Humour
"Bei dem es der «Cédèr» net zü géwë"
pour
"Bei diesem ist der «Cédèr»
nicht zu geben"
"Chez celui-là l'usage consiste à ne pas donner"

UNE des plus touchantes pratiques du culte domestique est la cérémonie familiale des deux premières soirées de Pâque. Malgré la perte de nombreux usages religieux qui, au cours du dernier demi-siècle, ont entraîné dans le si regrettable naufrage de mainte croyance antique, source de tant de bonheur et de joie que rien n'a pu remplacer, la cérémonie familiale de ces deux soirées de Pâque est encore observée même dans beaucoup de milieux non-pratiquants. En tout cas, presque tous nos coreligionnaires d'Alsace, la célèbrent encore avec ferveur et la réunion autour de la table des enfants et des petits-enfants leur apporte toujours des satisfactions, des émotions que le temps ne peut affaiblir.

Cette cérémonie, comme on sait, s'appelle «le Cédèr». Ce vocable est l'abréviation de «Cédèr Hagada chél Péçah» et signifie : rituel. La phrase entière veut dire : Rituel du Récit de l'histoire de Pâque.

Accomplir la cérémonie du «Cédèr» se dit en Alsace : Den «Cédèr» géwë (donner le Séder).

D'autre part, dans le yidisch alsacien, l'expression : Der «Cédèr» és est employée pour dire «c'est l'usage de». Ce double sens du mot «Cédèr», "Rituel de la soirée de Pâque" et «usage», est employé par l'ironiste juif alsacien dans le cas suivant. Lorsqu'à l'occasion de Pâque, on parle de quelqu'un qui est connu pour son avarice, rare chez les juifs, mais pourtant pas inexistante et qu'on dit que chez un tel «guét m'r der «Cédèr» haït auwë» (ce soir, on donnera le Séder chez un tel), il ne manque pas de plaisants qui, avec jovialité, mais avec une satisfaction moqueuse corrigeant la susdite expression, et prenant le mot «Cédèr» dans son sens de «usage», répliquent : «yaou, bei dem «Cédèr» nét zu géwë» (Allons donc, chez celui-là l'usage est de ne pas donner.)


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