Jubilé de la Synagogue de la Paix
TEMOIGNAGES

[Jean Kahn - Claude Hoenel - Lucien Lazare - Georges Weill - Raymond Heymann]

NOSTALGIE ET ESPOIR
Claude Hoenel

© M. Rothé
Le 23 mars 1958, a été le début d'une ère nouvelle pour notre Communauté. En effet, c'est ce jour qu'a eu lieu l'inauguration de notre nouvelle maison de prières, construite sur les ruines de la synagogue du quai Kléber, incendiée et rasée par les nazis. La clairvoyance des bâtisseurs de l'époque leur a fait construire également un centre communautaire.

Dans quelques jours, 50 ans se seront écoulés depuis ce jour faste et mémorable.

Le Grand Rabbin WARSCHAWSKI za"l disait qu'une communauté qui oublie son passé n'a pas d'avenir.

Ce passé, dont nous profitons encore aujourd'hui, grâce aux structures créées de toutes pièces par une équipe animée par un homme exceptionnel, le Grand Rabbin Abraham DEUTSCH za"l, reste la base qui nous a permis de bénéficier de fondations solides et durables pour la vie communautaire.

C'est à cette époque que les jeunes comme moi, ont été attirés vers la Communauté parce que le discours qu'ils entendaient, était sans concession religieuse, tout en préservant une tolérance intelligente et sincère.

Il ne s'agit pas de ne magnifier que le passé, qui le mériterait bien, mais de nous tourner vers l'avenir.

Quelle communauté laisserons-nous pour les générations à venir ?

La physionomie de notre Kahal, au sens large, a beaucoup évolué.
Il est incontestable que le courant Mizra'hi, c'est-à-dire religieux de stricte observance, largement majoritaire dans les années 60 à 80 a fortement régressé au profit, soit du courant ‘haredi, c'est-à-dire ultra orthodoxe, soit de celui de la mouvance libérale.

Force est de constater qu'en même temps, nous avons laissé un grand nombre d'entre nous, sur le bord du chemin.

Les garçons qui célèbrent leur bar mitsvah viennent pour nombre d'entre eux, le jour des tephilines et le Shabath qui suit, pour disparaître aussi vite après, sans que personne ne s'en inquiète.

Je veux rappeler ici que dans ma jeunesse, nous organisions des offices pour ceux qui allaient en cours le samedi matin.
Le Shabath matin nous nous retrouvions à 6h45 au Mercaz pour un office d'une heure, puis nous faisions Kiddouch et enfin il y avait café et croissants pour tous, offerts par la communauté, avant qu'ils ne rejoignent le lycée Kléber ou le Lycée Fustel. Je dois ajouter que non seulement le Grand Rabbin soutenait cette initiative, mais nous faisait l'amitié de venir parfois.

Je ne veux pas prétendre qu'il faut refaire les mêmes choses, les époques ont changés, mais quand je vois dans la grande synagogue, le grand nombre qui oublie jusqu'au jour du Yahrzeit de leurs parents, je me pose la question du devenir de notre communauté, mais aussi de la non responsabilité de certains parents, qui ont eu la chance, pourtant, de bénéficier du soutien des leurs.

N'avons-nous pas une tendance à oublier le 3e mot de la devise de notre République, la Fraternité ?

Le Grand Rabbin Abraham DEUTSCH za"l disait, en conclusion le 23 mars 1958 :

"Cette maison ne sera, que lorsque nous nous efforcerons, mes frères et mes sœurs, de vivre notre judaïsme et de tendre nos bras secourables vers l'humanité. Alors seulement, comme jadis, sur cette maison descendra la gloire de D. et comme un nuage protecteur elle assurera notre marche vers la Lumière, vers la Paix, Amen."

Faisons tous ensemble, Rabbins et responsables laïcs, plus pratiquants ou moins, jeunes et anciens, oui faisons en sorte que le message de notre regretté Grand Rabbin, soit comme un phare qui longtemps guidera notre Communauté.

Y a-t-il plus belle manière de rendre hommage et de prolonger l'action de ceux qui ont reconstruit.
Et je citerai, pour conclure, le Président Ch. Ehrlich za"l :

"Notre pensée cherche à s'arracher au présent pour tenter d'ouvrir un dialogue avec les générations qui montent, pour leur dire que nous avons bâti pour elles…….Et c'est sur des illusions brisées, jonchant le fond de notre conscience, que nous avons bâti du nouveau et, croyons-nous, du solide que nous confions à ceux qui viennent après nous et qui, osons-nous espérer, béniront nos efforts."


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