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Oecuménisme
ASSOCIATION ŒCUMÉNIQUE CHARLES-PÉGUY
Une association au service de la réconciliation entre juifs et chrétiens


L’Association Charles-Péguy de Strasbourg, qui fêtera en 2020 son trentième anniversaire, fut fondée par un groupe de chrétiens qui, répondant à l’appel de l’Eglise et convaincus de la nécessité de la réconciliation entre juifs et chrétiens, ont voulu mettre au service de leurs frères leur expérience de ce dialogue.

Présentation de l’Association Charles-Péguy
Jacqueline Cuche

L'Eglise et la Synagogue
reproduction au Musée de l'0euvre Notre-Dame à Strasbourg
Un nouveau regard
l’Association Charles-Péguy s’adresse prioritairement au peuple chrétien, celui des paroisses ou de tout autre rassemblement d’Église, qui, pendant des siècles, y reçut concernant le peuple juif et sa religion un enseignement que le grand historien juif Jules Isaac a désigné comme "l’enseignement du mépris" : rejet par Dieu de l’Israël infidèle et remplacé par l’Église ("théologie de la substitution", admirablement illustrée par les si belles statues de l’Église et de la Synagogue de notre cathédrale de Strasbourg…), vision négative du judaïsme et du peuple juif, opposition entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliances, etc.
Depuis plus de cinquante ans, un "enseignement de l’estime" a succédé dans l’Église à cet "enseignement du mépris", mais ce dernier a laissé çà et là des traces profondes : dans les mentalités chrétiennes, encore souvent imprégnées d’idées fausses, de préjugés et d’ignorance, mais aussi dans les mentalités juives, trop longtemps habituées à subir des chrétiens persécution, haine ou, au mieux, incompréhension.
Par ses activités, l’Association Charles-Péguy veut aider le chrétien à porter sur le "frère aîné" ce nouveau regard auquel nous convient nos Églises depuis le concile Vatican II et les grandes déclarations des Églises Protestantes : regard suscité par l’intérêt, le respect, le désir de découvrir - sans que soit nié ce qui nous sépare - ce qui nous unit, ce lien spirituel intérieur au mystère même de l’Église, comme l’affirmait en 1965 le décret conciliaire Nostra Aetate (début du §4).
C’est donc à un double travail de réflexion que sont appelés les chrétiens. D’une part une réflexion sur les racines juives de la foi chrétienne : découvrir dans le christianisme toute la part juive, héritée des origines, leur permettra de mieux connaître leur propre religion, par une meilleure connaissance de Jésus, le Juif, et une meilleure compréhension des Écritures, du premier comme du seconnd Testament, ce Livre écrit par des juifs et nourri de la tradition juive et du judaïsme hellénistique. D’autre part une réflexion sur le judaïsme en tant que tel, pour lui-même, qui permette aux chrétiens de découvrir les richesses de la tradition juive et la beauté du judaïsme lorsqu’il est vécu en profondeur.
Dans le cœur de ceux qui s’engagent dans cette double réflexion surgit alors la question essentielle : quelle est la vocation du peuple de la Première Alliance, "alliance qui n’a jamais été révoquée" (Jean-Paul II) puisque "les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance" Ssaint Paul) ? Quel est son rapport à la vocation de l’Église ? Quel sens profond peut avoir leur dialogue, pour eux mais aussi pour le monde ?

Une démarche de réconciliation
Ce nouveau regard posé par l’Église sur le peuple d’Israël est inséparable d’une connaissance de l’histoire des relations entre juifs et chrétiens durant ces deux millénaires, histoire compliquée et douloureuse, dont la mémoire juive est sortie profondément meurtrie et qui l’habite encore (je n’évoquerai ici que la seule accusation monstrueuse et absurde de "peuple déicide", qui a causé tant de souffrances au peuple juif et qui persiste encore dans certaines mentalités chrétiennes). Nous, chrétiens, ne pouvons vouloir rencontrer les juifs et ignorer cette mémoire juive. La réconciliation entre juifs et chrétiens ne peut faire l’économie d’une prise de conscience ni du poids de l’histoire (l’Église doit assumer son passé, et les Pasteurs de nos Églises nous en montrent l’exemple, au plus haut niveau) ni de la responsabilité chrétienne dans les souffrances séculaires du peuple juif. Telles sont les démarches que doivent accomplir les chrétiens, préalables à toute véritable rencontre entre l’Église et la Synagogue. Telles sont les conditions indispensables à toute réconciliation. L’histoire de leurs relations est telle que c’est bien au frère cadet de se mettre en route, le premier, vers le frère aîné, et sans attendre aussitôt de lui une réponse. Seuls la sincérité de la démarche et le temps, nécessaires à toute conversion des cœurs, des cœurs chrétiens comme des cœurs juifs, permettront une véritable réconciliation. Le reste appartient à Dieu.

Une démarche œcuménique
L’Association Charles-Péguy est une association œcuménique, où catholiques et protestants œuvrent ensemble à tous les niveaux. Cette caractéristique lui paraît de plus en plus essentielle, tant il est vrai que le dialogue avec les juifs favorise l’œcuménisme. En effet, en plaçant les chrétiens en face de leurs frères aînés du peuple d’Israël, il leur fait prendre une conscience plus vive de ce qui les unit dans la foi au Christ – et par conséquent du mal que représente leur division et de l’infidélité qui est la leur à la Parole du Christ ("qu’ils soient Un !"). En outre, en leur faisant découvrir toute la richesse qu’apporte la différence juive, il les rend plus sensibles à l’enrichissement mutuel qu’apportent aux chrétiens leurs propres différences et à se réjouir que, là encore, du mal puisse jaillir le bien.

Sur les pas de Péguy
Dans ses rapports avec les juifs, qui furent toujours nombreux dans son entourage, Charles Péguy, ce grand écrivain chrétien, peut être un modèle pour notre temps. Sa fréquentation quotidienne des juifs lui a permis de les comprendre et de pouvoir dire, dans son beau livre Notre Jeunesse : "Je connais bien ce peuple". Révolté par l’antisémitisme qui se déchaîna durant l’Affaire Dreyfus et par l’antijudaïsme de l’Église de son temps, habité par une sympathie profonde, Péguy a perçu la souffrance juive et en a été lui-même profondément ému. Ayant retrouvé la foi, non seulement il leur a conservé son amitié, mais c’est cette amitié qui a façonné, imprégné le regard de chrétien qu’il a alors porté sur eux et l’a à tout jamais gardé d’une vision négative du juif. C’est cette amitié qui lui a permis de voir en tout juif, quel qu’il soit, le fils du peuple élu, du "peuple des prophètes", comme il appelle si souvent Israël, avec un infini respect.
Cette attitude n’exclut pas la lucidité : il y a "d’énormes quantités d’imbéciles et en Israël et en chrétienté", constatait-t-il. Nous voulons nous mettre à l’école de Péguy et regarder nos frères aînés avec le même respect et la même exigence. Israël, peuple élu, est porteur d’une vocation qui le dépasse : proclamer dans le monde la sainteté de Dieu. L’Église a reçu le même appel. Hommes pécheurs, juifs et chrétiens, nous portons ce trésor "dans des vases d’argile", comme dit saint Paul. Saurons-nous mutuellement nous aider à donner le meilleur de nous-mêmes ? "Soyez de meilleurs chrétiens pour que nous soyons de meilleurs juifs", demandait un ami. Là est le vrai dialogue.

L’Association Charles-Péguy propose cours d’hébreu biblique, conférences publiques, journées et soirées d’étude, documentation et informations diverses (notamment par l’envoi régulier à ses adhérents d’une lettre-circulaire). Elle promeut le Dimanche du Judaïsme et toute démarche favorisant le rapprochement entre juifs et chrétiens.

ANNÉE 2019-2020

Étude de l'hébreu biblique
Cours d’hébreu biblique chez les sœurs de N.D. de Sion, 10 rue Erckmann-Chatrian, Strasbourg (tél 03 88 35 45 47) :.

Conférences publiques
Journée d'études
Dimanche 9 février 2020n 9h30-16h30 (sur inscription), avec repas cacher Paul de Tarse et les judéo-chrétiens au miroir du Talmud et des Évangiles - journée d'étude avec Dan Jaffé, Professeur à l’Université Bar-Ilan, Israël. Partenariat avec l’Amitié Judéo chrétienne de Strasbourg,
Centre communautaire Israélite de la Paix, 1A rue René Hisrchler, Strasbourg

Informations :
- Chez les sœurs de N.D. de Sion (tél : 03 88 35 45 47), où vous pouvez trouver renseignements et documentation, 10 rue Erckmann-Chatrian,
- ou au siège de l’Association (03 88 60 79 43 et jacqueline.cuche@gmail.com),
- ou auprès du pasteur Fabian Clavairoly, paroisse du Bouclier : clavairoly@lebouclier.com


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