
"Rabbi Jizchak Schmuel, Sohn unseres Lehrers und Meisters Rabbi Elijahu, das Andenken des Gerechten sei zum Segen, aus Kalisch im Lande Grosspolen und derzeit wohnhaft in der heiligen Gemeinde Jungholz im Lande Oberelsass" (transcription en allemand par Günter Boll)Le premier maître d'école juif dont on soit sûr qu'il habitait à Jungholtz même,s'appelait Samuel Elias. Le 18 février 1723, "Samuel Elias, Judter Schuelmeister von Jungholtz" se présenta devant le magistrat de la ville de Soultz pour réclamer 84 livres 4 deniers Tournois, deux boisseaux de froment et un boisseau d'orge à son débiteur et coreligionnaire Jacob Reinau de Soultz. Ce maître d'école (melamed) devait être dans la région depuis plusieurs années déjà, puisque le 13 septembre 1723, devant le même tribunal urbain, Meyer Jacob lui reprochait de l'avoir traité de voleur en hébreu "il y a déjà longtemps de cela":
soit :
"Rabbi Isaac Samuel, fils de notre enseignant et maître (de la Torah) Rabbi Eliahu, que la mémoire du juste soit bénie, originaire de Kalisch en Pologne et actuellement domicilié dans la sainte communauté de Jungholtz en Haute-Alsace" (voir la page du rituel dont ce passage est extrait!).
"...dass beklagter ihnen klàgeren schon vor lêngstem einen achperosch gehei sen,welches worth wie klüger vermeint ein schelthworth sey und ein dieb hei se..." (3 E Soultz 8).
L'accusé, qualifié de "Juif de Soultz" comme le plaignant, répondit que le plaignant l'avait battu et traité de "Berlenfresser" (avaleur de perles). Ils furent condamnés tous les deux à des amendes et à partager les frais du procès.
Le cimetière israélite de Jungholtz © M. Rothé |
" ...d.weilen dieselbe sich vermessen an gnàdiger Herrsch. Haus alwo Samuel Elias wohnet zu nacht umb zwey uhr,weis nicht in was Intentionen,die hausthiren ein zu tretten und grosse unruehe zu machen...."Le témoignage de Thiébaut Werlin (un voisin?) permit d'identifier le responsable de l'effraction: Samuel Meyer de Soultz, qui fut condamné à 6 L 10 s d'amende et à réparer la porte qu'il avait enfoncée à coups de pied...
Dans son Histoire du cimetière de Jungholtz, Moïse Ginsburger nous apprend que ce premier maître d'école si contesté de Jungholtz était en fait un talmudiste distingué d'origine polonaise, qui a eu le mérite de s'occuper de l'organisation et de la publication d'un rituel de pénitence alsacien, imprimé à Francfort en 1725 :
" So finden wir dort den gelehrten Jsaak Samuel,Sohn des Eliahu,aus Kalisch, welcher sich um die Ordnung und Verbffentlichung eines im Jahre 1725 zu Frankfurt a./M. gedruckten Busserituals (Slichot) nach els.ssischem Ritus verdient gemacht hat.Vermutlich leitete derselbe in Jungholz eine Art Talmudschule oder dergleichen. ." (p.17).
Son nom figure effectivement sur la dernière page d'un livre de prières publié en 1725 par Johann Kölner de Francfort et qui contient des "prières pénitencielles (Bussgebete) pour toute l'année selon le rite alsacien". "Rabbi Isaac Samuel bar Eliahu" de Kalisch en Pologne, alors domicilié à Jungholtz, y est présenté comme le garant de l'authenticité des prières en usage en Alsace, par un des auteurs de l'ouvrage, R.Salman Abterode, le "petit", lui-même fils d'un "enseignant" et maître du Talmud,comme Samuel Elias de Jungholtz. Dans l'extrait de son livre sur le cimetière israélite de Jungholtz que nous avons cité, Moïse Ginsburger émet l'hypothèse que Samuel Elias n'était pas un simple "melamed" vu sa participation à l'élaboration de ce rituel, mais qu'il devait diriger une école talmudique. Quoi qu'il en soit,sa présence à Jungholtz est attestée jusqu'en 1735. Il fut donc le premier à loger dans l'appartement sous la synagogue construite en 1731 par le seigneur du village.
Le 17.4. 1734, le meunier Frédéric Wunenberger reprochait à "Rabi Schmuhlen" (forme du nom Samuel que nous trouvons déjà dans le rituel de 1725) d'avoir ramassé de la farine et du son qu'il avait perdus sur la route de Jungholtz à Soultz : il s'avéra que la coupable était la belle-mère du rabbin, Sara Bollack, veuve de Seeligmann (Grumbach?). Celle-ci avait effectivement ramassé la farine et l'avait vendue à un boucher de Guebwiller : elle fut condamnée à indemniser le meunier en lui versant 20 sols. L'année suivante, le 20.5.1735, Samuel Elias figurait encore parmi les habitants de Jungholtz qui furent condamnés à 20 livres d'amende pour avoir coupé du bois dans les forêts seigneuriales. Nous perdons ensuite sa trace.
Il est de nouveau question de la synagogue de Jungholtz une vingtaine d'années plus tard. Un chantre nouvellement engagé par la communauté, se plaignit en 1758 qu'on ne lui ait pas donné le logement situé sous la synagogue, comme on le lui avait promis :
"Josephe Swob Juif chantre demeurant à Jungholtz, demandeur, en personne, contre la Communauté des Juifs de Jungholtz comparus par Moyses Bloch, Juif de ce lieu au nom d'icelle, deffendeur".Le chantre demandait que soit exécuté :
"l'accord du 26e may de l'année dernière (1767) portant qu'on luy donnerait le logement qui est au-dessous de la synagogue et au cas qu'ils ne pouraient luy fournir le susdit logement, qu'ils l'indemniseraient suivant l'accord susdit.Comme aussy de luy donner la somme de cents huit livres pour les deux années prochaines,à quoy il estime son droit pour le moins(?) à tuer les bestes,plus la somme de septante deux livres pour les cérémonies judaiques qu'il estime pareillement luy valloir,le tout suivant l'accord cy-dessus mentionés,et enfin à ce qu'ils soient condamnés de luy payer la somme de cents livres par forme de dommage et interrests pour avoir quitté le même service qu'il avait à ïsenheim pour prendre celuy de cette seigneurie, et aux dépens".Meyer Bloch "au nom de la communauté" répondit "que la communauté offre, de même que les particuliers, d'exécuter l'accord dont il s'agit" (3 B 3367, audience du bailli de Jungholtz, 4.7.1758).
Extrait d'une thèse du Strasbourgeois J.F.Fischer mentionnant à la fois le cimetière et l'école rabbinique de Jungholtz (1763) |
"Il y a aussi une école juive établie à Jungholtz aux frais de tous les Juifs d'Alsace, école où 6 jeunes juifs pauvres sont entretenus, certes parcimonieusement mais gratuitement, les autres moyennant une certaine contribution,et où ils sont instruits dans la science du Talmud".Chose curieuse,alors que Fischer mentionne (dans le même paragraphe) l'existence d'un cimetière à Ettendorf en Basse-Alsace, il ne parle pas de l'école talmudique qui existait à la même époque dans ce village bas-rhinois, école qui était le pendant de celle de Jungholtz. Dans son étude sur l'école rabbinique d'Ettendorf, Dagobert Fischer rappelle un jeu de mots d'un rabbin polonais chargé d'inspecter les deux yeshivoth alsaciennes et apparemment peu satisfait du niveau des élèves :
"Wenn die = EN TORF und die JUNGen HOLZ sind, kann der Erfolg der Studien nicht den Erwartungen entsprechen"L'école talmudique ou rabbinique de Jungholtz existait certainement déjà vers le milieu du 18e siècle, si elle n'a pas été fondée dès la première moitié du siècle par Samuel Elias de Kalisz (ville polonaise où dès la seconde moitié du 17e une yeshiva avait été fondée par Israel b.Nathan Shapira, selon l'Encyclopedia Judaica). Le contrat de mariage de Yechaya Grumbach et de Dreinel Schnerff de Bollwiller révèle qu' "une partie de la dîme a été donnée à la maison d'étude de Jungholtz et une autre partie à la maison d'étude Bollwiller" et ce dès 1750 (Fraenckel, p.284). Or une dîme prélevée sur les dots servait à couvrir les frais de fonctionnement des deux écoles talmudiques d'Alsace. dans la seconde moitié du 18e siècle (voir plus loin!). Ginsburger a vu une preuve de l'importance de l'école talmudique de Jungholtz dans le fait que le "Memorbuch" de Jungholtz, rédigé vers 1766, a servi de modèle à la plupart des rédacteurs de Mémoriaux juifs de la Haute-Alsace :
"Quand les pères sont de tourbe et les jeunes de bois, les résultats des études ne peuvent être que décevants" (D.Fischer, Ein geschichtlicher Blick auf die ehemalige rabbinische Schule in Ettendorf, Strasbourg,1868).
"Ce Memorbuch a été copié pour un grand nombre d'autres communautés de la Haute-Alsace, comme il est facile de le voir par une comparaison même superficielle des Mémoriaux existant encore actuellement. Ce fait provient sans doute de ce qu'il y avait, à Jungholtz, vers la fin du XVIIIe siècle (sic), une école rabbinique assez renommée et le cimetière le plus important de la Haute-Alsace; cet endroit formait, pour ainsi dire, le rendez-vous des Juifs de la Haute-Alsace. Aussi n'ai-je trouvé dans notre département que deux Mémoriaux qui diffèrent sensiblement de celui de Jungholtz, celui d'Issenheim,près de Soultz (1785), et celui de Rixheim, près de Mulhouse" (Les Mémoriaux alsaciens, p.234).L'existence de cette yeshiva à Jungholtz explique aussi la présence dans ce modeste hameau d'un nombre relativement élevé de rabbins et de maîtres d'école entre 1750 et 1770.
Acte de circoncision de "Jizchak dit Eisik", fils de Rabbi Schimon de Jungholtz,parent du mohel Hirtz Blum.Le parrain de l'enfant est son grand-père paternel, "Maharam" de Wintzenheim,cité comme beau-frère de Simon Blum, père de Hirtz,en 1683 (Mohelbuch). |
En 1754, un acte notarié du greffe de Jungholtz (4 E Jungholtz 4) cite "Isac
Bolach" comme "Rabiner undt Schuelmeister aldorten":
il assista Schönel Jonas, belle-soeur célibataire de Libmann Hecker (oo
Hanna Jonas) et de Mauschy Lévy (oo Jentel Jonas) dans une transaction ("Décharge")
avec Fromet, veuve de Salomon Jonas de Fort-Louis.
En 1754, Joseph Heimendinger, "Jud und Rabiner allhier" (Juif
et rabbin de Jungholtz), traduisit le contrat de mariage de "Marx Kasin"
(Katz) et de Galle Weyl, fille de Samson Weyl, couple qu'il avait sans doute
uni (notariat de Junghol.tz). Il était originaire de Scherwiller en Basse-Alsace,
où il est cité comme "rabbin" et "lettré" dès 1746 (Fraenckel,p.
225).
Dès 1750, un certain "Mathias Zapfel,cy-devant prévôt de Scherwiller"
le fit comparaître devant le tribunal de Jungholtz pour une dette contractée
en 1744. La même année, le "distingué rabbin Joseph Hemmerdinger de Jungholtz",
maria sa fille Fromet à Guebwiller avec Juda-Leime Reinau, fils de Gabriel (id.p.284).
En 1756, le contrat de mariage du veuf Isaac Bloch de Soultz mentionne son "mariage
à Soultz par-devant Joseph Hemmerdinger, rabbin à Jungholtz" (id., p.358).
Le rabbin Hemmerdinger mourut vers 1759 : le 14.3.1759, Leman Bloch de Soultz
est cité comme "tuteur des enfants de Joseph Hämendinger" dans
le registre d'audiences du bailli de Jungholtz.
En 1761, Mordekhay-Marx, "fils de feu le lettré, le rabbin Joseph Hemmerdinger",
se maria à Bollwiller : son contrat de mariage fait allusion à "sa part
de livres qui lui reviennent de l'héritage paternel" et que son frère,
le rabbin Benjamin Hemmerdinger lui apporte en mariage. Le fiancé s'engage "à
apprendre chaque jour avec son beau-frère Elie pendant trois ans" (Fraenckel,
p.286). Ce dernier, Elie Blum,sera commis-rabbin" de Bollwiller dès 1776.
Marx Hemmerdinger, son beau-frère, est cité comme "commis-rabbin"
de Bollwiller en 1765 et comme "commis-rabbin" de Blotzheim en 1770
(id., p.288, 286 et 287). Son frère Benjamin,"fils
du savant rabbin Joseph" (Memorbuch de Bouxwiller, d'après Ginsburger),
sera grand-rabbin des terres de la Noblesse immédiate de Basse-Alsace avec siège
à Niedernai.
Dans le contrat de mariage de sa fille Genendel en 1781, i1 est qualifié de
"Gaon", titre honorifique réservé aux rabbins les plus éminents (Fraenckel,p.232).
![]() Baer Wiener de Westhoffen, originaire de Prague (Fraenckel, p. 257) était alors rabbin de l'évêché de Strasbourg |
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Stèles du rabbin Behr Lehmann (1735-1781) et d'Elle Reinau (1743-1824)
son épouse, au cimetière israélite de Jugholtz : |
D'après Ginsburger, en 1775, un des héritiers de feu Joseph Heimerdinger de
Jungholtz, Simon Bickert,marié à Edel Heimerdinger, donc gendre du rabbin,était
domicilié à Sierentz (Histoire de la communauté de Soultz, Juifs "étrangers"
mentionnés dans les protocoles judiciaires de Soultz). Lui aussi était rabbin
et avait habité à Jungholtz avant de s'établir à Sierentz. En 1759,en effet,"Simon
Bickhert, Jud und Rabiner alhier" (Simon Picard,Juif et rabbin
de ce lieu) remit au greffier de Jungholtz le contrat de mariage de Moyses Bloch
et de Bliemelin, fille de "Foly" (Raphaël) Bloch,qu'il avait sans
doute mariés (notariat de Jungholtz). En 1761, il signa comme témoin le contrat
alimentaire (Verpfründung) de Leyin Wahl,veuve de "Menckhe"
Bloch.Une des clauses de ce contrat est particulièrement intéressante :
"Ihre geringe Kleydung aber und was sie sonsten annoch in geringen Vermôgen nach ihrem Tod noch hinderiassen kbnte,so will die Comparentin das selbiges alles solle verkauft und der erlbssente preys in alhiesiger Juden schuel zuer Ehr Cottes solle angewendet werden" (notariat de Jungholtz, 5.2.1761).
En 1765,"Simon Bickher, Judt undt Rabiner" est cité dans l'acte de dépôt du contrat de mariage d'Abraham Bolach et de Keyle Lévy (notariat de Jungholtz) et en 1767, il est cité comme "Schuellmeister allhier" dans un accord concernant la succession de Meyer Lévy,dont la veuve, Sara Bickhert était peut-être une de ses parentes (id., Erbsvergleich,13.3.1767).I1 enseignait donc à Jungholtz à cette époque-là et la donation de Leyin Wahl à laquelle nous avons fait allusion ci-dessus (ses habits à vendre après sa mort au profit de "l'école des Juifs, à la gloire de Dieu"!) lui était peut-être destinée. Dans sa monographie sur le cimetière de Jungholtz, Ginsburger nous apprend que Simon alias "Schemajah" Picard était le fils de "Meir Piccardie", originaire de Trèves, secrétaire du rabbin provincial Samuel-Sanvil Weil de Ribeauvillé (cf. Fraenckel,p.316). Toujours selon Ginsburger, Simon Picard est mentionné dans un livre intitulé "Jam Issachar", publié à Metz en 1769. L'auteur de ce livre n'est autre que le rabbin de Soultz de l'époque, Behr Lehmann.
M.Laurent Kassel, qui descend de ce docte rabbin, a fait une analyse généalogique
de "Yam Issakhar" dans un article intitulé La mémoire du Peuple
du Livre publié en 1997 (revue du Cercle de Généalogie Juive,
n°50, t.13,p.6-9). Dans son introduction, l'auteur de l'ouvrage loue son
beau-frère Isaac, fils de Lehmann Bloch de Soultz "administrateur de l'école
talmudique de Jungholtz", "pour avoir recueilli les fonds qui couvrent
les frais d'impression".
Dans le corps du livre - un Commentaire de la Tossefta du traité
talmudique Betsa qui traite des lois spécifiques aux jours de fête
- le rabbin débat de cas pratiques avec ses partenaires d'études. Parmi
ces derniers,nous trouvons "son cousin germain Benjamin Scherwiller de
Biesheim", qui n'est autre que Benjamin
Hemmendinger, le fils du rabbin de Jungholtz Joseph Hemmendinger dont nous
avons parlé plus haut ! M.Kassel nous apprend que la femme de l'ancien rabbin
de Jungholtz, Guittel, était une fille de David Cahen Popers, natif de Prague,"ministre-officiant
de la sainte communauté de Metz" lequel avait une autre fille, Hanna, mariée
au père du rabbin de Soultz. Behr Lehmann était donc un neveu par alliance du
rabbin Joseph Hemmendinger. Un autre partenaire d'études mentionné dans l'ouvrage
était "Schmaya, rabbin enseignant à l'école talmudique de Jungholtz",
que l'auteur qualifie de "parent par alliance". Il s'agissait de notre
Simon Bickert, gendre de Joseph Hemmendinger.
Nous ignorons la date exacte du transfert de l'école talmudique de la Haute-Alsace de Jungholtz à Sierentz.En 1777, Jungholtz avait cessé d'être le siège de l'école rabbinique de Haute-Alsace. Le Protocole de l'Assemblée du 21 iyar 5537 élaboré par les préposés et les délégués de la "Nation juive" d'Alsace à Niedernai le 28 mai 1777, mentionne Sierentz comme nouveau siège de l'école talmudique de Haute-Alsace.
"Ces statuts confirment les dispositions antérieures prévoyant qu'il sera perçu un demi pour cent sur tout héritage au profit des deux écoles talmudiques établies à Ettendorf et à Sierentz ; elles percevront en outre deux neuvièmes des dots des deux mariés réunis", chaque fois que le montant dépassera une certaine somme (Raphaël et Weyl, Regards nouveaux, p.134).
Isaac Bloch de Soultz,qui assista à l'Assemblée de Niedernai, le fit sans doute en tant que préposé de la communauté juive de Soultz (cf Fraenckel,p.434), plutôt que comme "directeur de l'école talmudique de Jungholtz" (comme le pensait Ginsburger). En 1786,le "rabbin Schemaya,fils de Naftaly" de Sierentz,maria sa fille Elle Pickert avec Gabriel Wahl d'Issenheim : il est qualifié de "lettré distingué" dans le contrat de mariage (Fraenckel,p.431). Deux ans auparavant,il est cité comme "professeur" à Sierentz dans le Dénombrement général de 1784,de même qu'un certain Meyer Breger.Ce dernier habitait à Sierentz dès 1777, puis que dans le contrat de mariage de sa fille Reizlé avec Isaac Katz d'Oberdorf,cette annéel-à,il est indiqué que le père de la fiancée,"le lettré distingué, le rabbin Meyer fils de Moyse (Praeger)" était de Sierentz (Fraenckel,p.414). Lui aussi avait habité à Jungholtz précédemment. En 1765,"Meyer Breger, Judt und Rabiner alhier",avait traduit le contrat de mariage de Jacob Lévy et de Keyly Bloch (notariat de Jungholtz) et en 1767, il était cité comme "commis rabbin de Jungholtz" dans le contrat de mariage d'Isaac Blum et d'Edel Lévy de Bollwi1ler (Fraenckel,p.387).
![]() Extrait du Dénombrement général de 1784, mentionnant
Leib Marx, maître d'école de Jungholtz. C'était un
érudit versé dans la Torah, comme l'indiquait le titre honorifique
de "Haver" qui lui est décerné dans le
contrat de mariage de sa fille Eve Marx en 1781 (Fraenckel, p. 362). |
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Le déclassement probable de la yeshiva de Jungholtz dans les années 1770 à 1777 ne signifiait pas forcément sa disparition,car à côté des deux écoles rabbiniques officielles, il y avait "de nombreuses écoles talmudiques disséminées à travers l'Alsace (Mutzig, Rosheim,etc)...", "où les élèves sont entretenus et nourris jusqu'à ce qu'ils soient instruits" (protocole de 1777). Les plus réputées attiraient des étudiants de toute la région : ainsi, en 1777 justement, un fils du préposé juif de Bollwiller étudiait "à la grande Yeshiva du Gaon Wolf (Reichshoffer) de Bouxwiller" en Basse-Alsace (Fraenckel, p.288). Rappelons aussi qu'à Bollwiller il existait une "maison d'études" dès 1750 : ce n'était pas la première dans ce modeste bourg, puisqu'au 15e siècle,un moine de Murbach constatait qu'une école juive y était florissante ("in Bolwir floret eciam scola et studium Judeorum", Mentgen,p.61).
En 1784, on dénombre encore deux "maîtres d'école" à Jungholtz, preuve qu'une école y fonctionnait encore, même si elle n'était plus subventionnée par l'ensemble des Juifs d'Alsace comme à son apogée.Les deux pédagogues recensés semblaient résider à Jungholtz de longue date. Isaac Katz, alias "R.Eisiq", y habitait dès le milieu du siècle, puisqu'en 1754, un "Isac Katz","Rabiner", traduisit le contrat de mariage de David Aron et de Sara Meyer (notariat de Jungholtz).On relève à la même époque la présence d'un "Isaac Kaan" à Jungholtz, sans doute la même personne. En 1762,"Isac Kan, Jud und Rabiner" est cité dans l'acte de dépôt du contrat de mariage de Leib Bloch (id.) et en 1764, le contrat de mariage de Nathan Kaan, fils d'Abraham de Jungholtz,fait allusion au mariage célébré "par-devant Isaac Kaan, rabbin à Jungholtz" (Fraenckel,p.359). "Isac Kan, Jud und Rabiner" est aussi cité dans l'acte de dépôt du contrat de mariage de Seligman Bolac et de Judit Schwob,en 1763 (Notariat de Jungholtz).
Quant à "R.Loeb" alias Leib Marx, il s'agit sans doute de l'ancien
préposé de la communauté juive de Jungholtz,à qui on doit le Memorbuch
de 1766. Il pourrait être le fils de R.Mordechai de Hartmannswiller dont on
relève le nom dans le Mohelbuch Blum en 1733 et 1738 (cf.
Fraenckel, p.433,contrat de mariage de Lion Marx).
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