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JUNGHOLTZ
Vers le milieu du 18ème siècle, de nombreux Juifs vinrent s'établir à Jungholtz. Une synagogue et une école talmudique y furent ouvertes. Seul le bâtiment de la yeshiva subsiste aujourd'hui. |
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La "Judenordnung" publiée en 1623 dans les terres de l'évêque de Strasbourg, donc en vigueur à Soultz, interdisait certes aux Juifs de l'Evêché toute "synagogue ou école publique", mais les autorisait à "faire donner l'instruction (religieuse) à leurs enfants dans leurs maisons" et d'y célébrer leurs cérémonies et fêtes à condition que cela ne soit pas fait publiquement, mais en privé et dans la plus grande discrétion. Les seigneurs laïques furent certainement plus tolérants dans ce domaine que l'abbé de Murbach et l'évêque de Strasbourg. Ainsi,à Bollwiller, fief de la famille de Rosen qui rouvrit les portes du bourg aux Juifs après la guerre de Trente Ans, il est fait mention d'une synagogue dès 1672, un an après que les Juifs d'Uffholtz (dans la principauté ecclésiastique de Murbach) furent accusés de "tenir une synagogue" clandestinement.
Le 9 février 1672, un certain Elias fut condamné à une amende pour avoir battu et malmené Schey Brunschweig "in der synagog", circonstance aggravante.Dans le même village, en 1679, la femme d'un rémouleur assista à une circoncision pratiquée chez (ou par?) le Juif Mochy : son mari irrascible ayant fait irruption dans la maison où se pratiquait cette cérémonie, il fut copieusement rossé par les participants, qui prirent la défense de leur invitée chrétienne.Une telle "promiscuité" entre Juifs et Chrétiens était alors inimaginable dans les terres de l'évêque de Strasbourg, dont le "règlement" édicté en 1623 interdisait explicitement aux Juifs de convier des Chrétiens à leurs circoncisions, fêtes des Tabernacles ou danses ou même "de se trouver avec les Chrétiens aux cabarets et de manger et jouer avec eux".
En 1683, il est question toujours à Bollwiller, d'un "Jüdischen Schulmeister" du nom d'Isaac Abraham (nom que l'on retrouve à Jungholtz au début du siècle suivant) : ce "maître d'école" ou rabbin (le terme allemand avait les deux sens) fut maltraité par un de ses coreligionnaires irrascible, qui venait d'être condamné à une amende par le rabbin de Brisach. Rappelons que c'est en 1681 que le rabbin Aaron Worms de Metz avait été installé à la tête du judaïsme alsacien avec juridiction sur la haute et basse Alsace et siège à Saint-Louis-les-Brisach.
Avant et après ce premier rabbin provincial nommé par le roi de France, nouveau maître du pays, il a dû y avoir d'autres grands rabbins dont l'autorité était reconnue par les communautés d'Alsace : les "Memorbücher" de Nidernai et de Haguenau citent notamment Simon Blum, qui avait commencé sa carrière de circonciseur à Jungholtz. Il est possible que ce rabbin-circonciseur ait habité à Jungholtz avant de se réfugier à Guebwiller chez son beau-père Gabriel Bloch pendant la guerre de Hollande, puis de s'établir à Wattwiller en 1677 et à Uffholtz en 1680, enfin à Soultz vers 1689. Dans cette dernière ville (dont Jungholtz n'était qu'un hameau), la communauté chrétienne se plaignit à l'Intendant d'Alsace à la fin du siècle que les Juifs avaient établi dans une des huit maisons bourgeoises ("des meilleures et des plus belles de la ville") qui leur appartenaient : "une synagogue,où s'assemblent la plupart des Juifs du voisinage aux jours de leurs cérémonies, en sorte que ladite ville serait fort souvent pleine de cette race" (sic!).
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Illustration extraite du "Mohelbuch"
ou registre de circoncision du rabbin Simon bar Nephtali Blum et de son
fils Hirtz Blum, commis-rabbin d'Uffholtz
(Bibliothèque Nationale et Universitaire de Jérusalem). Sur le bord supérieur des deux écussons on lit : "Schimon, fils de Nephtali Bluma". Les armes sont des armes parlantes : les fleurs (Blumen en allemand) rappellent le nom de famille des propriétaires et rédacteurs du registre, le plus ancien du genre en Alsace. Les circonciseurs Blum, le fils comme le père, exercèrent leur ministère à Jungholtz, où Simon Blum pratiqua sa première circoncision en 1668. En 1689, Simon Blum était domicilié à Soultz. A une période que nous n'avons pas pu déterminer, Simon Blum aurait même exercé les fonctions de "rabbin à Brisach et dans le Haut-Rhin", donc rabbin proincial (Mémoriaux de Niedernai et de Haguenau). |
Parmi les Juifs du voisinage qui fréquentaient la synagogue de Soultz à la fin du 17e siècle, il y avait certainement ceux de Jungholtz,qui n'étaient sans doute pas encore assez nombreux pour avoir leur propre lieu de culte. Soultz avait un rabbin communal dès 1711 en la personne de Hirtz Reinau, fils de Lehmann Reinau, dont la maison, rue des Bouchers, était sans doute la synagogue en question (voir notre illustration).
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Cinq ans après l'arrêt de 1726, les Juifs de Jungholtz contournèrent l'interdiction
qui leur était faite en faisant construire leur synagogue par leur seigneur.
Le 30 mai 1731, le baron François-Melchior de Schauenbourg non seulement donna
en location à la communauté juive du "bourg" (Flecken) une
synagogue située dans la "grande rue des Juifs" - "eine Sinagoge
in alhiesigem Flöcken vorne an der grossen Judengassen", mais
encore il s'engagea à la faire construire à ses frais au préalable et à la livrer
clé en main à ses locataires :
| "Beyneben obligiert sich wohlgesagte gnäd(ige) Herrschaft aile Maurer, Zimmermann, Schreiner, Schlosser, Glaser und andre Werck-Leuth Arbeiten und annoch aile dazu gehbrigen Materialien wess Namen sie nur haben môchten in seinen Kosten anzuschaffen und zu fournieren und zu bezahlen und solche Wohnung und Sinagog in einen rechten brauchbaren Standt zu stellen und mehrgesagter Judenschaft die Schlüssel in die Hand zu liefern..." (Ginsburger, Friedhof,p.73 et 74, "Lehnung u.Verding", notariat de Jungholtz). |
D'après un plan (Abriss) sans doute fourni par les Juifs de Jungholtz, la future synagogue devait mesurer 40 pieds de long sur 30 de large (env.12 x 9 m) et comprendre deux niveaux : un rez-de-chaussée en maçonnerie et un étage en bois. Au rez-de-chaussée serait aménagé un logement pour le maître d'école comprenant une cuisine, un "poêle" (Stuben), deux chambres, une cave et une écurie. La synagogue elle-même serait établie à l'étage et bien aménagée ou décorée :
"...dass gedachte Sinagog vierzig werk schuh lang und dreissig derselben schuh breit, der untere Stock mit Mauren und der obere mit Holz und in dem untern stock eine Bewohnung mit sechs Gemach als eine Kuch,Stuben, Stubenkammer, annoch eine Kammer, Keller und Stall für ein.Schulmeistér, und in dem oberen Stock die Sinagog alles wie es in dem Abriss gezeichnet, und absonderlich erst gedachte Sinagog wohlverdressiert sein soll" (Ginsburger, Friedhof, p.71).
Porte (Erouv 'hatseroth)
destinée à
la Matsa symbolique, réunissant, chaque année à
Pessa'h (Pâque)
toutes les maisons du village en une seule demeure pour permettre de transporter
un objet pendant le Shabath.
Bois polychrome, fer. Au centre de l'étoile de David de Jungholtz se détache l'Aigle bicéphale d'Autrice et la date en hébreu, correspondant à l'année 1770. Collection SHIAL - Musée Alsacien Strasbourg. (agrandir) |
"...für welche Bewohnung des Schulmeisters und Nutzgeniessung der Sinagog angeregte Judenschaft erstwohlbesagter gnâd.Herrschaft oder ihren adelichen Erben jührlich und ein jedes Jahr besonders fünfzig livres tournois Zins halbes auf st.Johannes Baptisten und d.andere halbe auff darauf folgenden heiligen Weihnachten zu bezahlen versprochen..." (id.p.72).Le seigneur de Jungholtz se réservait le droit d'établir dans le logement du rez-de-chaussée un maître d'école de son choix pour l'instruction religieuse de la jeunesse israélite du village:
"...und ist hierbey annoch zu merkhen und ausdruckentlich angedingt worden dass der gnäd. Herrsch.jederzeit freystehen solle ein Schulmeister nach Ihrem Belieben in der Wohnung des undern Stockes zu thuen,damit derselbe Schulmeister die Jugendt Ihrem Gesatz und Brauch nach instruieren könne,wie nicht weniger die gesagte Judenschaft ihrert jwie gewöhnlich mit allen ihren Rechten und Gerechtigkeiten unverhinderlich nutzen und niessen könne..." (id.).Le baron garantit à la communauté juive la jouissance sans entraves de la synagogue et du logement du maître d'école et s'engagea à ne pas augmenter le loyer à l'avenir :
"... also dass und nach Abrichtung obgesagter jâhrlichen Zinsen ermelte Juden die Behausung und Sinagog frey und sicher nutzen und niessen kbnnen und durch gemelt gnüd.Herrsch.und Nachkommen in keinerlei Weisse und Weg kbnnen umb den jàhrlichen Zins gesteigert,vertrieben noch verhindert werden...".Enfin la communauté juive s'engagea à entretenir la maison à ses frais ; "die Behausung in Dach u.Gemach in einem guten Standt und freien Kosten erhalten".
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