Message de Chovouôt
du Grand Rabbin Abraham DEUTSCH za"l

Deutsch
Jadis, dans nos communautés encore florissantes, la fête de Chovouôt se parait de traditions dont certaines sont tombées dans l'oubli. Elles n'étaient certes pas essentielles, peut-être même étaient-elles sans importance, mais leur disparition nous peine et c'est avec un sentiment de nostalgie que je les évoque aujourd'hui.

Vous souvient-il, chers frères et chers sœurs, de ce gâteau levé en forme de tresse qu'on appelait "Kolètche" ? Et qu'on disait interdit à tous ceux qui n'avaient pas "geomert" (1) ? Bien souvent, je me suis demandé ce que pouvait bien signifier ce terme "kolètche" dont j'ai gardé dans le souvenir jusqu'au goût. Serais-ce le mot "kol-Ech" ("voix du feu") qu'on trouve dans la Torah uniquement dans le verset suivant (Deutéronome 4:33) "Kol Elokim medaber mitokh hoesh", "la voix de D.ieu parlant au milieu du feu" ? J'avoue que je ne le sais pas. Comme d'ailleurs, souvent, la signification de certains mots que nous employons et dont l'origine nous échappe. 

Mais, quoiqu'il en soit, ce "kolètche" que nous mangions dans notre jeunesse prouvait bien à quel point la religion était intimement mêlée à la vie quotidienne. Pas de fête sans sa tradition propre :  elles se distinguaient si bien entre elles, prenaient tant une personnalité propre que l'on aurait difficilement imaginé Pessa'h sans les mazzeknepfle (2), Chovouôt sans les  kolètches, Soukoth sans les tartes au prunes, Hanouka  sans les hutzelvwäke (3) et Pourim sans les buremkichlä (4), etc.

Si donc à Chovouôt on mange les kolètches, n'est-ce pas pour nous rappeler la voix de D.ieu qui résonnait au milieu du feu ? Le feu du Sinaï, de cette humble montagne, perdue dans un désert d'où devait retentir une Voix qui, comme le dit la Torah, n'a pas encore cessé de retentir. "Je suis ton D.ieu, tu n'auras pas d'autres dieux, tu ne prononceras pas le nom de D.ieu pour rien, tu observeras le Shabath, tu honoreras tes parents, tu ne tueras ni ne commettra d'immoralité, ni voleras, ni mentiras, ni convoiteras le bien de ton prochain." Ces paroles n'ont pas cessé d'être valables ; avec insistance, elles viennent nous rappeler nos devoirs sur terre, si nous voulons y vivre heureux.

Dans certains synagogues, à part les fleurs qui ne rappellent que la fête de la récolte, on érigeait un "Mont Sinaï" ; on y apportait avec ferveur de la terre et on y piquait des fleurs jusqu'à ce qu'apparût un monceau de fleurs odoriférant. Quelle magnifique leçon de choses pour les jeunes qui voyaient ainsi se matérialiser le message du Sinaï !

Oui, Israël en est le messager. C'est par nous, notre fidélité à notre mission que nous avons gardé dans nos coeurs la voix de D.ieu, au milieu du feu de nos épreuves, du feu des fours crématoires, nos martyres ont proclamé D.ieu et donné au monde une Loi, une Morale.

Je ne pourrais mieux vous encourager à persévérer dans la voix qui s'ouvre devant vous, qu'en vous demandant de réfléchir à l'invraisemblable situation dans laquelle nous nous trouverions si nous, le peuple du Livre, nous qui avons  donné ce Livre à l'Humanité, nous oubliions nous-mêmes d'en tirer notre profonde leçon de la vie ?

A. Deutsch, Grand Rabbin (allocution prononcée dans les années 60)


Notes :
  1. geomert : compté les jours de l'Omer qui séparent Pessa'h de Shavouoth
  2. mazzeknepfle : boulettes de matza (pain azyme)
  3. hutzelvwäke ou bireweke : pains aux fruits secs
  4. buremkichlä : beignets de Pourim


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