L'ÉCOLE DE TRAVAIL ISRAÉLITE
à
STRASBOURG
par moïse ginsburger
Brochure publiée en 1935


la recommandation du grand sanhédrin.

L'Emancipation fut accordée à nos ancêtres par le Décret de l'Assemblée Nationale du 27 septembre 1791, grâce aux efforts inlassables du Parti révolutionnaire, qui avait établi le principe que les Juifs étaient des hommes et qu'il fallait leur rendre la jouissance des droits de l'homme qui leur avait été enlevée.
Mais le courant traditionnel, qui avait adopté l'idée d'un système d'incorporation progressive des Juifs dans le pays, ne se tint pas pour battu,

Un avoué parisien nommé Poujol publia, en 1806, un opuscule ayant pour titre Quelques observations concernant les Juifs en général et plus particulièrement ceux d'Alsace.
L'auteur avait eu connaissance de l'intention de Napoléon à propos de l'organisation du culte juif et des mesures à prendre en vue de compléter l'oeuvre de la Révolution,
Poujol voulut, à tout prix, empêcher la mise en exécution des projets de l'Empereur. Selon lui, l'Emancipation avait été une faute grave. "L'Assemblée constituante, écrit-il, a cru qu'il suffisait de conférer le droit de citoyen aux Juifs, de leur permettre de posséder des propriétés, d'occuper des charges civiles et militaires, pour les assimiler aux autres hommes, pour leur faire perdre leurs moeurs et leurs habitudes invétérées, si funestes et si nuisibles à l'intérêt général, comme à l'intérêt privé L'expérience n'a que trop prouvé combien elle s'était trompée…
Ils ont continué, comme par le passé, à donner à leurs enfants le même genre d'instruction ; on n'en a vu aucun dans les écoles publiques pour y recevoir une éducation proportionnée à sa position et à sa fortune,
On n'en a vu aucun se livrer aux Arts, aux Métiers, ni à l'Agriculture..."

Ce reproche, fait aux Juifs d'Alsace au début du dernier siècle, est répété souvent dans les publications et dans les documents de l'époque.
Il n'est donc pas étonnant, si le grand Sanhédrin, s'appuyant sur la loi écrite et sur le Talmud, ordonna à tous les Israélites de rechercher et d'adopter les moyens les plus propres à inspirer à la jeunesse l'amour du travail et à la diriger vers l'exercice des professions libérales, attendu que ce louable exercice est conforme à la religion, favorable aux bonnes moeurs et utile à la patrie, qui ne saurait voir dans les hommes désoeuvrés et sans état que des citoyens dangereux…

l'activité de r. aaron worms de metz.

Cette recommandation fut surtout mise en exécution dans la grande communauté de Metz, où le savant et distingué R. Aaron Worms exerça alors les fonctions rabbiniques.
Il fit paraître, en 1818, in-40 de 24 pages, une excellente lettre pastorale, et en même temps circulaire consistoriale, où il donnait d'excellents conseils, et, par de nombreux textes bibliques et talmudiques, engageait ses coreligionnaires à s'adonner aux travaux manuels.
Aussi, lorsque, le 7 novembre 1820, l'assemblée des notables, nomma, à l'unanimité, Samuel Wittersheim grand rabbin, elle décida, pour consoler le pauvre Aaron Worms, d'envoyer auprès de lui une commission, chargée de lui témoigner la reconnaissance de l'assemblée "pour l'honorable conduite qu'il avait tenue pendant l'exercice de son ministère, et pour les services qu'il avait rendus à ses coreligionnaires en les encourageant sans cesse à remplir leurs devoirs envers la religion, leur patrie et leur souverain, et en les exhortant à se livrer aux professions libérales, à l'exercice des arts et métiers." (Revue des Etudes juives, XIII, 122.)

Nous savons aussi que l'exhortation d'Aaron Worms n'est pas restée lettre morte.
Une Société d'encouragement pour les arts et métiers fut fondée à Metz vers l'année 1820.
Elle plaça, dans l'espace de deux ou trois années, par ses propres ressources, quinze à vingt apprentis chez divers artisans, elle prit sous sa protection les élèves qui avaient été avant sa création mis en apprentissage par le Comité cantonal des écoles israélites, elle accorda, en outre, sa bienveillance à tous les apprentis placés aux frais de leurs parents, elle pourvut à l'habillement de tous les apprentis pauvres,
L'économe faisait deux fois par mois la revue de leurs habits, chemises, chaussures, etc.
Les inspecteurs visitaient chaque semaine les ateliers pour s'assurer du bon accord entre les maîtres et les apprentis et pour juger des progrès de ces derniers etc., et les rapports en étaient faits par écrit au Conseil d’administration…
Tous les matins, les apprentis se réunissaient à heure fixe pour ne pas se rendre trop tard au travail,
Tous les soirs, de sept à neuf heures, les apprentis et ouvriers se réunissaient à une partie des élèves, pour suivre un cours de dessin linéaire, créé par le Comité cantonal des élèves israélites,

Telle était la situation de la Société vers la fin de 1824. Un an après, elle compta plus de 35 apprentis-ouvriers, et le nombre de ses souscripteurs s'était considérablement augmenté.

la société d'encouragement pour le travail à strasbourg.

A cette même époque fut créée, à Strasbourg, sur la recommandation de Prosper Wittersheim de Metz, la Société israélite d'encouragement pour le travail.
Prosper Wittersheim avait pris part au concours organisé par la Société des Sciences, Agriculture et Arts du département du Bas-Rhin, qui avait accepté l'offre généreuse d'un membre distingué de la population israélite de ce pays, de faire les fonds d'un prix de 300 francs pour l'auteur du meilleur Mémoire sur les questions suivantes : "Déterminer les moyens les plus propres à faire jouir la population israélite de l'Alsace des bienfaits de la civilisation.
"Rechercher si les causes qui éloignent de la société les membres qui composent cette population, ne naîtraient point de pratiques superstitieuses, et de l'obstination à persévérer dans d'anciens usages que le temps et le changement de la situation politique auraient dû modifier."

Il est hors de doute que le "membre distingué de la population israélite" en question n'était autre que le Messin Worms de Romilly, homme de lettres, qui figure aussi parmi les membres de la commission chargée d'examiner les mémoires envoyés au concours,
Wittersheim le connaissait probablement et c'est à lui, sans doute, qu'il s'était adressé pour citer aux Israélites de Strasbourg l'exemple des Israélites de Metz, "qui ont établi une Société d'encouragement pour les arts et métiers, afin de les engager à fonder un pareil établissement" (voir Mémoire sur les moyens de hâter la régénération des Israélites de l'Alsace, par Prosper Wittersheim, Metz, E. Hadamard, 1825).

Nous avons vu que l'exemple cité par Wittersheim fut suivi à Strasbourg et qu'une Société d'encouragement pour le travail commença à s'organiser au mois de mars 1825.
La première séance de la Commission d'Administration eut lieu le 26 mars.
Le compte-rendu de cette séance est conservé dans le Registre des procès-verbaux de 1825 à 1853 que nous avons pu consulter,

Il nous semble utile et intéressant de publier le texte intégral de ce compte-rendu.

Présents : MM. Worms de Romilly, Président, Abraham Bicard, Benoît Samuel, Joseph Samuel, Boumsel, Rehns, Adolphe Ratisbonne, Isidore Goschler.
Le Président déclare qu'en vertu des Instructions du Conseil de la Société, la commission commence ses travaux à dater de la présente séance, Il nomme, en même temps, M, Goschler, secrétaire provisoire, en attendant la composition du Bureau.
Plusieurs membres n'ayant point assisté à la séance d'installation tenue le — mars, il leur est donné lecture des statuts de la Société.
On passe à la formation du Bureau de la Commission.
Sont nommés à l'unanimité vice-président M, Ab. Bicard, secrétaire M. Goschler.
La nomination du trésorier donne lieu à un ballotage entre MM. Benoît Samuel et A. Ratisbonne. M, Samuel est nommé.
Sont également chargés des fonctions d'inspecteurs MM, Boumsel, Ratisbonne, J. Samuel et Rehns ; des fonctions de commissaire chargé de recevoir les dons en linge, etc. M. Morel, membre absent.
La Commission devant, d'après l'art. 13 des Statuts, former un règlement, nomme dans son sein une Commission spéciale devant lui présenter un projet de règlement. Les membres en sont : M.M. de Romilly, Ab. Bicard, Benoît Samuel, A. Ratisbonne et Goschler, secrétaire.
Lecture est donnée à la Commission de deux lettres que M. le Président propose d'adresser à M. le Préfet du Département et à M. le Maire de la Ville pour leur donner avis de l'installation de la Commission et leur demander un secours annuel sur les fonds départementaux et municipaux.
Après une longue discussion portant sur le plus ou moins de nécessité de faire de suite une demande pécuniaire, da Commission décide à la majorité des voix que les lettres seront envoyées.
Lecture est aussi donnée d'un préambule devant servir de tête à la souscription destinée à recevoir les dons volontaires.
L'exposition des détails des Israélites contenue dans ce préambule ayant donné lieu à une assez vive discussion, on en met l'adoption aux voix, et les avis ayant été partagés, le président déclare que le préambule sera envoyé au Conseil pour savoir son avis.
La Commission adopte la proposition faite par son président et tendante [sic] à écrire aux commissaires-surveillants des synagogues du Département du Bas-Rhin pour les inviter à faire adhérer leurs coreligionnaires à la souscription ouverte en vertu de l'art. 1er des statuts organiques de la Société, La séance est levée.

activité de la société.

Dès le mois de mars 1825 des jeunes gens avaient été placés dans des ateliers et fabriques.
Ils s'appelaient Cerf, Beer, Reishoffer, Montaleris, Marx Beer et Halter.
Il ressort d'un rapport présenté par Théodore Ratisbonne, à la séance du 1er avril, que Beer et Reishoffer étaient placés gratuitement dans les fabriques de Benoît Samuel et Cahn.
La Commission décida qu'il serait passé un contrat avec les fabricants qui ont reçu gratuitement ces élèves afin qu'ils ne puissent en être renvoyés avant un temps déterminé.
La séance suivante fut remplie par des discussions sur les relations entre la Commission et le Conseil de la Société.
Le Président proposa d'écrire au Conseil pour l'engager à faire parvenir par écrit à la Commission les communications qu'il pourrait avoir à lui faire et les renseignements qu'il aurait à lui donner au lieu de déléguer des membres, comme il avait fait pour la première séance et ce qui avait donné lieu à des inconvénients.
Cette proposition fut adoptée,

Règlement.

Puis fut lu le projet de Règlement présenté à la Commission. Le Président en mit aux voix les divers articles qui furent adoptés.
Nous croyons utiles de les transcrire intégralement.

chapitre i.
Plan de la Société, Mode d'exécution.

Article 1. La Commission d'administration s'occupe d'encourager et de propager le goût du travail. A cet effet elle fera embrasser des états aux jeunes Israélites qui rempliront les conditions prescrites par les statuts de la Société ; elle stipulera les conditions, passera les contrats avec les maîtres, surveillera les élèves ou apprentis, pourvoira à leur entretien, leur fera donner des soins en cas de maladie et leur accordera tous les engagements qu'elle jugera nécessaires.

Section 1.- Des différentes branches de Travaux.
Art. 2. Les branches de Travail que la. Commission encouragera sont les suivantes : les sciences, les arts, l'agriculture et les professions mécaniques.
Art. 3.
Les élèves seront placés, suivant les circonstances, dans les Collèges royaux ou Institutions particulières, dans les Ecoles de Dessin, dans des ateliers de peintre, de sculpteur ou de graveur, etc. près des fermiers, agriculteurs ou économes ruraux. Enfin dans les ateliers d'ébéniste, de charpentier, menuisier, serrurier, cordonnier etc., dans les fabriques ou manufactures.
Art. 4.
Tout état non compris dans les quatre branches citées ne sera point encouragé par la Commission.

Section 2.- Des Contrats.
Art. 5. Il sera fait un écrit avec tout maître ou fabricant chez lequel sera placé un apprenti gratuitement ou non.
Art. 6. Devront concourir à la passation du contrat les parents ou autres personnes sous la puissance desquelles se trouve l'élève ou apprenti.
Art. 7.
Ces écrits ou contrats devront être signés par les personnes mentionnées dans l'Art. précédent, ainsi que le Président et le Secrétaire au nom de la Commission.

Section 3.- Surveillance des élèves ou apprentis.
Art. 8. La Commission désignera des Inspecteurs dont les fonctions seront ultérieurement déterminées, qui exerceront une surveillance active sur la conduite, l'application, la tenue et la propreté des élèves.
Art. 9.
Cette surveillance ne s'exercera pas seulement dans les ateliers, mais elle suivra les élèves hors des lieux même où ils travaillent.

Section 4.- Entretien.
Art. 10. La Commission pourvoira autant que les moyens le lui permettront, à la nourriture et à l'entretien des élèves.
Art. 11. Elle pourra faire un arrangement avec un Traiteur israélite pour que les élèves soient nourris à la même heure.
Art. 12. Elle pourra de même faire un accord avec un tailleur pour la façon et le raccommodage des vêtements des jeunes élèves.
Art. 13. Toute demande à l'effet d'obtenir des vêtements et autres objets ne sera prise en considération que sur les apports d'un Inspecteur.

Section 5.- Soins en cas de maladie.
Art. 14. En cas de maladie la Commission avertira le médecin cantonal pour qu'il veuille bien donner ses soins à l'élève.
Art. 15. Si la maladie n'est pas contagieuse, les Inspecteurs seront chargés de le visiter à tour de rôle.
Art. 16. Il sera donné avis de la maladie aux parents qui ne demeurent pas en ville.

Section 6.- Encouragement.
Art. 17. Tout élève ou apprenti distingué pourra être appelé dans le sein de la Commission, où le Président lui accordera les encouragements que la Commission jugera utiles, soit par des exhortations, soit par des secours.
Art. 18. Tous les ans lors de l'assemblée générale des sociétaires il y aura une distribution de récompenses et de prix pour les élèves qui se sont particulièrement distingués.
Art. 19. Les prix consisteront en objets analogues à l'état de l'élève, en secours pécuniaires, il sera fait mention de ces élèves dans les rapports imprimés.
Art. 20. Lorsqu'un élève aura terminé son apprentissage avec distinction, la Commission se fera un devoir de lui faciliter son établissement soit en lui accordant des lettres de recommandation pour les villes où il se rendra, soit même par des secours pécuniaires.

Le projet de Règlement adopté par la Commission dans sa première séance, s'occupe ensuite de l'admissibilité des élèves, de l'administration et des fonctions de la Commission. En voici le texte intégral :

chapitre ii.
De l'Admissibilité des Elèves.
Art. 21. Tout élève qui désirera être placé devra être porteur 1° d'un certificat du conseil constatant qu'il a fait ses études primaires dans une des écoles du Ressort du Comité cantonal et qu'il y a tenu une bonne conduite, 2° d'un consen-tement de ses parents par lequel ils s'engageront à ne point le retirer d'apprentissage, pendant le temps fixé à cet effet, à moins d'en payer le dédit.
Art. 22. L'élève fera parvenir ces pièces à la commission avec une pétition contenant ses noms, prénoms, domicile, ceux de ses parents, ainsi que l'état qu'il désire embrasser,
Art. 23. Cet élève sera inscrit de suite sur le registre tenu à cet effet par le secrétaire et prendra date d'ancienneté,
Art. 24. La Commission délibérera, séance tenante, si ses moyens lui permettent de s'occuper de suite de l'objet de la demande.
Art. 25. S'il n'y a point d'empêchement, elle désignera deux Inspecteurs chargés 1° de s'assurer de la capacité et des dispositions morales et physiques de l'élève, 2° de s'informer des moyens pécuniaires des parents, 3° d'apporter ces renseignements et tous autres nécessaires à la prochaine séance,
Art. 26. Ces renseignements serviront de base à la Commission pour décider : 1° si l'élève sera admis,
2° si les parents devront contribuer aux frais d'apprentissage et autres,
3° quel sera l'état qu'il embrassera,
4°quel sera le maître chez lequel on le placera.
Art. 27. Les deux Inspecteurs désignés rédigeront le projet de contrat qui sera définitivement rédigé par le secrétaire, après que les dispositions en auront été adoptées par la Commission.

chapitre iii.
Administration.
Section 1.- Finances.
Art. 28. La liste des souscripteurs admis par le Conseil sera remise au Trésorier qui percevra le montant des cotisations.
Art. 29. La Commission fera verser de même dans la Caisse de son Trésorier le montant des dons volontaires et tous les revenus qui, par la suite, pourront être affectés à la Société.
Art. 30. Le mode des Recettes et Dépenses sera déterminé dans la section qui traitera des fonctions du Trésorier.
Art. 31. La Commission désignera parmi les sociétaires demeurant hors de Strasbourg des Receveurs chargés de percevoir le montant des souscriptions et les dons volontaires.
Art. 32. Les Receveurs de la Commission seront tenus de lui envoyer tous les trois mois le montant des recettes avec le compte y relatif.

Section 2.- Correspondance.
Art. 33. Tous les objets qui feront la matière d'une correspondance devront être préalablement arrêtés par la Commission.
Art. 34. Toutes lettres adressées à la Commission devront être lues en séance et elle déterminera la réponse à y faire.
Art. 35. Toute circulaire sera signée par le Bureau et les lettres par le Président et le Secrétaire.

Section 3.- Réunions.
Art. 36. La Commission se réunira tous les 15 jours au moins à jour fixe.
Art. 37. Elle pourra être convoquée extraordinairement par le Président, lorsque cette mesure lui paraîtra utile ; et elle devra l'être aussi sur la demande faite par trois de ses membres.
Art. 38. Ceux des membres qui seront dans l'impossibilité de se rendre aux séances devront en prévenir le Président par écrit.
Art. 39. Les jours et heures de chaque assemblée seront fixés suivant la saison.

Section 4.- Ordre des délibérations.
Art. 40. Aucune délibération ne sera prise, si la majorité des membres n'est présente.
Art. 41. Le Président ouvrira la séance, dès qu'il y aura majorité.
Art. 42. Le secrétaire donnera lecture du procès-verbal de la dernière séance, s'il y a des réclamations, elles seront de suite discutées et jugées, dans le cas contraire, l'adoptation [sic] en sera prononcée et il sera signé par les membres présents à la précédente séance,
Art 43. Il sera donné ensuite lecture de la correspondance conformément à l'Art. 33.
Art. 44. Suivront les rapports des Inspecteurs de semaine dont l'objet sera consigné dans le Procès-verbal.
Art. 45. Si à l'occasion de ces rapports un membre a des propositions ou des réclamations à faire, il les adressera au Président qui devra de suite les mettre en discussion.
Art. 46. La Commission passera aux demandes faites par les élèves qui désirent embrasser un état.
Art. 47. Le silence devra être observé dès l'ouverture de chaque séance, Nul ne pourra prendre la parole sans l'avoir obtenu du Président.
Art. 48. Si le membre qui a la parole s'écarte de la discussion, il y sera rappelé par le Président, S'il continue, il pourra être rappelé à l'ordre et mention en sera faite au procès-verbal.
Art. 49 Lorsqu'une proposition sera suffisamment éclaircie, elle sera mise aux voix. En cas de partage, l'objet de la discussion sera renvoyé à la plus prochaine séance. S'il y a de nouveau partage, on demandera l'avis du Conseil et si enfin après la réception de l'avis du Conseil il y a encore partage, l'avis du Conseil prévaudra.
Art. 50. Si le Président s'écarte du Règlement, tout membre aura le droit de demander de l'assemblée de l'y rappeler. La parole pour un rappel au règlement ne pourra jamais être refusée. On votera par assis ou levé et, sur la demande faite par un membre, on votera au scrutin secret.

chapitre iv.
Fonctions des membres de la Commission.

Art. 51. La Commission sera composée, conformément à l'Art. 10 des statuts, d'un Président nommé par le Conseil, et d'un Vice-Président, d'un Secrétaire, d'un Trésorier, dont l'élection sera renouvelée tous les ans par la Commission.

Section 1.- Fonctions du Président.
Art. 52. Les fonctions du Président consistent : 1° à convoquer les membres,
2° à présider les séances.
3° à surveiller la tenue des Registres et procès-verbaux,
4° à signer tout acte et écrit émané de la Commission,
5° à régler l'ordre des délibérations,
6° à faire le résumé des discussions, à exécuter et à faire exécuter les décisions de la Commission,
7° à veiller à l'exécution des statuts et Règlement.
Art. 53 Le Président recevra et ouvrira toutes les lettres et autres pièces adressées à la Commission.
Art. 54. Il sera membre de droit de toutes les Commissions spéciales, mais il pourra se dispenser de s'y trouver.
Art. 55. En cas d'absence ou d'empêchement du Président, ses fonctions sont remplies provisoirement par le Vice-Président

Section 2.- Des Fonctions du Secrétaire.
Art 56. Les fonctions du Secrétaire sont : 1° de faire les lettres de convocation et autres de la Société,
2° de dresser les procès-verbaux et de les transcrire sur un Registre à ce destiné,
3° de tenir le plumitif des séances,
4° de mettre en tête des procès-verbaux les noms des membres présents à chaque séance,
Art. 57. Il veillera à la garde des Archives et mettra dans les cartons particuliers tous les documents de la Commission, dont chaque sociétaire pourra prendre connaissance sans déplacement.
Art. 58. Il contresignera tout acte émané de la Commission.
Art. 59. Il sera membre de droit de toutes les Commissions spéciales.
Art. 60. Les fonctions du Secrétaire devront être remplies en cas d'empêchement par un membre désigné par le Président.
Art. 61. Le Secrétaire rendra compte à l'assemblée générale des sociétaires des travaux de la Commission.

Section 3.- Fonction du Trésorier.
Art. 62. Le Trésorier sera le dépositaire de tous les fonds affectés à la société.
Art. 63. I1 sera chargé : 1° de soigner les rentrées des cotisations des sociétaires et en donnera quittances,
2° de faire connaître à la Commission ceux des sociétaires qui n'auront point payé d'un trimestre à l'autre,
3° de percevoir les amendes qui seront stipulées dans le chapitre des dispositions pénales.
Art. 64. Toute dépense sera votée par la Commission sauf les frais de Bureau dont le mémoire sera approuvé par elle. Le Trésorier ne pourra disposer des fonds que sur un mandat signé par le Président et contresigné par le secrétaire.
Art. 65. Tous les trois mois il donnera un état sommaire de la situation de la caisse ou plus souvent, si la Commission le juge à propos.
Art. 66. Il rendra, à la fin de chaque année, le compte de ses recettes et dépenses, lequel sera arrêté par la Commission. Communication en sera donnée au Conseil. Ce compte sera imprimé et envoyé à tous les sociétaires.
Section 4.
Fonctions des Inspecteurs.
Art. 67. Tous les membres autres que le Président, le Secrétaire et le Trésorier, rempliront de droit les fonctions d'inspecteurs.
Art. 68. Les Inspecteurs seront désignés à tour de rôle d'une séance à l'autre, soit pour visiter les maîtres soit pour se rendre dans les ateliers respectifs des élèves
Art. 69. Ils surveilleront à la conduite, à l'application, à la propreté des élèves ou apprentis.
Art. 70. Ils se rendront à tour de rôle dans le local où les élèves prendront leur repas, afin de s'assurer de la propreté et de la bonne qualité de la nourriture.
Art. 71. Chaque mois les deux Inspecteurs de service feront assembler les élèves chez eux ou dans le lieu des séances de la Commission, afin de s'assurer de leurs besoins et de leur accorder les encouragements ou faire les représentations qu'ils juger ont convenables. Les Inspecteurs veilleront à ce que les élèves et apprentis assistent régulièrement tous les samedis, aux instructions morales qui sont données dans l'école primaire de cette ville.
Art. 72. L'Inspecteur de semaine fera verbalement à la première séance de la Commission son rapport sur l'état des élèves, sur leurs besoins, leurs demandes, etc.
Section 5.
Fonctions du Commissaire chargé de recevoir les dons, etc.
Art. 73. Le Commissaire recevra les dons autres qu'en argent.
Art. 74. Il tiendra un Registre dans lequel seront transcrits les noms des donateurs et les objets donnés, et il en communiquera tous les mois un extrait à la Commission.
Art. 75. Il sera spécialement chargé de l'habillement des élèves, et toute demande y relative lui sera renvoyée.
Art. 76. Il ne pourra néanmoins délivrer les objets déposés chez lui, sans une délibération de la Commission et sur un Bon signé par le Président et consigné par le Secrétaire.

chapitre v.
Dispositions pénales.

Art. 77. 1° Tout membre qui arrivera une demi-heure après l'heure fixée pour la séance sera passible d'une amende de deux francs.
2° Tout membre qui aura manqué à une séance et n'aura point donné avis de son absence payera une amende de 3 francs.
3° Tout Inspecteur qui manquera à la séance où il aura dû faire son rapport sans en donner avis payera une amende de 5 francs.
4° Tout membre qui en manquant de se rendre à la séance empêcherait qu'elle n'eut lieu, pour l'objet spécial qui a fait convoquer l'assemblée, sera passible d'une amende de 10 francs.

chapitre vi.
Dispositions générales.
Il sera tenu chaque année une assemblée générale à laquelle seront convoqués tous les sociétaires, il y sera fait des rapports sur les travaux de la Commission et sur l'état de la Société, Ces rapports qui contiendront, en outre, les noms des sociétaires et donateurs seront imprimés et distribués à tous les sociétaires.
Art. 80. La distribution des prix mentionnée en l'art. 18 du présent Règlement aura lieu dans ces assemblées.
Art. 81. Aucune modification ne pourra être faite au présent Règlement à moins que la proposition motivée n'en soit déposée par écrit sur le Bureau et signée par la majorité des membres de la Commission,
Art. 82. Le présent Règlement ne déroge en rien aux dispositions des statuts de la Société.

établissement d'une école normale.

Dans la séance du 7 juillet 1825 le Conseil proposa à la Commission l'établissement d'une Ecole normale destinée à former des maîtres israélites, établissement pour lequel la Commission fut invitée de voter une somme de 500 frs, par an, moyennant laquelle elle pourrait envoyer dix élèves à cette Ecole.

Après une longue discussion la Commission, sur la proposition de son Président, vota les 500 frs, à condition que le Comité cantonal soumettrait à l'approbation de la Commission le plan de cette Ecole.

les premiers dons.

Immédiatement après la fondation de l'Ecole de travail des circulaires avaient été adressées à des personnalités marquantes, en vue d'obtenir des secours.
Le préfet du Bas-Rhin répondit que la demande serait soumise au Conseil général.
Arthur Beugnot, avocat à Paris, bien connu par ses écrits en faveur des Juifs d'Alsace, avertit la Commission qu'il avait déposé chez MM, Fould à Paris la somme de 112 frs,, représentant le prix de sa souscription comme sociétaire et un don volontaire de 100 francs.
Le duc de la Rochefoucauld, pair de France, envoya 50 frs.
Le 1er août 1825, le préfet du Bas-Rhin avisa la Commission que le Conseil général du département avait voté 500 frs, sur l'exercice de 1826 pour la Société d'encouragement au Travail, vote transmis à l'approbation de S.E. le Ministre de l'Intérieur.
Firent encore des dons M, Barrois, Directeur de l'Enregistrement, M. Kern, juge de paix, Latapy, Directeur des Postes, Gounat, juge de paix, Schulmeister, propriétaire, Lang, négociant à Besançon, Levrault, imprimeur, Adolphe Ratisbonne et ses deux frères, Théodore et Gustave, souscrivirent une cotisation annuelle de cent francs à l'occasion du 7e anniversaire de la mort de leur mère. Ce don devait être inscrit sous le nom de feu Mme Auguste Ratisbonne, née Adélaïde Cerf Berr,

la commission de haguenau.

La Commission s'était adressée aussi aux communautés du Bas-Rhin, afin de recruter des membres adhérents et pour offrir ses services concernant le placement de jeunes gens pauvres chez des artisans. La communauté de Haguenau avait montré le plus d'empressement pour accorder sa collaboration et, en signe de reconnaissance, il fut décidé de former, à Haguenau, une commission correspondante avec les statuts suivants :
  1. Il sera formé à Haguenau une commission correspondante.
  2. Cette commission sera chargée de réaliser le but posé par les statuts organiques de la Société d'encouragement pour le travail.
  3. A cet effet elle sera placée sous la direction de la Commission d'Administration fondée à Strasbourg.
  4. Son président sera nommé par la Commission d'administration de Strasbourg.
  5. Elle nommera dans son sein un secrétaire et un trésorier.
  6. Son mode de réunion, le jour de ses séances, son mode d'inspection, de placement, seront déterminés par un règlement particulier à la formation duquel elle procèdera.
  7. Ses attributions consisteront :
    1° à prendre note des jeunes gens de la commune et des environs de Haguenau qui se présenteront pour être placés en apprentissage ;
    2° à les placer dans les divers ateliers, selon leur rang d'inscription, après avoir donné préalablement à la Commission administrative de Strasbourg, connaissance des conditions du placement, celle-ci pouvant, vu les pièces et les fonds de la société lui permettre de faire un tel placement.
  8. Il pourra cependant être fait une allocation annuelle à la Commission de Haguenau par celle de Strasbourg, et alors la Commission correspondante aura à rendre compte tous les mois à la Commission administrative de ses divers placements et de la situation de sa caisse.
  9. Elle fera également parvenir tous les mois un rapport sur les élèves apprentis, afin que ceux-ci puissent participer aux prix d'encouragement que distribue la Commission administrative lors de sa séance annuelle et spécialement aux prix de 50, 30 et 20 fr. fondés et constitués en rente par MM, Adolphe, Théodore et Gustave Ratisbonne.
  10. Le trésorier de la Commission correspondante de Haguenau fera rentrer, tous les trimestres, le montant des souscriptions et en versera immédiatement le produit dans la caisse du trésorier de la Commission administrative qui reste seule chargée de la comptabilité générale relative aux souscriptions.
  11. La Commission correspondante se conformera d'ailleurs en tous points aux dispositions des statuts organiques de la société et notamment en ce qui concerne l'article 19.
  12. Ces statuts serviront de base au règlement particulier de la Commission correspondante, lequel règlement devra être approuvé par la Commission administrative.
  13. La présente délibération sera soumise à l'approbation du conseil conformément à l'Art. 12 des statuts.

la première assemblée générale des sociétaires.

Le 11 mai 1826, eut lieu l'assemblée générale des sociétaires.
En vertu de l'article 16 des statuts organiques de la société, MM, les membres du Conseil et de la Commission administrative se réunissaient à trois heures dans la grande salle de l'Hôtel de ville, sous la présidence de M. Auguste Ratisbonne. MM. les membres du consistoire prennent place avec ceux du conseil. Un grand nombre de sociétaires et de donateurs, parmi lesquels on distingue des fonctionnaires, des magistrats, des professeurs de diverses Facultés, des membres du barreau, ajoutent par leur présence, et la solennité de cette réunion vingt-huit apprentis, près de cent élèves de l'école israélite de cette ville attirent sur eux l'attention de l'assemblée.

A trois heures et demie on introduit MM. Esmangart. Conseiller d'Etat, préfet du département, Comte de Choiseul, sous-préfet de l'arrondissement de Strasbourg, de Kentzinger, maire de la ville, de Kentzinger, président du tribunal civil, Désiré Ordinaire, Recteur de l'Académie, qui ont bien voulu encourager les premiers efforts de la société en se rendant à l'invitation qui leur avait été faite par la Commission. M. le Président ouvre la séance et expose en peu de mots le but de cette réunion aussi intéressante que nouvelle pour les Israélites.

Après ce discours écouté avec le plus grand intérêt M. Théodore Ratisbonne, secrétaire du Consistoire, prend la parole, et dans un discours plein de dignité fait le tableau de la situation actuelle des Israélites et s'arrête sur les différentes institutions qui se sont élevés particulièrement dans ce département. Il termine en invoquant en faveur de ses coreligionnaires malheureux le secours de la France entière, qu'il se plaît à appeler le second berceau des Israélites.
Ce discours sur une matière délicate a paru faire une profonde impression sur l'assemblée et a été vivement applaudi.

M. Isidore Goschler, secrétaire de la Commission administrative, présente ensuite le rapport des travaux de la Commission. Ce rapport a également intéressé l'assemblée, en ce qu'il a montré les résultats positifs et réels de l'Institution, dans le nombre des apprentis placés, dans les rapports satisfaisants des maîtres-ouvriers et dans les objets confectionnés par les élèves et qui placés sous les yeux de l'assemblée ont montré la réalisation des espérances conçues d'avance.
Les applaudissements qui ont accueilli ce rapport ont prouvé que les travaux de la Commission avaient été approuvés par la société,

M. le Président a appelé enfin les élèves auxquels ont été décernés les prix d'encouragement. Le 1er prix de 50 frs a été décerné à Abraham Stieffel, de Bischheim.
Le 2e prix de 30 frs. à Michel Kuppenheim, graveur, de Strasbourg.
Le 3e de 25 frs, à Joseph Weill, de Strasbourg, élève au gymnase.
Le 4e de 20 frs. à W. Reichshoffer, de Bouxwiller, relieur.
Quatre mentions honorables ont été accordées à Cerf, imprimeur, Haller, menuisier, Lévy, cordonnier, Hauser, relieur.

Le Courrier du Bas-Rhin, dans son numéro du 11 juin 1826, rendit compte de cette assemblée dans les termes suivants : Nous avons sous les yeux le précis de l'assemblée générale de la société israélite d'encouragement pour le travail, et nous nous faisons un devoir de publier les honorables travaux de cette société, qui mérite sous tous les rapports d'être apprécié. On ne sera pas étonné du grand nombre de sociétaires qu'elle compte, lorsqu'on lira dans le rapport du secrétaire de la commission, les bienfaits qu'elle propage parmi la classe indigente des israélites d'Alsace, Déjà près de cent élèves sont élevés dans une école publique, et c'est dans cette école que l'on choisit les sujets destinés aux arts et métiers ; la société existe à peine depuis une année, et déjà 28 apprentis sont placés dans différents ateliers de cette ville ; c'est dans le discours prononcé par M. le secrétaire du conseil de cette société, qu'on verra avec intérêt les vues philanthropiques qui la dirigent, Aussi les administrateurs doivent-ils trouver une récompense dans les témoignages d'intérêts qu'ils reçoivent de tous les cultes, et des personnages des plus distingués parmi lesquels nous citerons tous les fonctionnaires publics de notre département, qui ont assisté à l'assemblée.
Nous ne terminerons pas cet article, sans provoquer la charité de tous nos concitoyens, en faveur d'une institution très utile et qui produira de salutaires effets dans notre pays.


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A.S.I.J.A.