placée sur un petit coussin rempli de sciures de bois. La ceinture sera mise autour du sarkinoss et serrée autour des reins et le corps enveloppé dans le falter. Quant au talith , si de son vivant, il le portait sur la tête, il le portera de la même manière dans l'orone On veillera à ce que le corps soit entièrement couvert.

Aussi variés que peuvent être les usages concernant ces différents effets du vêtement mortuaire, il y a pour l'homme comme pour la femme, une règle immuable; le vêtement doit comporter pour le moins trois pièces : la chemise, le sarkinoss et le falter.

Les chaussons de lin sont mis à ses pieds, quand le corps est dans l'orone. Il est d'usage que l'un de ces chaussons lui soit mis par les enfants ou les parents. Ce geste est accompagné d'une cérémonie très émouvante, le déchirement et la demande de pardon. Voici la formule : " Je demande pardon à Dieu et à toi, ô (ma... ou mon...), si par inadvertance, j'ai eu le malheur de t'offenser soit par mes paroles, soit par mes actes."

A ses pieds, on mettra un petit sac en lin. Celui-ci sera rempli lors de l'inhumation d'une poignée de la terre devant recouvrir le cercueil, et mis ensuite sous la tête du défunt. Ordinairement, cette cérémonie ne se fait pas en deux temps, on le met de suite à sa place définitive.

Disposition du cercueil :
On recouvre l'orone d'un drap noir. Il est disposé en sorte que les pieds soient dirigés vers la porte vers laquelle, il quittera la pièce. A côté de la tête brûlera une lumière.

Règles particulières concernant le Cohen :
Le Cohen a le droit dans sept cas particuliers de transgresser les lois de pureté qui sont les siennes. Pour son père, sa mère, sa femme, son fils, sa fille, son frère et pour sa soeur célibataire et fille de son père. Ce droit ne lui est pas acquis pour sa soeur mariée ou si celle-ci est la fille d'un second père et enfin pour un enfant avorté, mort-né ou n'ayant pas atteint les trente jours.


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