Us et coutumes des Juifs d’Alsace
Grand Rabbin Max Warschawski


L'origine du Minhag askenaze
Cette conférence a été prononcée par le Grand Rabbin Warschawski peu avant son départ à la retraite et son installation en Israël.
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Les coutumes et les traditions du judaïsme alsacien sont sensiblement celles des communautés rhénanes (Minhag Rheinouss). Elles sont très proches de celles de Francfort et leur origine se trouve dans le livre des Minhagim du Maharil, Les coutumes du Maharil (Rabbi Moshé Halévi Mölln), rédigé au 15e siècle par un élève du grand Maître de Mayence.

Jusqu’à la Révolution française, beaucoup de jeunes étudiants d’Alsace allaient s’instruire auprès des rabbins de Francfort, de Mayence ou de Karlsruhe. Metz aussi avait à sa tête des rabbins souvent originaires de ces régions. Les étudiants rapportaient probablement, avec l’enseignement reçu, la manière de vivre et d’agir de leurs maîtres.

Vie familiale

Fiançailles et mariage
Ketouba (contrat de mariage), Niedernai 1779
coll. A.&M. Rothé
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Les relations entre les communautés alsaciennes et celles du pays de Bade, de l’autre côte du Rhin, étaient très étroites et les mariages étaient courants entre les familles. Les fiançailles étaient l’engagement pris par deux familles de marier leurs enfants. Elles n’avaient aucun caractère religieux, car les Erussim (fiançailles légales) se faisaient depuis le moyen âge au moment du mariage.

Au cours d’un repas de famille (Knass-MahI) on plaçait les jeunes fiancés au milieu d’un cercle tracé à la craie et, en brisant une assiette (non un verre), on marquait l’engagement par un Mazal Tov (bonne chance) repris par les assistants.

Jusqu’au milieu du 19e siècle on écrivait des Tenaïm rishonim (contrat de fiançailles) fixant la date et les conditions matérielles du mariage. On prévoyait aussi une amende (knass) pour celle des parties qui romprait unilatéralement les fiançailles, d’où le nom du repas : knass mahl.


Couple sous le dais nuptial - mannequins de l'exposition Judaïsme alsacien, histoire, patrimoine, traditions
Houpa
Au moment de la ‘houpa (cérémonie nuptiale), les Tenaïm (le contrat) étaient éventuellement réécrits et complétés en tenaïm a a’haronim (contrat de mariage).La coutume des Tenaïm disparut lorsque les familles firent établir les contrats de mariage par l’État Civil ou par les notaires. Mais je possède encore des Tenaïm du 19e siècle écrits par le rabbin, en allemand, à une époque de transition.

Le mariage était précédé par les shiflaunness, déformation de sivlonoth, (cadeaux de mariage), coutume datant de l’époque talmudique. Au cours d’une soirée familiale, les fiancés échangeaient des cadeaux parmi lesquels une ceinture pour le Sargueness (vêtement mortuaire que l’on mettait à Rosh Hashana et à Yom Kippour) et un beau talith (châle de priètes) pour le ‘hatan (le fiancé), un Sidour à reliure précieuse pour la kalla (la fiancée). A partir de ce moment, les fiancés ne se voyaient plus jusque sous la ‘houpa (le dais nuptial).

Détail d'une mappa peinte pour Jacques Weil (1923). Le couple de mariés se dirige vers la 'houpa, le dais nuptial.
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Le mariage avait lieu à la synagogue ou dans sa cour (Schulhof), lorsque le local était trop exigu pour contenir les invités. Cette coutume datait du moyen âge, où l’on célébrait les danses du mariage devant la synagogue, mais on prononçait les bénédictions nuptiales à l’intérieur de la schuhle (synagogue) en y faisant entrer un minyan (les dix personnes indispensables pour célébrer un office public) pendant que la foule attendait dehors.

Pour annoncer des fiançailles ou un mariage, le ‘hazan (ministre officiant), le vendredi soir précédent, chantait sur un air spécial le Malkhutekha (extrait de la prière du soir) que les fiancés écoutaient debout.




Naissance
Lors de la naissance d’un garçon, on se réunissait le vendredi soir précédant la mila (la circoncision) dans la maison de l’accouchée pour le Shalom Zokhor (la protection du petit garçon) pour y manger des noix et boire du vin ou de la bière. Ceci, pour entourer l’enfant non encore circoncis d’une quantité de berakhoth (bénédictions) destinées à le protéger de tout mal.

circoncision
Chaise pour la circoncision
hollecrach
‘Hol krach - maquette du Musée judéo-alsacien de Bouxwiller
La mila elle-même se faisait à la synagogue sur un yittstuhl, la “chaise du prophète” (kissé shel Eliahu Hanavi). L’enfant y était apporté par sa marraine, la gefattere (de gottvater). Le parrain (gefatter) était souvent le sandak, qui était assis sur la chaise et tenant l’enfant durant la mila.

La présentation à la synagogue, gravure de M. Oppenheimer - coll. A.&M Rothé
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Pour la naissance d’une petite fille, c’est un Shabath matin que le père était appelé à la Torah et que la mère sortait pour la première fois. Le ‘hazan l’accueillait en chantant le passage Sme‘him betzétam (“Ceux qui se réjouissent en sortant”, extrait de la prière du Shabath matin). Le même jour en général, avait lieu une réception au domicile des parents. En soulevant le berceau (la crèche), les enfants présents proclamaient le nom de la petite fille. D’où le nom de cette cérémonie "hol krach", ‘hol se référant au prénom non-juif de la petite et krach au mot allemand kreischen ("proclamer à haute voix"). Une autre interprétation, celle-ci française, décrit cette exclamation par “Haut la crèche” parce qu’on soulevait l’enfant dans son berceau. Puis le rabbin disait quelques versets bibliques et bénissait la fillette.


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