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AU SEUIL DES VACANCES
Jacques COHN
Le Chef du Service Pédagogique de l'OSÉ
Extrait du Bulletin de nos Communautés - Vendredi 24 juin 1949

Colonie de Moosh - début des années 50
Quelques semaines à peine nous séparent des grandes vacances. Grands et petits élaborent fiévreusement de grands projets et attendent avec impatience que soit venu le moment de la réalisation de leur rêve.

C'est une vieille tradition, particulièrement en honneur dans les communautés d'Alsace-Lorraine, de penser aussi aux vacances de ceux, des petits surtout, qui ne peuvent pas partir avec leur propre famille. Chacun, dans la mesure de ses moyens, tient à aider à la réalisation de telle ou telle colonie de vacances; nous savons que cette année, à nouveau, toutes les anciennes colonies, dont certaines sont vieilles de dizaines et de dizaines d'années, vont rouvrir leurs portes, pour le plus grand bien des enfants juifs des régions de l'Est.

Dans ces dernières années, le judaïsme alsacien a voulu faire plus que de continuer la tradition d'autrefois. Conscients du rôle d'avant-garde du judaïsme français, et presque du judaïsme européen, nos amis des provinces vie l'Est ont tenu à assurer également des vacances aux enfants venus de plus loin, quelquefois de très loin; ce n'est plus dans le cadre des colonies de vacances organisées avec leur aide, mais dans le cadre de. leur propre famille, qu'ils ont voulu accueillir les enfants rescapés de la dernière guerre.

Nous avons pu souligner à plusieurs reprises dans ces colonnes mêmes, combien ces quelques semaines d'atmosphère familiale et d'atmosphère juive ont fait du bien à tous ces petits qui ont pu y goûter. Près de 150 enfants ont pu, de cette façon, au courant des dernières grandes vacances, trouver une famille, qui n'est pas seulement devenue pour eux une famille d'accueil, mais qui est devenue un peu leur propre famille. A la veille de ces nouvelles vacances, c'est avec impatience que tous attendent de revenir où ils étaient, à part les quelques privilégiés qui ont trouvé, entre-temps, à nouveau un foyer bien à eux.

Au moment où nous écrivons ces lignes, nous ne connaissons pas encore les résultats de notre campagne de vacances de cette année, mais nous sommes persuadés à l'avance que le nombre d'offres dépassera encore celui de l'an passé.

Colonie de Moosh - début des années 50 ;
Daniel Cohn-Bendit est le 3ème à gauche
On serait tenté, à première vue, de croire que peu à peu le nombre de victimes de la guerre irait en diminuant, parce que les enfants sans parents grandissent et que les plus jeunes enfants ont la chance d'avoir leur propre famille ; la réalité, cependant, est toute autre. Il est vrai qu'il y a moins d'enfants sans parents, en tous cas, moins de cas à secourir, puisque beaucoup d'entre eux sont devenus entre-temps des hommes et des femmes capables de se suffire à eux-mêmes; mais, nous sera-t-il permis de dire un mot de ces innombrables cas d'enfants semi-orphelins ou même, pas orphelins du tout, mais qui n'ont rien à envier à leurs camarades orphelins ?

En ce qui concerne les souffrances dues à la guerre, faut-il décrire l'histoire de ce petit garçon dont le seul contact avec sa mère se résume en une visite mensuelle à l'hôpital, ou le drame de cette fillette qui doit écrire régulièrement à son père, sans jamais recevoir de réponse, parce que l'état de santé de ce dernier ne lui permet pas d'écrire? - Sait-on qu'il existe des pères et mères, de famile qui se sont remariés au lendemain de la guerre, en promettant de laisser à tout jamais l'enfant de leur conjoint déporté aux mains d'une oeuvre sociale ? - Connaît-on assez ces taudis parisiens et marseillais dans lesquels ne pénètre jamais un rayon de lumière? Peut-on décemment envoyer des enfants passer des vacances dans de telles conditions, même lorsqu'ils ont leurs deux parents?

Colonie de Moosh - 14 août 1952
Le groupe des moyens devant la tente des garçons
Le monde entier s'est ému de la tragédie des enfants sans parents, mais a-t-on pensé à tous ces foyers disloqués, à toutes ces misères au contact desquelles vivent encore des milliers et des milliers d'enfants ? Pour ceux-là, les colonies de vacances ne suffisent pas, parce qu'eux aussi doivent vivre toute l'année en maison d'enfants ; en les intégrant dans notre campagne de vacances pour les enfants sans parents, nous arriverons peut-être à les réconciller avec la vie familiale.

C'est grâce à leurs belles traditions familiales que les Communautés juives d'Alsace et de Lorraine ont pu effectuer leur si rapide redressement; nous savons que ce n'est pas en vain que nous leur demanderons d'aider maintenant au redressement des plus malheureux qu'eux.

Au nom de nos enfants, nous leur disons d'avance merci.

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Photographies : Coll. Jacquot Grunewald et Michel Grimberg, Coll. Mady Oren

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