FETES
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Le jour de Yom Kipper, les femmes portaient également des vêtements blancs, souvent un quatre-double, châle de laine fine plié en triangle et un bonnet blanc à dentelle qui, le reste de l'année, n'était porté que par de vieilles femmes.
L'office du matin de Rosch-Haschona durait fort longtemps, de huit heures à onze heures et demi ou plus tard. Il fallait rester à jeun jusqu' après la sonnerie du schofar (41), le tetscha (42), après la lecture de la Thorah; ensuite les plus affamés, les jeunes surtout, couraient prendre le petit-déjeuner et revenaient à l'office. Le deuxiè me jour de RoschHaschona, on allait en bande faire taschlich (43) au bord de la rivière qui coule à peu de distance du village, toujours au même endroit que les juifs appelaient taschlichbach. d'autres endroits de la même rivière portaient d'autres noms.
Le soir de Kol Nedra (44), l'atmosphère était solennelle. Le chasan et ses deux assistants, en général le bal-pfilla (45) engagé pour la fête et le parnes (46) occupaient l'almemer (47). Le chasan, le Seffer Thauro (48) dans ses bras répétait les paroles du Kol Nedra sur une vieille mélodie émouvante et impressionnante. Pour cette cérémonie, la seule de toute l'année, des jeunes gens et des hommes chrétiens venaient à la synagogue et assistaient à cet office du dernier rang près de la sortie. L'office durait fort longtemps et après la clôture, les plus zélés des jeunes gens continuaient à lire les Tellem (49) jusque tard dans la nuit. Le soir de Kol Nedra ceux qui avaient fait du tort à leur prochain devaient lui demander pardon : mechila braja. Cela donnait parfois lieu à des scènes émouvantes. On se souhaitait aussi une chasime-taufo (50).
A Yom Kipper, l'office commençait à sept heures du matin et se poursuivait toute la journée sauf une ou deux pauses qu'on insérait entre mussaf (51) et mincha (33) ou entre mincha et nila (52) quand les prières s'étaient déroulées un peu trop vite. Les anciens ne quittaient pas la synagogue. Quand à nous autres enfants, nous ne devions pas manquer les prières principales, schemone esras (53), lecture de la Thora, fedda, confession des péchés et nous ne voulions pas manquer le kouremfalle, la prosternation qui nous impressionnait fort. Pour nila, toute la communauté était rassemblée, répétait les formules finales et écoutait la grande sonnerie du schofar qui annonçait la fin de la fête. Alors que les hommes restaient pour le maaref vite expédié, les femmes se hâtaient vers la maison pour préparer le repas. En général, il commençait par le anbeisse (54), un petit repas maigre, milchdig, suivi d'un repas normal avec de la viande, flaschdig. Les jeunes enfants qui ne jeûnaient pas toute la journée recevaient après la lecture de la Thora à midi une assiette de gsetzti-supp qui chauffait dans le schtobscher de nos voisins Schwed. Ma famille paternelle n'était pas assez zélée pour posséder cet ustensile.
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Les quelques jours qui séparaient Yom Kipper de Sekes (55) étaient consacrés à la construction de la seka (56). La carcasse de la seka en lattes démontables était conservée dans un hangar. On la montait dans la cour. Les jeunes gens allaient à la forêt chercher des branchages pour couvrir les toits. l'intérieur était tendu de toile fleurie et garni de noix dorées et de pommes rouges suspendues au plafond et orné de fleurs que souvent nous offraient nos voisins chrétiens.
c'est le schames (57) qui s'occupait de la commande des lülofem(58), des esrogem (59) et des branchages qui garnissaient le lulef. Lui aussi cueillait et distribuait les schanelich, branches de saules dont le feuillage devait être intact pour être cachère et que le jour de Hoschana raba on effeuillait en les frappant sous les pupitres de la synagogue. Pour aller à l'office de Sekes, les garçons portaient fièrement derrière leur père le lulef et l'esrig couché sur un lit d'effilochures de lin dans la plus belle coupe d'argent ou de cristal de la maison.
A Semches Thauro (60)
tous les sforim (48),
et il y en avait beaucoup, étaient portés en procession autour
de la schula (27). Et puis il y avait le bal de Semches
Thauro (il n' y avait pas de bal de Pürem
(65)).
Le bal étaitorganisé par les jeunes gens. Dans ma petite enfance,
il avait lieu dans la salle de chez Schlommes, l'auberge juive. Après
la guerre de 14/18, quand Schlome Geismar eut quitté Grussa pour créer
un restaurant cachère à Colmar et que le nombre de jeunes de
la communauté eut bien diminué, ils allèrent au bal de
Horbourg.
Le soir de Noël qui tombe à la même époque, les hommes allaient jouer aux cartes chez Schlommes et plus tard, après son départ, à l'auberge chrétienne chez Haumesser. On leur offrait le vin chaud gratuitement et ils ne rentraient qu'après que la messe de minuit fut terminée. On dit que c'était un vieil usage de veiller pour éviter que les jeunes gens chrétiens ne molestent les juifs en sortant de la messe. La nuit de Noël se dit en judéo-alsacien Nettelnacht (nettel = natalis).
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Le soir de chometzbatteltag, on prenait le dernier repas chometzig (75) dans la cour ou sous le hangar. Puis commençait le kaschere. Les ustensiles en fer et en fonte dont on devait se servir pendant Pejsach étaient chauffés à blanc dans le foyer de la grande chaudière où chauffait habituellement la lessive. C'était pour en éliminer la moindre trace de chometz. Les plats et assiettes non poreuses et les couverts étaient plongés dans l'eau bouillante. Mais la plus grande partie de la vaisselle de la Pâque et qui ne servait que pendant la fête était conservée à l'abri du chometz dans une grande caisse fermée entreposée au grenier.
La préparation du seder (76) était ce qu'elle est restée de nos jours dans les familles pratiquantes. La cérémonie du seder également. Ma mère m'a raconté que chez son oncle le chasen Lang à Sainte-Marie-aux-Mines, on répétait en français chaque chapitre de la hagoda (77) d'abord récité en hébreu. Chez nous on ne récitait que le texte hébreu sauf un des chants folkloriques, adir-hu (78) qu'on chantait d'abord en hébreu puis dans un vieil allemand truffé de mots désuets.
L'ensemble de la cérémonie s'appelait baue et en sortant de la synagogue les soirs de seder, on se souhaitait Bauet gut (79). Les matzeknepflich (80) qui obligatoirement garnissaient le bouillon des repas étaient confectionnés à la graisse d'oie. A l'époque des oies grasses, on avait spécialement préparé jontefdig la graisse d'une oie pour s'en servir à Pejsach.
On observait tous les jours de jeûne et on en intercalait même un ou deux supplémentaires appelés Yom-Kipper-koton. Mais après Yorn-Kipper, le plus solennel était Tischabov (83). A l'office on portait des chaussons au lieu de chaussures en signe de deuil et pendant l'office, on r écitait le memmere (84) en mémoire des martyrs juifs morts pour leur foi pendant le Moyen-Age à Rouffach et dans d'autres communautés de la région.
CIRCONCISION ET BAR-MITZWA
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Le lange qui avait servi au moment de la bris-mila servait à la confection de la mappa. Il était découpé en morceaux qui, joints les uns aux autres, formaient une bande sur laquelle un expert en écriture inscrivait le nom et la date de naissance de l'enfant en caractères multicolores ornés de dessins naïfs. A l'âge de trois ans, le garçon portait la mappa à la schula, un samedi, et elle servait désormais à ligoter et serrer les rouleaux du sejfer-Thouro (48).
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