
Ce musée ne ressemble à aucun autre. Par la muséographie
d'abord. Dès l'entrée, dans un décor de placette alsacienne,
un chandelier juif brûle à la fenêtre d'une maison à
colombages. Un étroit passage voûté donne accès
à une "rue des Juifs". Le vide intérieur de l'édifice
- les nazis en avaient fait une usine - a donné l'occasion d'une
architecture faite sur mesure pour s'adapter au programme : rampes et plateaux
s'enchaînent pour créer, par les couleurs, la lumière,
les perspectives, des ambiances changeantes, en fonction du thème
traité.
C'est dans une longue galerie ascendante que l'on suit les lents progrès
"de l'esclavage vers la liberté" de ces Juifs, serfs de
la couronne jusqu'à la Révolution française. Ailleurs,
une rue en pente bordée de boutiques instruit le visiteur sur le
progrès social au siècle dernier. Un tournant, une rotonde
sombre : la Shoah...A tout moment le bâtiment devient complice : à
l'évocation des modernes Amitiés Judéo-Chrétiennes,
l'oeil redécouvre, en plongeant dans une cheminée, une image
vue à l'entrée, celle du "bûcher de Strasbourg"
où, en 1349, deux mille Juifs périssent, brûlés
vifs - une façon de suggérer le chemin parcouru...
Dans des vitrines artisanales en bois, où voisinent des objets
manufacturés avec d'autres, plus émouvants, fabriqués
par des mains maladroites, certains objets vous tragiques, en relation avec
l'histoire mouvementée d'une communauté exclue des villes
et souvent errante sous l'Ancien Régime, décapitée
par la Terreur, touchée en 1872 par une émigration massive
vers la France lorsque l'Alsace devient allemande, chassée en 1940,
puis pourchassée...
Et voici qu'au fil des salles, ces ruraux misérables, colporteurs
ou chevillards, vivant au milieu de paysans pauvres, apparaissent comme
riches en traditions, en foi tranquille, en convivialité, en connaissances
bibliques, en espérance... Une leçon à méditer,
comme sont à méditer ces contrastes entre violences et longues
cohabitations amicales, entre actes de tolérance et actes d'intolérance.
Ce musée se veut outil de connaissance, mais avec un but militant
: faire connaître une culture, un patrimoine, pour inciter à
la sauvegarde. Une "salle des animations", sous d'étonnantes
poutraisons découvertes sous les plâtres, et une salle des
expositions temporaires sont là pour rendre
l'outil vivant.
Après une dizaine d'années de gestation, le
Musée Judéo-Alsacien de Bouxwiller s'est ouvert au public. Il
a connu immédiatement un succès dépassant toutes les
prévisions... Implanté au coeur d'un bourg pittoresque, porte
du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, il occupe le bâti
noble et classique de l'ancienne synagogue.En 1983, le lieu de culte abandonné
se trouve promis à la démolition, pour faire place à
un parking de supermarché ! Une association naît alors,
l'AMJAB, pour arrêter la pioche des démolisseurs. Elle propose
une solution positive, à réaliser en partenariat avec les pouvoirs
publics : la création d'un musée, retraçant l'histoire
et mettant en scène la culture des Juifs d'Alsace qui ont vécu
en symbiose avec leurs voisins chrétiens, pendant près d'un
millénaire.
Une autre originalité vient des créations réalisées
spécialement pour le musée par des artistes de haut niveau.
Le parcours est jalonné de mannequins aux têtes en fer tordu,
de maquettes en céramique reconstituant minutieusement, en trois dimensions,
des scènes de la vie quotidienne inspirées de gravures, de poupées
costumées, de maquettes d'architecture, de vidéo-films - dont
une curieuse "bande dessinée" dans laquelle un enfant de
11 ans raconte la sombre année 1940 .

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CONTACTS :
De Strasbourg, sortie Hochfelden - Bouxwiller. |
le musée judéo-alsacien
Grand-Rue - Ancienne Synagogue OUVERTURE AU PUBLIC Saison 2012 : du 6 mars au 14 novembre De janvier au 5 avril et à partir du 15 novembre : Fermetures exceptionnelles : Tarifs d'entrée : adultes 6 €, enfants de 8 à 15 ans 3 €. |
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