Réflexions sur Hanouka
par le Grand Rabbin Max Warschawski
Conférence prononcée aux Journées bibliques

כל דאמר מדבות חשמונאי קאתינא עבדא הוא
Celui qui dit qu'il est un descendant des Hasmonéens n'est en fait qu'un esclave (Kidouchim 70b)

 

Monnaies frappées par
les rois hasmonéens
De Moïse à nos jours, près de trente-cinq siècles se sont écoulés, trente cinq siècles d'existence d'Israël.

Alors que s'édifiaient et s'effondraient empires et civilisations, nous connaissions indépendance et asservissements, puissance et exils. Nous avons vécu en Orient avec l'Egypte, l'Assyrie, l'Empire Perse et l'hellénisation sous Alexandre et ses successeurs. Nous avons subi le joug de Rome et celui d'Edom sous les traits du Christianisme triomphant. Nous avons participé à l'Age d'Or de l'Espagne Musulmane. Chacune de ces expériences s'est achevée dans le sang, dans les larmes, dans une nouvelle Galouth.
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Pendant les trois millénaires et demi qui suivirent la sortie d'Egypte, Israël n'a guère connu plus de mille années d'indépendance politique. Mais nous avons forgé des armes qui nous ont permis de survivre et de triompher de tous les conquérants qui voulurent, avec notre pays ou avec nos corps, nous intégrer à leur culture et à leurs croyances.

Les descendants de Noa'h voulurent édifier une tour qui les rapproche de D. et témoigne de leur puissance, face à la divinité. Ce fut la dispersion lors de la Tour de Babel.

Nos pères ont édifié, autour de la Torah révélée au Sinaï, une tradition orale, qui fut et demeure notre muraille et notre bouclier face à toutes les tentatives qui menacèrent notre identité.

Dans le combat nocturne qui mena Jacob contre un "homme", contre l'ange tutélaire d'Esaü, son frère et son ennemi, la tradition imagine l'adversaire du patriarche sous deux figures différentes : "Kelistim" "comme un brigand", et "KeTalmid Hakham" "comme un savant", un philosophe. Ceci pour nous dire que le combat d'Israël pour sa survie est d'ordre physique, lorsque nous devons lutter pour notre vie, pour le droit à notre existence en tant qu'hommes regroupés dans une même société. Mais ce combat est aussi un affrontement spirituel, lorsque les Talmidé Hakhamim de tous les temps essaient de nous prendre notre identité juive, en nous assimilant à leurs doctrines religieuses, philosophiques, ou politiques.

Plus difficile est la lutte pour notre survie de juif, "peuple du livre", nation de prêtres et peuple consacré, voué à D., que celle qui consiste à défendre notre vie. Car rien n'est plus insinuant, plus alléchant que de se fondre dans une société majoritaire et d'embrasser ses traditions pour que l'on cesse de nous montrer du doigt.

Il faut une conviction profonde, un courage de chaque instant pour affirmer sa spécificité dans une société dont on partage la vie quotidienne, mais dont nous sépare notre tradition.

Contre une persécution physique nous pouvons résister, nous battre, lutter jusqu'à l'aube, lorsque les ténèbres du racisme ou de l'antisémitisme seront balayés et que le droit de vivre égaux et libres sera reconnu par tous et pour tous.
Mais comment se défendre contre des arguments théologiques ou réthoriques, contre les tentatives de convaincre une minorité que la vérité se trouve dans le camp majoritaire ?

La force physique, un armement sophistiqué, ne sont pas forcément la condition indispensable à une victoire. Les Hasmonéens l'ont prouvé face à Antiochus et tant de mouvement nationaliste face au colonialisme. Une conviction profonde peut faire des miracles.

Pour combattre ceux qui s'attaquent au principe même du judaïsme, il n'y a qu'une arme : la connaissance de notre patrimoine. C'est l'ignorance de générations entières qui a permis à nos adversaires Talmidé Hakhamim d'ébranler la muraille protectrice, qui avait maintenu nos pères, fermes dans leur foi et sourds à toutes les promesses de bien être et de sécurité.

Ce qui était vrai pour nos familles, pour nos communautés, l'est encore à présent, jusqu'au sein même du peuple juif en Diaspora, comme en Israël.

Le petit noyau des Hasmonéens est parvenu, il y a plus de deux mille ans à tenir tête et à chasser de Judée les forces Syro-hellenistes. Leur slogan était alors "Mi Kamoha Baéllm Hashem" "qui est puissant comme Toi Seigneur". Par leur foi, par leur refus de ployer le genou devant l'idolâtrie acceptée par le monde entier de l'époque ils rendirent à Israël un Temple purifié et rallumèrent la flamme vacillante.

Aussi en souvenir de cet événement disons nous dans Al Hanissim :..."au temps de Matityahou...lorsque l'empire Grec se dressa contre ton peuple Israël..." car lorsque le judaïsme est mis en cause c'est tout le peuple, où qu'il se trouve, qui est concerné !

Mais à l'occasion de Pourim, lorsque Haman décida le massacre des Juifs de l'Empire Perse, nous nous contentons de rappeler : "qu'au temps de Mordehaï et d'Esther...lorsque Haman le méchant se dressa "contre eux". L'événement ne toucha que les provinces d'Assuérus et non le judaïsme entier.

Oui, un élan spirituel peut soulever des montagnes et réussir ce que la logique jugerait impossible. N'est-ce pas ce que nous avons vécu en 1948, puis lors de la guerre des six jours ? C'est là le secret des victoires de Juda Maccabé et de ses frères.

Mais gare au moment où l'enthousiasme fait place à la routine, lorsque enivré de sa réussite, on veut oublier sa spécificité et s'identifier aux autres nations, vivre comme elles, copier leur politique et adopter leur éthique élastique.

C'est ce qui s'est produit lorsque les descendants de Mathatias se ceignirent de la couronne royale, et placèrent la politique en tête de leurs préoccupations. La spiritualité d'Israël, pour laquelle ils avaient lutté fut reléguée dans les écoles modestes où les maîtres pharisiens la transmirent à leurs disciples. Le Temple devint un symbole nationaliste, les prêtres ses fonctionnaires et le pays connut la guerre civile, provoquée par les descendants mêmes des sauveurs d'Israël.

C'est pour cela que nos maîtres, méprisant ceux qui ouvrirent la porte aux Romains et provoquèrent ensuite la destruction du Temple et de l'indépendance de l'État déclarèrent "celui qui dit : je suis un descendant de la maison des Hasmonéens, réponds lui : "tu n'es qu'un esclave iduméens, usurpateur au titre de roi des Juifs" ! (1)

En allumant nos bougies de Hanouka, rappelons nous que la survie d'Israël, ce n'est pas la victoire des armes qui la garantit mais la flamme de la Torah, lorsque nous parvenons à la transmettre d'une lumière à l'autre.

1- Il s'agit vraisemblablement d'une allusion au roi Hérode (n.d.l.r.)


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