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Assemblée générale de la Société d’histoire des
Israélites d’Alsace et de Lorraine du 5 juillet 2021
Rapport du Président sortant

Chers Sociétaires, chers Collègues,

Aujourd’hui, c’est jour de fête : Nous pouvons enfin nous retrouver en live, en présentiel 18 mois après notre dernier contact, au colloque 2020

Je commencerais par une petite note personnelle. Vous savez déjà que je ne souhaite pas continuer à être président de la SHIAL.
En réalité ma date de fin de fonction avait été définie dès mon entrée en fonction en juillet 2018. Je pense en effet, et j'ai souvent affirmé que les présidences doivent tourner pour permettre un renouvellement permanent de notre fonctionnement. De plus je pense qu’arrivé à un certain âge, il n’est pas bon de vouloir continuer à diriger une association. Combien sont mortes de gérontocratie ?
Dans l’industrie, aucun cadre supérieur salarié ne continue d’exercer une fonction de direction après 65 ans. Les postes tournent en général tous les trois ans, ce qui permet aux entreprises, et aux responsables de se renouveler.
De plus, en prenant la fonction de président je savais que Norbert prendrait sa retraite dans les trois ans, et pour avoir travaillé avec lui depuis longtemps, je savais aussi qu’il ferait un bon président. C’est dans cette perspective que j’ai essayé de calibrer mon action.
De toutes façons, même si j’avais décidé de continuer, je pense que les ennuis de santé potentiellement graves identifiés depuis un an m’auraient dissuadé de le faire, même si apparemment j’ai un traitement efficace.

Venons-en au rapport opérationnel du président proprement dit.
Il est volontairement long, car il porte sur trois ans et se veut à la fois bilan de notre action, et réflexion plus fondamentale sur notre présent et notre futur.

Je l’ai structuré non pas chronologiquement, mais en fonction des buts de notre association, tels que définis par notre vénéré fondateur, le rabbin Moïse Ginsburger, professeur d’histoire à l’université de Strasbourg .

  • Notre premier objectif est de permettre la conservation du patrimoine juif alsacien.
  • Le second est de susciter et accompagner des travaux permettant une meilleure connaissance du judaïsme alsacien-lorrain, et en particulier de son histoire
  • Le troisième objectif est de faire connaitre cette histoire et ainsi de permettre le vivre ensemble dans la différence.

Mais auparavant il me faut évoquer le fonctionnement de notre société au cours des trois dernières années.

Nous avons eu la chance d’avoir une équipe solide au bureau. Dans sa tradition, la SHIAL a toujours fonctionné avec un bureau assez faible en nombre. Nous l’avons renforcé pour pouvoir évoluer plus loin.
Pourtant, même aujourd’hui, nous sommes encore trop peu et nos équipes colloques et communication sont à renforcer.

Je voudrais donc remercier tous les membres du bureau, et tout ceux que nous avons associé à notre action, pour l’un ou l’autre chantier puis de manière à peu près permanente :
Norbert Schwab, vice-président toujours disponible, Marc Friedmann qui reprend les fonctions de trésorier, Evelyne Loeb, secrétaire dévouée, Michèle Jablon, sans qui il manquerait quelque chose aux colloques, Carole Wenner qui nous a apporté sa (relative) jeunesse, son sens de la communication et ses relations avec le milieu universitaire, Michel Rothé avec le site duquel nous sommes de plus en plus liés, et aussi Alain Kahn toujours de bon conseil, Valérie Sibony qui nous permet d’être très présents dans la communication de la communauté, Dominique Fritsch, sans qui nous n’aurions pas réussi le transfert de actes des colloques en format informatique et Monique Jeanmaire-Lambert qui va essayer de nous rendre un peu plus rigoureux dans notre gestion.
Malheureusement, mon prédécesseur et président d’honneur Jean-Camille Bloch, qui avait été un président modèle, a dû réduire sa présence pour raisons de santé. Il nous a manqué.

Nouveau siège de la société :
Nous avons obtenu de la municipalité de Strasbourg un local de plus de 130m² cloisonné qui sera à partager avec la Maison du judaïsme rhénan et la Route du judaïsme rhénan. L’appellation officielle du lieu sera "Maison d'études et de promotion du savoir sur le Judaïsme rhénan". Ce local est symboliquement situé au 15 rue des Juifs, à l’emplacement de la synagogue médiévale.
Cela nous donnera un endroit où nous retrouver pour de petites réunions, mettre à disposition un espace de travail pour des stagiaires, préparer des manifestations, mais surtout permettra de sauvegarder, réunir et mettre à la disposition de tous les archives des chercheurs devenus inactifs. Il nous permettra de créer des équipes de travail, dans un monde plus exigeant ou nul ne peut plus être spécialiste de tout.

Nos manifestations publiques
La pandémie nous a obligé à supprimer la plupart de nos manifestations :
Nos deux colloques annuels de 2019 et 2020 ont eu pour thème La musique et Patrimoines et héritages culturels juifs dans le bassin rhénan : Patrimoine méconnu, patrimoine menacé ! L’audience a été bonne. La qualité des interventions excellente. Sur les 17 communications, sept seulement ont été proposées par des membres de la SHIAL et sept aussi (coïncidence) relataient des travaux de recherche (membres de la SHIAL ou non). Enfin huit intervenants ne résidaient pas en Alsace, ce qui augmente considérablement les coûts. Je reparlerai de ce problème ultérieurement.
Du fait des restrictions sanitaires, seul le prix du patrimoine 2018 a pu être décerné à Sonia Lemmel et Reine Biri lors d’une sympathique cérémonie organisée à Woerth.

Venons en maintenant à ce qui constitue la raison d’être de notre société, telle qu'elle est définie par nos statuts.

Action sur le patrimoine :
Toute action sur le patrimoine est un travail d’équipe et c’est donc avec d’autres groupes que nous devons le plus souvent travailler, en leader, partenariat ou soutien. L’importance après du grand public de la protection du patrimoine est illustrée par la réussite des journées de la culture juive et le nombre important d’actions de mises en valeur et restaurations de sites juifs. Dans ce travail d’équipe, le rôle de la SHIAL est essentiellement d’apporter un soutien scientifique aux acteurs sur le terrain, mais aussi de susciter des actions de sauvetage ou de valorisation. Pour cela, il faut aussi de la communication ne serait-ce que pour être informé des découvertes et problèmes. Il faut aussi de la notoriété et des accès aux médias. Un jour peut-être pourrons-nous plus fréquemment avoir nos propres chantiers, comme ce fut le cas pour les genizoth.

  • Nous avons pu finaliser le dépôt des objets de la genizah de Mackenheim, qui reviennent demain matin au Musée alsacien.
  • Dans la mise en valeur du cimetière de Fegersheim, notre cher Roger Harmon joue un rôle essentiel puisque c’est lui qui associe un nom ou une vie aux pierres relevées.
  • Pour permettre la mise en valeur du cimetière des murs de Neuwiller-les-Saverne, j’ai été conduit à réétudier l’histoire de ce cimetière, daté de 1632+/-3 ans et utilisé jusque 1845 +/- 5 ans. Ce qui est frappant est la vitesse de l’oubli et de la destruction. Sans les mystérieuses inscriptions, il n’y aurait plus trace de ce cimetière, ni dans les mémoires, ni sur le terrain.
  • A Rosenwiller, je participe à la formation des hommes de terrain par exemple en les emmenant voir d’autres cimetières ou en menant des visites.
  • Avec Marc Friedmann, nous avons mené récemment des actions d’évaluation d’anciennes genizoth. D’autres semblent exister.

Promouvoir la recherche sur le judaïsme alsacien.

  • La recherche se fait en équipe et entre équipes. Seul on n’est rien.
  • Malheureusement nos chercheurs "historiques", membres de la SHIAL, alsaciens ou lorrains sont quasiment tous morts ou vieillissants et non remplacés.
  • Nous avons pu recréer des contacts avec les services de l’inventaire, la DRAC, en particulier le service régional de l’archéologie, et l’université. Carole Wenner s’occupe des contacts universitaires qui sont sans doute les plus importants. Faire travailler de jeunes chercheurs sur le judaïsme nous permettra d’avoir un avenir. C’est dans cet esprit que nous avons pris la décision d’attribuer des aides à des étudiants travaillant sur le judaïsme : régional. Bourse, aide, prix… le terme exact reste à fixer. Le budget dégagé par l’arrêt de l’impression physique des actes sera utilisé à cet effet.

Parmi nos meilleurs contacts, on peut citer les Prs Kichelewsky,Schwien, Claude Mulller, Bernadette Schnitzler, ancienne conservatrice du musée archéologique, Marie Pottecher, directrice du Musée Alsacien, les archives municipales et départementales.
Au niveau national, il y a eu création d’un groupe des archéologues français du judaïsme que Paul Salmona directeur du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) m’a demandé de coordonner. Nous nous rencontrons sur le terrain avec Sonia Fellous, Claude de Mecquenem, Aurelie Bonan, Claire Decomps, etc.
Nous avons recréé des contacts avec des chercheurs allemands, en particulier dans le cadre des 1700 ans de présence juive en Allemagne.
J’ai été invité à prendre part à différent colloques organisés par le MAHJ et la société des études juives, ce que j’ai fait avec le seul titre de "président de la SHIAL".
Enfin nous sommes actifs au comité d’histoire régionale. En effet nombre d’associations d’histoire locale font des recherches sur leur judaïsme et doivent être épaulées, mais peuvent nous apporter beaucoup par leur recherche.
Pour nos archives disparues, le problème des vols de Zosa Szajkowsk iest bien connu. Rien ne sert de se lamenter, il faut essayer de recréer la possibilité d’y accéder par voie électronique. Ce travail est en cours avec l’aide de Mathias Dreyfuss et Jean-Claude Kuperminck, mais est très ralenti par la pandémie du Covid. Benoit Jordan (archives de la ville) vérifie que les documents utilisés par ZS pour réaliser une étude sur la révolution à Strasbourg ont bien disparus.Ceci nous donnera un argument de poids pour faire intervenir des politiques français.
A l’initiative de Norbert Schwab, nous avons acheté en vente aux enchères une registre de cimetière début XIXème siècle dont l’étude est en cours.
A l’intérieur, ou autour de la SHIAL, je souhaitais aussi créer des groupes ou des séances de travail s’intéressant à un sujet précis, pour lesquelles j’avais imaginé le nom des "rencontres avec l’histoire". Le covid a eu raison de cette initiative qui me parait à reprendre, surtout dans le cadre de nos nouveaux locaux

Je voudrais à ce point vous faire la liste des recherches que nous connaissons, ou avons aidé

  • Carla Heym nous a permis de faire d’énormes progrès dans la connaissance de la synagogue médiévale de Rouffach sans doute la mieux conservée du patrimoine juif médiéval français. Un article est en cours de préparation. Cette étude devrait être suivi d’une étude du Rouffach juif médiéval avec participations d’instituts spécialisés français et allemands. Les frais de séjour de Carla à Rouffach ont été pris en charge à notre demande par le Bnai Brith Hirschler.
  • Nicolas Laugel travaille sur la période qui suit l’armistice de 1945.
  • Paul Anthony travaille sur l’Alsace Bossue et les stolpersteine.
  • Angela Hanratty a fait une thèse à Dublin sur la cuisine juive américaine (delikatessen…). Elle en trace l’origine dans la cuisine française médiévale, transformée en cuisine plus germanique en Alsace ou fut inventé par exemple le "gehackteleber", puis réadaptée en Pologne.
  • Neuwiller-les-Saverne histoire du mur : Reste à faire une enquête sur la mémoire locale et quelques recherches d’archives, sans doute avec le concours de la SHASE
  • La transformation des synagogues de Haguenau, Mulhouse, Benfeld à la fin du XIXème siècle est étudiée par Fabien Baumann
  • Jean-François Lévy étudie le Rabbin Marx
  • Martine Silverstein étudie le Rabbin Brunschwig
  • Je travaille personnellement les installations juives du XVIIIème siècle. A première vue, les lieux de cultes étaient nombreux, et beaucoup sont plus ou moins conservés. De même il semble bien que seule la moitié des inhumations aient été faites dans les cimetières connus. Ce qui pose le problème des cimetières disparus, probablement très pauvres, petits et disséminés.

Communication
Notre communication doit avoir deux objectifs :

  1. Passer les connaissances. ; lutter contre les erreurs historiques et les préjugés. Il est consternant de continuer à lire, ou sous-entendre "les juifs sont arrivés en Alsace avec les Romains" ; "à la fin de la grande peste, les Juifs migrent dans les campagnes"; ou "de passage à Strasbourg, Benjamin de Tudèle…". Ce sont des fake news historiques ! Il n’y aprobablement jamais eu le moindre juif arrivé en Alsace avec les Romains, l’exode vers les campagnes commence après 1450 et s’intensifie après 1500 soit 150 ans après la grande peste, Benjamin de Tudèle n’a jamais été au nord du 45ème parallèle !
  2. Nous donner une notoriété, devenir des partenaires évidents pour tout travail sur l’histoire. Vous n’imaginez pas quelle a été ma déception et ma fureur quand j’ai appris de M Mangin que la région coorganisait un grand colloque, l’Eclat et l’Ecart et que la SHIAL es qualité n’était pas concernée. De même je n’ai appris l’existence du prochain colloque de Haguenau que par un mail du Pr Claude Muller. Ceci ne doit plus se reproduire. C’est grâce à cette notoriété restaurée que nous pourrons réussir nos objectifs, créer et être dans un réseau.
Avoir une communication efficace , à un coût raisonnable, économe en travail et permettant une certaine rapidité de réaction ne peut être atteint que par l’emploi de l’outil informatique. Ce recours à l’instrument informatique ne peut se faire qu’en partenariat étroit avec le site du judaïsme alsacien de Michel Rothé, politique que nous avons suivie.

Les actes des colloques ont été numérisés. Ils sont devenus accessibles à tous publics. Nous allons essayer de devenir un éditeur d’ouvrages "open source", en commençant par la thèse de Carole Wenner, qui est déjà accessible.

Notre société est de plus en plus éparpillée géographiquement. Le recours aux téléconférences ou le fonctionnement en mode hybride permettra aussi de maintenir le contact avec tous ceux qui s’intéressent au judaïsme alsacien mais vivent à Paris ou en Israël.
Enfin aujourd’hui, quel que soit notre sentiment, il faut être sur les réseaux sociaux. Grâce à Carole Wenner, nous sommes sur Instagram.

En conclusion, je pense qu’en trois ans, malgré la crise sanitaire, notre équipe a fait pénétrer la SHIAL dans le monde du 21ème siècle et est devenue plus dynamique. Je suis sûr que cette mue va se poursuivre, les conditions redevenant plus normales, pour le plus grand bien de notre recherche.

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