La synagogue et l'école juive de Jungholtz
et leurs desservants (suite et fin)

Rabbi Isaac Samuel Elias Kalisch, de Pologne,
maître d'école à Jungholtz

Dans cet extrait d'un rituel publié en 1725 à Francfort est cité : "Rabbi Jizchak Schmuel, Sohn unseres Lehrers und Meisters Rabbi Elijahu, das Andenken des Gerechten sei zum Segen, aus Kalisch im Lande Grosspolen und derzeit wohnhaft in der heiligen Gemeinde Jungholz im Lande Oberelsass" (transcription en allemand par Günter Boll)
soit :
"Rabbi Isaac Samuel, fils de notre enseignant et maître (de la Torah) Rabbi Eliahu, que la mémoire du juste soit bénie, originaire de Kalisch en Pologne et actuellement domicilié dans la sainte communauté de Jungholtz en Haute-Alsace" (voir la page du rituel dont ce passage est extrait!). Le premier maître d'école juif dont on soit sûr qu'il habitait à Jungholtz même,s'appelait Samuel Elias. Le 18 février 1723, "Samuel Elias, Judter Schuelmeister von Jungholtz" se présenta devant le magistrat de la ville de Soultz pour réclamer 84 livres 4 deniers Tournois, deux boisseaux de froment et un boisseau d'orge à son débiteur et coreligionnaire Jacob Reinau de Soultz. Ce maître d'école (melamed) devait être dans la région depuis plusieurs années déjà, puisque le 13 septembre 1723, devant le même tribunal urbain, Meyer Jacob lui reprochait de l'avoir traité de voleur en hébreu "il y a déjà longtemps de cela": "...dass beklagter ihnen klàgeren schon vor lêngstem einen achperosch gehei sen,welches worth wie klüger vermeint ein schelthworth sey und ein dieb hei se..." (3 E Soultz 8).

L'accusé, qualifié de "Juif de Soultz" comme le plaignant, répondit que le plaignant l'avait battu et traité de "Berlenfresser" (avaleur de perles). Ils furent condamnés tous les deux à des amendes et à partager les frais du procès.

 


Le cimetière israélite de Jungholtz
© M. Rothé
Samuel Elias habitait sans doute à Soultz dès 1720, puisqu'il assista cette année-là à la remise au percepteur de la ville de 40 thalers de contribution par le rabbin Hirtz Reinau au nom de la communauté juive du lieu, comme ce dernier devait le rappeler en 1723 (audience du 11.2.1723). Le 6 mars 1723, un certain "Zammell, Juden Schuehlmeister" de Soultz reprochait à Jacob Meyer (sans doute identique au "Meyer Jacob" précité!) de l'avoir jeté dans la fontaine (Stockbrunne) en plein hiver, ce qui l'avait rendu malade ! Il s'agit certainement du même Samuel. En 1724, un certain Moyses Windterlich lui avait succédé comme maître d'école à Soultz : ce nouveau maître d'école fut condamné à 9 L d'amende et à 6 L de dommages-intérêts pour avoir blessé un enfant au cours d'une bataille de boules de neige avec son coreligionnaire Samuel Mey. La même année, le 15 mai, Jean Schorg, tailleur de Soultz, réclama à Samuel Eli maître d'école de Jungholtz,7 L 15 s 6 d bâlois pour ouvrage de son métier (audience du bailli de Jungholtz). Le même jour, le procureur fiscal de Jungholtz accusa Samuel Meyer, Liberman Weil et Wolf Reinau de Soultz d'avoir enfoncé la porte de la maison seigneuriale habitée par Samuel Elias. L'incident s'était déroulé la nuit,vers 2 h du matin,dans le plus grand tumulte : < " ...d.weilen dieselbe sich vermessen an gnàdiger Herrsch. Haus alwo Samuel Elias wohnet zu nacht umb zwey uhr,weis nicht in was Intentionen,die hausthiren ein zu tretten und grosse unruehe zu machen...." Le témoignage de Thiébaut Werlin (un voisin?) permit d'identifier le responsable de l'effraction: Samuel Meyer de Soultz, qui fut condamné à 6 L 10 s d'amende et à réparer la porte qu'il avait enfoncée à coups de pied...

Dans son Histoire du cimetière de Jungholtz, Moïse Ginsburger nous apprend que ce premier maître d'école si contesté de Jungholtz était en fait un talmudiste distingué d'origine polonaise, qui a eu le mérite de s'occuper de l'organisation et de la publication d'un rituel de pénitence alsacien, imprimé à Francfort en 1725 : " So finden wir dort den gelehrten Jsaak Samuel,Sohn des Eliahu,aus Kalisch, welcher sich um die Ordnung und Verbffentlichung eines im Jahre 1725 zu Frankfurt a./M. gedruckten Busserituals (Slichot) nach els.ssischem Ritus verdient gemacht hat.Vermutlich leitete derselbe in Jungholz eine Art Talmudschule oder dergleichen. ." (p.17).

Son nom figure effectivement sur la dernière page d'un livre de prières publié en 1725 par Johann Kölner de Francfort et qui contient des "prières pénitencielles (Bussgebete) pour toute l'année selon le rite alsacien". "Rabbi Isaac Samuel bar Eliahu" de Kalisch en Pologne, alors domicilié à Jungholtz, y est présenté comme le garant de l'authenticité des prières en usage en Alsace, par un des auteurs de l'ouvrage, R.Salman Abterode, le "petit", lui-même fils d'un "enseignant" et maître du Talmud,comme Samuel Elias de Jungholtz. Dans l'extrait de son livre sur le cimetière israélite de Jungholtz que nous avons cité, Moïse Ginsburger émet l'hypothèse que Samuel Elias n'était pas un simple "melamed" vu sa participation à l'élaboration de ce rituel, mais qu'il devait diriger une école talmudique. Quoi qu'il en soit,sa présence à Jungholtz est attestée jusqu'en 1735. Il fut donc le premier à loger dans l'appartement sous la synagogue construite en 1731 par le seigneur du village.

Le 17.4. 1734, le meunier Frédéric Wunenberger reprochait à "Rabi Schmuhlen" (forme du nom Samuel que nous trouvons déjà dans le rituel de 1725) d'avoir ramassé de la farine et du son qu'il avait perdus sur la route de Jungholtz à Soultz : il s'avéra que la coupable était la belle-mère du rabbin, Sara Bollack, veuve de Seeligmann (Grumbach?). Celle-ci avait effectivement ramassé la farine et l'avait vendue à un boucher de Guebwiller : elle fut condamnée à indemniser le meunier en lui versant 20 sols. L'année suivante, le 20.5.1735, Samuel Elias figurait encore parmi les habitants de Jungholtz qui furent condamnés à 20 livres d'amende pour avoir coupé du bois dans les forêts seigneuriales. Nous perdons ensuite sa trace.

Il est de nouveau question de la synagogue de Jungholtz une vingtaine d'années plus tard. Un chantre nouvellement engagé par la communauté, se plaignit en 1758 qu'on ne lui ait pas donné le logement situé sous la synagogue, comme on le lui avait promis : "Josephe Swob Juif chantre demeurant à Jungholtz, demandeur, en personne, contre la Communauté des Juifs de Jungholtz comparus par Moyses Bloch, Juif de ce lieu au nom d'icelle, deffendeur". Le chantre demandait que soit exécuté : "l'accord du 26e may de l'année dernière (1767) portant qu'on luy donnerait le logement qui est au-dessous de la synagogue et au cas qu'ils ne pouraient luy fournir le susdit logement, qu'ils l'indemniseraient suivant l'accord susdit.Comme aussy de luy donner la somme de cents huit livres pour les deux années prochaines,à quoy il estime son droit pour le moins(?) à tuer les bestes,plus la somme de septante deux livres pour les cérémonies judaiques qu'il estime pareillement luy valloir,le tout suivant l'accord cy-dessus mentionés,et enfin à ce qu'ils soient condamnés de luy payer la somme de cents livres par forme de dommage et interrests pour avoir quitté le même service qu'il avait à ïsenheim pour prendre celuy de cette seigneurie, et aux dépens". Meyer Bloch "au nom de la communauté" répondit "que la communauté offre, de même que les particuliers, d'exécuter l'accord dont il s'agit" (3 B 3367, audience du bailli de Jungholtz, 4.7.1758).

 

L'école talmudique de Jungholtz et ses enseignants


Extrait d'une thèse du Strasbourgeois J.F.Fischer mentionnant à la fois le cimetière et l'école rabbinique de Jungholtz (1763)
Si le logement convoité par le chantre "au-dessous de la synagogue" n'était pas disponible en 1758, c'était peut-être parce qu'il était occupé par un ou plusieurs maîtres d'école ou parce qu'il servait d'école talmudique.L'existence d'une école talmudique ou rabbinique à Jungholtz est attestée en 1763 dans une thèse publiée à Strasbourg par un certain Jean-Frédéric Fischer.Nous reproduisons ci-contre le paragraphe mentionnant Jungholtz.Voici la traduction de la fin de ce paragraphe : "Il y a aussi une école juive établie à Jungholtz aux frais de tous les Juifs d'Alsace, école où 6 jeunes juifs pauvres sont entretenus, certes parcimonieusement mais gratuitement, les autres moyennant une certaine contribution,et où ils sont instruits dans la science du Talmud". Chose curieuse,alors que Fischer mentionne (dans le même paragraphe) l'existence d'un cimetière à Ettendorf en Basse-Alsace, il ne parle pas de l'école talmudique qui existait à la même époque dans ce village bas-rhinois, école qui était le pendant de celle de Jungholtz. Dans son étude sur l'école rabbinique d'Ettendorf, Dagobert Fischer rappelle un jeu de mots d'un rabbin polonais chargé d'inspecter les deux yeshivoth alsaciennes et apparemment peu satisfait du niveau des élèves : "Wenn die = EN TORF und die JUNGen HOLZ sind, kann der Erfolg der Studien nicht den Erwartungen entsprechen"
"Quand les pères sont de tourbe et les jeunes de bois, les résultats des études ne peuvent être que décevants" (D.Fischer, Ein geschichtlicher Blick auf die ehemalige rabbinische Schule in Ettendorf, Strasbourg,1868). L'école talmudique ou rabbinique de Jungholtz existait certainement déjà vers le milieu du 18e siècle, si elle n'a pas été fondée dès la première moitié du siècle par Samuel Elias de Kalisz (ville polonaise où dès la seconde moitié du 17e une yeshiva avait été fondée par Israel b.Nathan Shapira, selon l'Encyclopedia Judaica). Le contrat de mariage de Yechaya Grumbach et de Dreinel Schnerff de Bollwiller révèle qu' "une partie de la dîme a été donnée à la maison d'étude de Jungholtz et une autre partie à la maison d'étude Bollwiller" et ce dès 1750 (Fraenckel, p.284). Or une dîme prélevée sur les dots servait à couvrir les frais de fonctionnement des deux écoles talmudiques d'Alsace. dans la seconde moitié du 18e siècle (voir plus loin!). Ginsburger a vu une preuve de l'importance de l'école talmudique de Jungholtz dans le fait que le "Memorbuch" de Jungholtz, rédigé vers 1766, a servi de modèle à la plupart des rédacteurs de Mémoriaux juifs de la Haute-Alsace : "Ce Memorbuch a été copié pour un grand nombre d'autres communautés de la Haute-Alsace, comme il est facile de le voir par une comparaison même superficielle des Mémoriaux existant encore actuellement. Ce fait provient sans doute de ce qu'il y avait, à Jungholtz, vers la fin du XVIIIe siècle (sic), une école rabbinique assez renommée et le cimetière le plus important de la Haute-Alsace; cet endroit formait, pour ainsi dire, le rendez-vous des Juifs de la Haute-Alsace. Aussi n'ai-je trouvé dans notre département que deux Mémoriaux qui diffèrent sensiblement de celui de Jungholtz, celui d'Issenheim,près de Soultz (1785), et celui de Rixheim, près de Mulhouse" (Les Mémoriaux alsaciens, p.234). L'existence de cette yeshiva à Jungholtz explique aussi la présence dans ce modeste hameau d'un nombre relativement élevé de rabbins et de maîtres d'école entre 1750 et 1770.


Acte de circoncision de "Jizchak dit Eisik", fils de Rabbi Schimon de Jungholtz,parent du mohel Hirtz Blum.Le parrain de l'enfant est son grand-père paternel, "Maharam" de Wintzenheim,cité comme beau-frère de Simon Blum, père de Hirtz,en 1683 (Mohelbuch).
Dans notre chapitre sur le cimetière israélite de Jungholtz, nous avons mentionné un certain Simon Meyer, qui fut condamné à 6 L d'amende, une livre de cire au profit de l'église et aux dépens (4 L 10 s) pour avoir fait travailler des tailleurs de pierres chrétiens au cimetière juif pendant la fête patronale et pour avoir lui-même "fait l'inscription" en hébreu sur les stèles livrées par ces ouvriers. Ce Simon Meyer est cité comme rabbin dès les années 1740 à 1750 dans les contrats de mariage analysés par Picard et Fraenckel, mais il habitait à Jungholtz dès 1727 : cette année-là,en effet, "Rav Schimon bar Meir" se maria avec une fille de Kopel (Grumbach?) de Soultz par-devant son parent Hirtz Blum,commis-rabbin d.'Uffholtz. D'après l'acte de circoncision de son fils, né l'année suivante, il était originaire de Wintzenheim (voir ci-contre !). Le 8.8.1740,le mariage de Lazare Katz de Jungholtz et de Veyle Lichteten d'Issenheim fut célébré "par-devant le rabbin Simon de Jungholtz" et trois ans plus tard, le 25.6.1743, Hirtz Weyl de Jungholtz et Guthel Schwob de Hagenthal-le-Bas se marièrent eux aussi "par-devant Simon Meyer, rabbin à Jungholtz". En 1745, ce dernier unit encore le veuf Meyer-Marem alias Marc Bloch de Jungholtz, fils de feu Mena'hem, et Haendel Ullmo de Kembs (Fraenckel,p.356 et 357). Dans le Contrat de mariage de Salomon Dreyfus et de Rosine Katz, déposé au greffe de Jungholtz en 1755, Simon Meyer est qualifié de "Schulmeister" ou maître d'école (notariat de Jungholtz).

En 1754, un acte notarié du greffe de Jungholtz (4 E Jungholtz 4) cite "Isac Bolach" comme "Rabiner undt Schuelmeister aldorten": il assista Schönel Jonas, belle-soeur célibataire de Libmann Hecker (oo Hanna Jonas) et de Mauschy Lévy (oo Jentel Jonas) dans une transaction ("Décharge") avec Fromet, veuve de Salomon Jonas de Fort-Louis.
En 1754, Joseph Heimendinger, "Jud und Rabiner allhier" (Juif et rabbin de Jungholtz), traduisit le contrat de mariage de "Marx Kasin" (Katz) et de Galle Weyl, fille de Samson Weyl, couple qu'il avait sans doute uni (notariat de Junghol.tz). Il était originaire de Scherwiller en Basse-Alsace, où il est cité comme "rabbin" et "lettré" dès 1746 (Fraenckel,p. 225).
Dès 1750, un certain "Mathias Zapfel,cy-devant prévôt de Scherwiller" le fit comparaître devant le tribunal de Jungholtz pour une dette contractée en 1744. La même année, le "distingué rabbin Joseph Hemmerdinger de Jungholtz", maria sa fille Fromet à Guebwiller avec Juda-Leime Reinau, fils de Gabriel (id.p.284).
En 1756, le contrat de mariage du veuf Isaac Bloch de Soultz mentionne son "mariage à Soultz par-devant Joseph Hemmerdinger, rabbin à Jungholtz" (id., p.358). Le rabbin Hemmerdinger mourut vers 1759 : le 14.3.1759, Leman Bloch de Soultz est cité comme "tuteur des enfants de Joseph Hämendinger" dans le registre d'audiences du bailli de Jungholtz.
En 1761, Mordekhay-Marx, "fils de feu le lettré, le rabbin Joseph Hemmerdinger", se maria à Bollwiller : son contrat de mariage fait allusion à "sa part de livres qui lui reviennent de l'héritage paternel" et que son frère, le rabbin Benjamin Hemmerdinger lui apporte en mariage. Le fiancé s'engage "à apprendre chaque jour avec son beau-frère Elie pendant trois ans" (Fraenckel, p.286). Ce dernier, Elie Blum,sera commis-rabbin" de Bollwiller dès 1776. Marx Hemmerdinger, son beau-frère, est cité comme "commis-rabbin" de Bollwiller en 1765 et comme "commis-rabbin" de Blotzheim en 1770 (id., p.288, 286 et 287). Son frère Benjamin,"fils du savant rabbin Joseph" (Memorbuch de Bouxwiller, d'après Ginsburger), sera grand-rabbin des terres de la Noblesse immédiate de Basse-Alsace avec siège à Niedernai.
Dans le contrat de mariage de sa fille Genendel en 1781, i1 est qualifié de "Gaon", titre honorifique réservé aux rabbins les plus éminents (Fraenckel,p.232).

L'Almanach Oberlin de 1786 ne mentionne que six rabbins
officiels en Alsace, dont Benjamin Hemmerding(er), nommé
"par lettres-patentes du Directionde la Noblesse de la
basse Alsace". Celui-ci était le fils du "rabbin Joseph fils
d'Aron de Scherwiller, demeurant à Jungholtz", d'après son
contrat de mariage passé à Biesheim en 1752 (Fraenckel, p.407).
Dès le début du 17ème siècle, on faisait parfois appel à des
rabbins de Basse-Alsace à Jungholtz : en 1725, Salomon Wohl demanda à prêter serment "more judaico" par-devant le rabbin de Westhoffen (Ginsburger, Histoire de la communauté de Soultz).
Baer Wiener de Westhoffen, originaire de Prague
(Fraenckel, p. 257) était alors rabbin de l'évêché de Strasbourg.
  Stèles du rabbin Behr Lehmann (1735-1781) et d'Elle Reinau (1743-1824)
son épouse, au cimetière israélite de Jugholtz :
"Ici repose un homme actif, juste, intègre, un puits de Torah, gloire des sages, le Gaon, le grand Issakhar Ber..."
(Richesse artistique et spirituelle des cimetières juifs d'Alsace, p. 46).
Nommé "Lieutenant rabbin" dans les terres de l'évêché de Strasbourg en
Haute-Alsace le 20 avril 1763, Issakhar, appelé Behr Lehmann dans les
documents non juifs, avait son siège à Soultz, où il avait épousé Elle,
fille du préposé Jessel Reinau (CM 6.11.1762, Fraenckel p. 433).
Il avait succédé à Hirtz Reinau, premier rabbin connu de Soultz, "réduit à la
mendicité" à la fin de sa vie (comptes du Haut-Mundat, 1757).
Décédé le 25.5.1781, le rabbin Issakhar a laissé une oeuvre écrite importante.
Il est le grand-père de Carmoly (1802-75), historien, grand rabbin de Bruxelles.

D'après Ginsburger, en 1775, un des héritiers de feu Joseph Heimerdinger de Jungholtz, Simon Bickert,marié à Edel Heimerdinger, donc gendre du rabbin,était domicilié à Sierentz (Histoire de la communauté de Soultz, Juifs "étrangers" mentionnés dans les protocoles judiciaires de Soultz). Lui aussi était rabbin et avait habité à Jungholtz avant de s'établir à Sierentz. En 1759,en effet,"Simon Bickhert, Jud und Rabiner alhier" (Simon Picard,Juif et rabbin de ce lieu) remit au greffier de Jungholtz le contrat de mariage de Moyses Bloch et de Bliemelin, fille de "Foly" (Raphaël) Bloch,qu'il avait sans doute mariés (notariat de Jungholtz). En 1761, il signa comme témoin le contrat alimentaire (Verpfründung) de Leyin Wahl,veuve de "Menckhe" Bloch.Une des clauses de ce contrat est particulièrement intéressante : "Ihre geringe Kleydung aber und was sie sonsten annoch in geringen Vermôgen nach ihrem Tod noch hinderiassen kbnte,so will die Comparentin das selbiges alles solle verkauft und der erlbssente preys in alhiesiger Juden schuel zuer Ehr Cottes solle angewendet werden" (notariat de Jungholtz, 5.2.1761).

En 1765,"Simon Bickher, Judt undt Rabiner" est cité dans l'acte de dépôt du contrat de mariage d'Abraham Bolach et de Keyle Lévy (notariat de Jungholtz) et en 1767, il est cité comme "Schuellmeister allhier" dans un accord concernant la succession de Meyer Lévy,dont la veuve, Sara Bickhert était peut-être une de ses parentes (id., Erbsvergleich,13.3.1767).I1 enseignait donc à Jungholtz à cette époque-là et la donation de Leyin Wahl à laquelle nous avons fait allusion ci-dessus (ses habits à vendre après sa mort au profit de "l'école des Juifs, à la gloire de Dieu"!) lui était peut-être destinée. Dans sa monographie sur le cimetière de Jungholtz, Ginsburger nous apprend que Simon alias "Schemajah" Picard était le fils de "Meir Piccardie", originaire de Trèves, secrétaire du rabbin provincial Samuel-Sanvil Weil de Ribeauvillé (cf. Fraenckel,p.316). Toujours selon Ginsburger, Simon Picard est mentionné dans un livre intitulé "Jam Issachar", publié à Metz en 1769. L'auteur de ce livre n'est autre que le rabbin de Soultz de l'époque, Behr Lehmann.

M.Laurent Kassel, qui descend de ce docte rabbin, a fait une analyse généalogique de "Yam Issakhar" dans un article intitulé La mémoire du Peuple du Livre publié en 1997 (revue du Cercle de Généalogie Juive, n°50, t.13,p.6-9). Dans son introduction, l'auteur de l'ouvrage loue son beau-frère Isaac, fils de Lehmann Bloch de Soultz "administrateur de l'école talmudique de Jungholtz", "pour avoir recueilli les fonds qui couvrent les frais d'impression".
Dans le corps du livre - un Commentaire de la Tossefta du traité talmudique Betsa qui traite des lois spécifiques aux jours de fête - le rabbin débat de cas pratiques avec ses partenaires d'études. Parmi ces derniers,nous trouvons "son cousin germain Benjamin Scherwiller de Biesheim", qui n'est autre que Benjamin Hemmendinger, le fils du rabbin de Jungholtz Joseph Hemmendinger dont nous avons parlé plus haut ! M.Kassel nous apprend que la femme de l'ancien rabbin de Jungholtz, Guittel, était une fille de David Cahen Popers, natif de Prague,"ministre-officiant de la sainte communauté de Metz" lequel avait une autre fille, Hanna, mariée au père du rabbin de Soultz. Behr Lehmann était donc un neveu par alliance du rabbin Joseph Hemmendinger. Un autre partenaire d'études mentionné dans l'ouvrage était "Schmaya, rabbin enseignant à l'école talmudique de Jungholtz", que l'auteur qualifie de "parent par alliance". Il s'agissait de notre Simon Bickert, gendre de Joseph Hemmendinger.

Nous ignorons la date exacte du transfert de l'école talmudique de la Haute-Alsace de Jungholtz à Sierentz.En 1777, Jungholtz avait cessé d'être le siège de l'école rabbinique de Haute-Alsace. Le Protocole de l'Assemblée du 21 iyar 5537 élaboré par les préposés et les délégués de la "Nation juive" d'Alsace à Niedernai le 28 mai 1777, mentionne Sierentz comme nouveau siège de l'école talmudique de Haute-Alsace. "Ces statuts confirment les dispositions antérieures prévoyant qu'il sera perçu un demi pour cent sur tout héritage au profit des deux écoles talmudiques établies à Ettendorf et à Sierentz ; elles percevront en outre deux neuvièmes des dots des deux mariés réunis", chaque fois que le montant dépassera une certaine somme (Raphaël et Weyl, Regards nouveaux, p.134).

Isaac Bloch de Soultz,qui assista à l'Assemblée de Niedernai, le fit sans doute en tant que préposé de la communauté juive de Soultz (cf Fraenckel,p.434), plutôt que comme "directeur de l'école talmudique de Jungholtz" (comme le pensait Ginsburger). En 1786,le "rabbin Schemaya,fils de Naftaly" de Sierentz,maria sa fille Elle Pickert avec Gabriel Wahl d'Issenheim : il est qualifié de "lettré distingué" dans le contrat de mariage (Fraenckel,p.431). Deux ans auparavant,il est cité comme "professeur" à Sierentz dans le Dénombrement général de 1784,de même qu'un certain Meyer Breger.Ce dernier habitait à Sierentz dès 1777, puis que dans le contrat de mariage de sa fille Reizlé avec Isaac Katz d'Oberdorf,cette annéel-à,il est indiqué que le père de la fiancée,"le lettré distingué, le rabbin Meyer fils de Moyse (Praeger)" était de Sierentz (Fraenckel,p.414). Lui aussi avait habité à Jungholtz précédemment. En 1765,"Meyer Breger, Judt und Rabiner alhier",avait traduit le contrat de mariage de Jacob Lévy et de Keyly Bloch (notariat de Jungholtz) et en 1767, il était cité comme "commis rabbin de Jungholtz" dans le contrat de mariage d'Isaac Blum et d'Edel Lévy de Bollwi1ler (Fraenckel, p.387).

Extrait du Dénombrement général de 1784, mentionnant Leib Marx,
maître d'école de Jungholtz. C'était un érudit versé dans la Torah,
comme l'indiquait le titre honorifique de "Haver" qui lui est décerné
dans le contrat de mariage de sa fille Eve Marx en 1781
(Fraenckel, p.362).
Le suivant sur la liste, Benoît Aron, alias "Benjamin-Benedic fils d'Aron",
portait ce titre dès 1767 (contrat de mariage, Fraenckel, p. 360).
Il est appelé "R. Benjamin" sur l'état des chefs de famille jouissant
du droit de sépulture au cimetière israélite de Jungholtz en 1779 :
son nom y suit ceux de "R. Eisiq Katz" et "R. Loeb (Marx)", les deux
"maîtres d'école" recensés en 1784 (Fraenckel, p. 387).

  Dans le Dénombrement de 1784, Meyer Praeger et Simon Picard,
précédemment domiciliés à Jungholtz, sont cités comme
"professeurs de l'école talmudique de Sierentz (qui avait supplanté
celle de Jungholtz), alors que leurs collègues d'Ettendrof n'y dont
droit qu'au titre de "maître d'école" (il y en avait trois, dont deux
avaient des pensionnaires). En 1813, un des fils de Meyer Praeger,
Lippman Praeger , était instituteur "particulier" à Cernay. L'instruction
qu'il donnait était "pour les principes de la lecture et écriture de
l'hébreu et l'explication de la Loi de Moïse". Agé de 46 ans, il était né
à Sierentz peu après le départ de son père de Jungholtz

Le déclassement probable de la yeshiva de Jungholtz dans les années 1770 à 1777 ne signifiait pas forcément sa disparition,car à côté des deux écoles rabbiniques officielles, il y avait "de nombreuses écoles talmudiques disséminées à travers l'Alsace (Mutzig, Rosheim,etc)...", "où les élèves sont entretenus et nourris jusqu'à ce qu'ils soient instruits" (protocole de 1777). Les plus réputées attiraient des étudiants de toute la région : ainsi, en 1777 justement, un fils du préposé juif de Bollwiller étudiait "à la grande Yeshiva du Gaon Wolf (Reichshoffer) de Bouxwiller" en Basse-Alsace (Fraenckel, p.288). Rappelons aussi qu'à Bollwiller il existait une "maison d'études" dès 1750 : ce n'était pas la première dans ce modeste bourg, puisqu'au 15e siècle,un moine de Murbach constatait qu'une école juive y était florissante ("in Bolwir floret eciam scola et studium Judeorum", Mentgen,p.61).

En 1784, on dénombre encore deux "maîtres d'école" à Jungholtz, preuve qu'une école y fonctionnait encore, même si elle n'était plus subventionnée par l'ensemble des Juifs d'Alsace comme à son apogée.Les deux pédagogues recensés semblaient résider à Jungholtz de longue date. Isaac Katz, alias "R.Eisiq", y habitait dès le milieu du siècle, puisqu'en 1754, un "Isac Katz","Rabiner", traduisit le contrat de mariage de David Aron et de Sara Meyer (notariat de Jungholtz).On relève à la même époque la présence d'un "Isaac Kaan" à Jungholtz, sans doute la même personne. En 1762,"Isac Kan, Jud und Rabiner" est cité dans l'acte de dépôt du contrat de mariage de Leib Bloch (id.) et en 1764, le contrat de mariage de Nathan Kaan, fils d'Abraham de Jungholtz,fait allusion au mariage célébré "par-devant Isaac Kaan, rabbin à Jungholtz" (Fraenckel,p.359). "Isac Kan, Jud und Rabiner" est aussi cité dans l'acte de dépôt du contrat de mariage de Seligman Bolac et de Judit Schwob,en 1763 (Notariat de Jungholtz).

Quant à "R.Loeb" alias Leib Marx, il s'agit sans doute de l'ancien préposé de la communauté juive de Jungholtz,à qui on doit le Memorbuch de 1766. Il pourrait être le fils de R.Mordechai de Hartmannswiller dont on relève le nom dans le Mohelbuch Blum en 1733 et 1738 (cf. Fraenckel, p.433,contrat de mariage de Lion Marx).

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