Hanouka – Quel miracle ?
par Jacquot Grunewald

Et si en cette veille de Hanouka on vous parlait de Pourim ? La victoire d'Esther et de Mardochée sur Haman, qui trame le génocide du peuple juif, est rapportée dans le Rouleau d'Esther, le dernier en date des Livres de la Bible. Dieu y est omniprésent sans être mentionné. Il tire les ficelles dans les coulisses. Haman et les siens tombent comme de simples marionnettes, désarticulées, inanimées. Dieu est intervenu, le miracle a eu lieu. Mais le miracle reste caché.

Par les ajouts dans le rituel, Pourim est étroitement lié à Hanouka. La courte prière d'Al hanissim "Pour les miracles nous te rendons grâce…" est réservée à Pourim et à Hanouka. Lors des fêtes chômées, comme Pessa’h, où le miracle ne cesse d'être explicitement apparent, il n'y a pas d' Al hanissim.

Cependant, entre les événements de Pourim et ceux qu'évoque Hanouka, environ trois siècles plus tard (en –165), la différence est très nette: Lors de la révolte des Hasmonéens, Dieu ne se manifeste pas pour assurer aux combattants juifs la victoire sur la puissance syro-grecque. Du moins rien ne l'indique. Au demeurant, qui le pourrait ? Les Livres des Maccabées qui consignent l'histoire de Hanouka ne font pas partie de la Bible hébraïque. Ces Livres, notamment le second d'entre eux, racontent les terribles souffrances d'Israël. Dont le martyre, sans la nommer, de Hanna et de ses sept enfants, qui préfèrent une mort atroce à l'abandon, fut-il feint, de leur foi. Dieu n'intervient pas. Apparemment, Dieu n'intervient pas pendant la révolte hasmonéenne. Alors, où est le miracle ? Les rabbins le reconnaîtront dans la faible lueur d'une flamme, une toute petite flamme qui au lieu de durer vingt-quatre heures, disent-ils, a brillé pendant huit jours au lendemain des combats, dans le Temple d'où on a enlevé les idoles d'Antiochus Épiphane, et qui fut ré-inauguré par Judas Maccabée. Elle a brillé pendant huit jours jusqu'à ce que le travail des hommes produise de nouveau cette huile pure qui seule était digne d'éclairer la flamme sacrée du Temple de Jérusalem.

Que signifie le miracle de Hanouka ? Il est comme une approbation, le satisfecit de Dieu à l'action entreprise par Judas Maccabée et par tous ceux qui ont lutté avec lui. Dans ces premiers événements post-bibliques, Dieu ne se manifeste plus – fut-il caché – dans le déroulement de l'Histoire. Ils sont entièrement laissés à l'initiative des hommes. Tout juste peut-on espérer que Dieu ne laissera pas anéantir Israël, mais il est impossible, désormais, alors que ce fut encore le cas dans l'histoire d'Esther de suivre sa trace. Aux hommes et aux femmes d'agir. A Hanouka, Dieu consentit à approuver l'action des hommes. Les lumières de Hanouka, chaque année rallumées, nous illuminent de la présence divine. (1)

De ce point de vue, voilà quelque vingt-deux ou vingt-trois siècles qu'Israël est arrivé à maturité. Le miracle n'est pas absent, il peut se manifester, il peut être déchiffré. Sans doute, est-il davantage décelable au plan individuel. Il peut se rappeler à nous de façon surprenante. Par une simple rencontre, ou d'autres coïncidences qu'aucune statistique ne justifie… Mais le miracle a cessé d'être un instrument. Antigone, l'élève de Siméon, le dernier dignitaire de la Grande Assemblée, à la fin du prophétisme, n'a-t-il pas affirmé, rapportent les Maximes des Pères, qu'il ne convient pas de servir Dieu dans l'espoir d'une récompense ? Maïmonide remarquera dans son Commentaire que ce propos découragea bien des gens à accomplir la Loi ! Sur le plan collectif non plus, Israël n'a pas attendre de récompense. Il n'a pas à attendre de miracle et ce serait faire preuve de bien peu de foi que de l'exiger de Dieu. Simplement, la lumière de Hanouka continue de briller. Encore faut-il, mais si… que nous consentions à l'allumer.  

  1. Voir dans Sefat Émet , le sermon du rabbi de Gour pour Hanouka de l'an 1877

La dernière strophe de "Maoz Tsour"
par Jacquot Grunewald
Extrait du Bulletin de nos Communautés, Vendredi 16 décembre 1960

Est-ce vrai ? Est-ce faux ?
  1. Un sportif achkenaze a appelé judo une certaine forme de lutte en souvenir des combats menés par Juda (Macchabée).
  2. Juda était l'aîné des 5 fils de Mathatias.
  3. Les livres des Macchabées ne font pas partie du Tana'h (de la Bible).
  4. L'auteur de Maoz Tsour s'appelait Mordçhaï.        Voir les réponses.
Où l'on reparle de barbus...

Nos maîtres en littérature hébraïque sont souvent embarrassés pour distinguer dans le texte d'une prière ou d'une poésie pieuse, les phrases ou les strophes qui ont été apposées à la pièce originale. Très souvent, en effet, les générations qui se suivaient ont voulu marquer le rituel de leur empreinte et plutôt que de composer une supplique nouvelle à Dieu ont simplement ajouté quelques lignes à celle déjà existante. Il semble pourtant que notre vieux chant de Hanouka "Maoz Tsour" fasse exception, en ce sens que la dernière strophe (celle que l'on trouve de nos jours en petits caractères dans nos livres de prières) n'est pas le produit d'un tardif génie mais a bien été composée par le poète du moyen âge responsable de tout le morceau. Pourquoi alors, la dernière strophe se distingue-t-elle au point de ne pas figurer dans la plupart des Tefiloth (rituels) des siècles passés ou dans les manuscrits ? Tout simplement parce que la censure l'a supprimée, ou peut-être les responsables des communautés juives, rendues prudentes par les massacres dont elles étaient, hélas coutumières, ont-elles jugé préférable de la supprimer.

Avant d'aller plus loin, voici le début de cette dernière strophe traduite par Moché Catane (le dernier vers sera interprété selon une explication différente, comme nous le verrons dans quelques instants...)

"Découvre, ô Dieu, Ton bras sacré
Et hâte notre délivrance.
Venge le sang des Tiens versé.
Par une nation sans conscience.
Car nous trépignons d'impatience
Et le mal règne en permanence."
Jusque là, dit M. Yom-Tov Levinski, car c'est à sa conscience que nous faisons appel maintenant, rien n'est exagéré, et si ce passage n'est pas particulièrement tendre envers les persécuteurs d'Israël, il n'aurait pas suffi à son extradition, si la dernière phrase, elle, ne désignait nommément un personnage célèbre et ne condamnait ouvertement, dans un texte rituel, l'action des croisés.

Frédéric Barberousse
Il s'agirait en effet de l'empereur Frédéric Barberousse, organisateur de la troisième croisade que l'on appelle ici le "Rouquin". La nouvelle était parvenue en Europe ! Les troupes de l'Empereur Saladin ont été battues par les croisés qui se trouvaient déjà dans la ville d'Asie Mineure, Iconium, bien connue de toute la chrétienté. Il faut encore savoir que le prophète Michée parle de "Sept Bergers" qui s'opposeraient aux troupes de l'Assyrie s'apprêtant à envahir la Palestine, et c'est alors que nous comprendrons pleinement le sens de cette fin de strophe :
" Repousse le Rouquin, aux ombres de la Croix, et suscite en notre faveur les Sept Bergers".
Rappel : Rouquin = Barberousse ; Croix = Iconium.
Les Sept Bergers font allusion soit à une délivrance surnaturelle (messianique) soit à l'armée de Saladin, seule capable de repousser les croisés...
le texte hébraïque des deux dernières strophes de Maoz Tsur dans un rituel de prières. On remarquera que la dernière strophe est écrite en plus petits caractères.

Réponses
  • C'est faux - naturellement.
  • C'est faux (le troisième!).
  • C'est juste.
  • C'est juste (le nom se retrouve en acrostiche).         Retour au texte


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