DELME
par Henry Schumann
Extrait de Mémoire des communautés juives de Moselle

L'ancienne synagogue de Delme sur une carte postale
coll. © M. et A. Rothé
La synagogue actuelle est un véritable joyau, peut-être la plus belle du département, encore visible de nos jours. On trouve les premiers témoignages se référant à la communauté juive en 1699 dans un rapport peu favorable rédigé par le curé Fresnes, puis en 1720 dans un écrit de l'archiprêtre de Delme, M. de Saint-André.

Le premier lieu de culte date de 1819; alors qu'il était devenu trop vétuste et exigu, il fut décidé, en 1880, d'acheter un terrain sur la route principale de Metz pour 1 400 marks ; un natif de Delme fit le projet de la construction définitive qui coûta 31000 marks. La communauté par souscription réunit la moitié de la somme, la présidence de Lorraine et la municipalité le reste.

Le bâtiment de plan quadrangulaire, de style " mauresque ", est surmonté d'une coupole recouverte de tôle brillante et ceinturée de petites fenêtres. La couronne centrale est flanquée de quatre demi-coupoles disposées à chacun des angles de cet édifice.
Les Allemands dynamitèrent la synagogue à la fin de la seconde guerre mondiale, ne laissant subsister que les murs extérieurs. Elle a été reconstruite en 1946, avec un financement bien moins important, ce qui a entraîné des modifications dans son aspect extérieur. La coupole d'origine a été reconstruite, mais à une hauteur moindre, et les quatre petites coupoles ont disparu.

Le dernier office a été célébré en 1978 et la synagogue a été fermée au culte en 1981, soit un siècle après sa construction. La Mairie de Delme a entrepris des travaux de réfection et à ce jour, cette synagogue est devenue un Espace d'Art contemporain.
Il subsiste encore un très vieux cimetière qui rappelle l'ancienneté et l'importance de la communauté de Delme, dont les membres se font maintenant inhumer dans un cimetière plus récent.

Sources: Delme et ses habitants au cours de l'histoire, Abbé Joseph MARANGE, Codexco, 1964 Archives Juives


DELME, DONJEUX, PUZIEUX
par Jean-Bernard LANG
page réalisée avec le concours de Pascal FAUSTINI

coll. © M. et A. Rothé

Les Juifs y apparaissent dès le début du 18ème siècle, et sûrement à partir de 1725. Jusqu'à la Révolution, ils n'ont ni synagogue ni cimetière et prient dans un oratoire, vraisemblablement une pièce mise à leur disposition par un de leurs coreligionnaires. Leur chantre est un certain Simon Nathan, fils d'un négociant originaire de Prague.

Dès 1808, ils sont vingt-cinq familles totalisant cent cinq personnes, en tenant compte des familles isolées dans les villages voisins de Donjeux et de Puzieux, sous la tutelle administrative du consistoire de la Meurthe. Il n'y a pas de rabbins, mais des chantres. Nous avons déjà cité Simon Nathan, à qui succédera Aron Wolfe, natif de Hellimer, puis Léon Francfort, à la fois ministre-officiant et instituteur entre 1853 et 1882, né à Delme dans une famille de marchands de chevaux. Son rôle dans la construction de la nouvelle synagogue sera des plus déterminant. En effet, un premier édifice fonctionne depuis 1819 dans un bâtiment modeste. Il s'agit d'une maison d'habitation banale, étroite et  manquant de fenêtres, sise dans une ruelle écartée (rue Vieil Étang, dite Saint-Honoré). Un local exigu est aménagé près de l'entrée pour le gardien, en face de l'escalier menant à la tribune des femmes, qui n'est éclairée que par deux petits carreaux et une flamande (ouverture dans le toit). Cette tribune offre environ trente-cinq places alors qu'il en faudrait plus de cinquante. Au sol, le local des hommes ne mesure alors que 7,20 m sur 8. Or les effectifs de la communauté augmenteront tout au long du 19ème siècle, passant à 175 personnes en 1853 (20 % de la population totale) et culminera en 1876 avec 220 personnes. Un premier cimetière, créé vraisemblablement vers 1800 /1810 sera remplacé par un nouveau, ouvert en 1861 à côté du cimetière catholique, lui-même nouvellement transféré au même endroit.

Pendant longtemps, les Juifs de Delme seront de condition modeste. Ainsi en 1852, leur Communauté fait auprès de la préfecture, une demande de secours pour financer le traitement de l'instituteur, mais au cours du Second Empire, ces conditions matérielles s'amélioreront indiscutablement. En 1880 en effet, la communauté, alors prospère, finance la construction d'un remarquable édifice. Conçu en style "orientalisant", il coûtait 31 000 Reichsmarcks dont 10 000 provinrent de la Présidence de Lorraine, 15 000 d'une souscription, 2 400 de la Municipalité et 3 600 de la Communauté. L'architecte Otto Saupp avait prévu un édifice en style néo-roman mais Pavelt, architecte général du Reichsland, impose le bâtiment que nous connaissons. Saupp joue à dessein sur la symbolique des ouvertures: cinq portes et fenêtres en façade (le Pentateuque), sept sur les côtés (les jours de la semaine ), douze au total (les douze tribus d'Israël). Il s'inspire manifestement de la nouvelle synagogue qui venait de s'ouvrir (en 1866) à Berlin, dans la Oranienburg Strasse. Comme cette dernière, la synagogue de Delme est couronnée par une énorme coupole quasi sphérique reposant sur un tambour percé de fenêtres. Ce magnifique bâtiment fut endommagé par la guerre de 1914-1918 et sa réparation fit l'objet d'un devis de 40 000 F, somme considérable pour l'époque. Le ministère de la Reconstruction n'en alloua que 10 000 de sorte que la communauté dut aliéner en 1923 l'ancienne synagogue qui n'était plus en service mais restait propriété du consistoire. Finalement la somme put être payée grâce à des subventions diverses et des avances effectuées par les notables les plus fortunés, le président Edgar Lévy, Désiré David, Adrien et Sylvain Vormus.

la synagogue reconstruite en 1946,
devenue un hall d'exposition d'art contemporain en 1993
Cependant, le déclin démographique commence dès le début des années 1880, alors que cette communauté s'inscrivait harmonieusement dans la population ambiante. Dès 1895, il n'y a plus que 114 juifs, en 1921, moins d'une centaine (vingt-deux familles). De moins en moins nombreux, ils sont de mieux en mieux intégrés. Dès 1834, David Vormus entre au conseil municipal. Son fils, Abraham Vormus sera maire de la ville pendant vingt ans, de 1872 à 1892. Avec ses frères, il avait créé l'entreprise Vormus Frères, immeubles, chevaux et bestiaux. Plus tard, de 1925 à 1935, Delme a un autre maire juif, Emile Worms.

La synagogue fut incendiée par les Allemands, mais le gros-oeuvre résista et put être restauré. Cependant des modifications architecturales durent être entreprises, la coupole ne fut pas reconstituée en l'état antérieur et fut remplacée par un simple segment cylindrique coiffé d'une toiture circulaire. En outre, les quatre petits dômes, à chaque angle du toit, ne furent pas réédifiés. Seule la façade et un mur orné d'arcades et de colonnettes, rappellent aujourd'hui l'ancien édifice " mauresque ".

A la Libération, la Communauté tenta de se reconstituer mais du fait, tant de la déportation que de l'exode rural, ses rangs s'éclaircissaient de plus en plus: quarante personnes en 1966, vingt-deux en 1974, dix-sept en 1978. Ses présidents depuis 1945 furent MM. Edgard Lévy, Henri David et Gaston Daltrophe, le dernier ‘hazan, Alphonse Cerf, entre 1958 et 1978. Il avait été précédé dans cet office par MM. Bacon et Saler avant la guerre, puis M. Yechivi à la Libération.

Le dernier office eut lieu en 1978, la communauté fut dissoute et Alphonse Cerf partit pour Israël. Pendant quelques années encore, le consistoire essaya, avec un bonheur inégal, d'organiser des offices sporadiques à l'aide de ministres-officiants itinérants, mais à Delme, il n'y avait plus que trois personnes lorsque la synagogue fut fermée au culte en 1981.

Toutefois la beauté du bâtiment était telle qu'il suscitait bien des initiatives pour en faire un nouvel usage. Dès 1984, la municipalité de Delme proposa d'en faire un hall d'exposition permanente de photographies. En 1987, le consistoire envisagea d'en faire un musée d'art et d'histoire juive de Moselle, mais le projet ne vit jamais le jour. Toujours propriétaire du bâtiment, le consistoire devait faire face aux lourdes dépenses incombant à son entretien et essayait de plus en plus d'y intéresser la municipalité. Finalement, en 1992, il conclut avec elle un bail emphytéotique de 99 ans et l'autorisa à y ouvrir un centre culturel et un hall d'exposition d'art contemporain. Celui-ci ouvrit ses portes en 1993.   

D'après Jean Daltroff et les Archives consistoriales de la Meurthe et de la Moselle

Cliquez ici pour lire l'article d'Alphonse Cerf :
"Ministre officiant à Delme, 1958-1978"

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