La vertu unificatrice du rite.


Lampe de Hanouka appartenant à la Collection Neher-Bernheim, déposée au Musée Wolfson à Jérusalem
Par rapport au Dieu transcendant, tout est profane, et l’homme doit ressentir cela avec acuité. Son action doit profaner toutes les grandes composantes de l’univers la nature cosmique, le temps, l’espace, la vie, l’homme lui-même ; contrairement ceux d’entre les hommes qui sacralisent tout ou partie de ces forces et en font leur divinité, l’homme de la Thora doit considérer cela comme profane. Mais par rapport au Dieu immanent, tout est sacré, et cela aussi l’homme de la Thora doit le ressentir, avec la même acuité. Tout l’univers profane est sacralisé par Dieu. La nature, le temps, l’espace, la vie, l’homme sont profanes, mais, créés par Dieu, pénétrés par lui, ils acquièrent, dans la dimension du sacré, une valeur. L’exigence de sainteté équivaut à l’effort de découvrir et de révéler cette valeur. C’est à cet effort que s’emploie le rite dans la thora. Il ne dompte pas les forces physiques, mais les sanctifie. Il n’a pas pour but de réconcilier deux domaines contradictoires celui de la nature et celui de l’homme, mais de rendre métaphysique ce qu’il y a d’uniformément profane et dans la nature et chez l’homme.

Mais cet homme, la Thora lui demande d’imiter non pas un Dieu, mais le Dieu, l’unique, et c’est un autre aspect fondamental de l’exigence de sainteté et des rites qui lui répondent dans la Thora.. La théologie polythéiste admet le postulat de la multiplicité de l’Etre; le sacré et le profane y apparaissent inéluctablement et radicalement séparés. La théologie monothéiste, tout en constatant cette multiplicité apparente, ne l’accepte point comme définitive. De même qu’en l’Etre Divin tout est essentiellement Un, de même en 1’Etre humain la possibilité existe de réduire à l’Unique la diversité de ses aspects. Le rite de la Thora, sanctification de la création profane par l’obéissance de la créature au Créateur, est également sanctification de la créature par la prise de conscience de son unité. Le sacré et le profane ne divisent l’homme que lorsqu’il consent à se laisser mutiler par eux. Mais lorsque l’homme, par le rite, les restitue dans leur unité essentielle, il les ressent comme une réalité unifiée véritablement par l’accord des partenaires. Ceux-ci, se sachant alliés, loin de se contredire, s’approuvent dans le dialogue.


Extrait de : L’essence du prophétisme, pp. 148-149, P.U.F. 1955, nouvelle édition Calmann-Lévy, 1983.

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