RABBIN à COLMAR - Quelques souvenirs des années 1945-1986
par le Grand Rabbin Simon FUKS (suite)

LA VIE QUOTIDIENNE D'UN RABBIN

Simon et Raymonde Fuks en 1965
Visites dans les divers hôpitaux
Dès que le besoin s’en fit sentir, les visites furent organisées à l’hôpital Pasteur, à l’hôpital militaire Baur dans les différentes cliniques de la ville, ainsi qu’à l’hôpital psychiatrique de Rouffach. A propos des visites dans les divers hôpitaux, il y a lieu de faire plusieurs remarques.

Pendant longtemps, la localité d’Aubure comprenait ou servait de centre de cure pour les tuberculeux C’était comme un vaste sanatorium. On en voyait même arriver de Paris ou d’ailleurs. Et plus d’une fois, s’y trouvèrent des Juifs, à qui il fallait rendre visite. On y déplora, là-aussi, des décès, et l’un d’entre ces cas, au moins, fut enterré au cimetière du Ladhof, à Colmar. De même, il y eut, à Colmar, rue du Stauffen, un hôpital pour tuberculeux. Et il y eut, là aussi, des décès. Mais j’ai été témoin, dans les deux cas, de la transformation totale de ces établissements.

A Aubure, l’établissement en question sert aujourd’hui de centre de rééducation, et à Colmar, de maternité. Et ceci, grâce aux nouveaux moyens thérapeutiques employés pour soigner la tuberculose.

Visite à l'hôpital psychiatrique de Rouffach
L’hôpital psychiatrique a changé de dénomination. Il s’appelle maintenant Établissement Hospitalier.
J’y suis allé régulièrement depuis 1936, car c’est le rabbin de Wintzenheim qui était chargé de s’en occuper. J’ai pu y constater également des changements spectaculaires. On y trouvait, avant la guerre, une quinzaine de malades juifs. Après la guerre, furent utilisés progressivement, pour calmer les malades, des moyens plus doux qu’auparavant. Le résultat en était qu’on les trouvait alors dans un état de prostration.

A cette occasion, je le dis avec une certaine tristesse, que de fois on peut entendre des gens reprocher aux rabbins de ne pas visiter les malades dans les hôpitaux ! "Par contre, voyez ce qui se passe pour les catholiques et les protestants", déclare-t-on. On oublie tout simplement qu’il y a des aumôniers catholiques, et dans certains cas, protestants, qui sont attachés à l’établissement hospitalier en permanence, qui sont, en quelque sorte des fonctionnaires, tandis que les rabbins doivent se disperser. C’est à juste titre que le grand rabbin DEUTSCH, a dit du rabbin, qu’il était ou devait être un ”homme-orchestre”. D’ailleurs, que de fois, le rabbin qui s’adresse au bureau d’admission des établissements hospitaliers, s’entend dire : ”Il n’y a personne pour vous”. Et c’est après coup, seulement, qu’il apprend, que ce n’était pas le cas.

Mais cette digression a failli me faire oublier qu’à propos de Rouffach, je parlerai encore d’un personnage bien connu des anciens Colmariens. Il s’agit du clochard, très populaire, appelé le ”Stadt-Albert”. On disait de lui, que dès que la mauvaise saison approchait, il s’arrangeait pour être enfermé dans la Maison d’Arrêt de Colmar, où il avait, ainsi, le gîte et le couvert assurés, jusqu’aux beaux jours.

Or, quelle ne fut pas ma stupeur, alors que j’étais en tournée au Centre Spécialisé de Rouffach, d’entendre appeler mon nom d’un deuxième étage : ”Monsieur Fuks ! Monsieur Fuks !” C’était le Stadt-Albert, tout joyeux de voir une ancienne connaissance. Je crois qu’il a fini ses jours dans cet établissement, où il ne fut certainement pas plus mal traité que dans ”l’hôtel de luxe” qui lui servait parfois de villégiature.

Aumônier des prisons
J’eus, évidemment, très vite, l’autorisation de me rendre dans la Maison d’Arrêt de Colmar, en tant qu’aumônier israélite. Et, dans l’ensemble, soit avec les gardiens, soit avec les gardiens chefs, mes relations furent bonnes, et avec certains d’entre eux, elles furent même excellentes. C’est ainsi, qu’une fois, pour Pessah j’ai pu faire parvenir à un prisonnier, toute la nourriture, venant de la Garkiche (restaurant) METZGER, au point que beaucoup de prisonniers auraient voulu être juifs. D’ordinaire, on ne pouvait procurer que des matsoth et de la charcuterie.

En plus, en tant que grand rabbin du département, je fis partie de la Commission de Surveillance de la Maison Centrale d’Ensisheim, qui se réunissait, à la Maison Centrale même, de temps à autres. C’est de là que me parvint, un jour, une lettre d’un non-juif, qui voulait être en rapport ave moi. Il apprenait l’hébreu par correspondance, et il voulait se convertir au judaïsme. C’est ce qu’il me déclara lorsque j’allai le voir. J’en fis part au grand rabbin KAPLAN, qui me répondit : ”On verra lorsqu’il sera libéré.” Il se convertit, en effet, ultérieurement.

Aumônier militaire
Je n’eus, en général, qu’à me féliciter de mes rapports avec les autorités militaires. Certains me connaissaient, soit par mes discours, lors des fêtes patriotiques qui avaient lieu à la synagogue, soit parce que j’avais l’habitude d’assister aux cérémonies et défilés militaires.

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