"Les juifs du monde entier devront constituer un fonds pour le rachat
du sol de la Palestine. Tout juif, jeune ou vieux, pauvre ou riche, devra
contribuer à ce Fonds National Juif ... La terre rédimée
sera la propriété inaliénable du Kéren Kayémeth
et ne sera pas revendue à des particuliers, mais affermée à
ceux qui la mettront en valeur pour une période n'excédant pas
49 ans." Ce projet, présenté au premier Congrès
Sioniste de Bâle convoqué par Théodore Herzl et ses amis
en 1897, s'est en partie réalisé (1).
Pendant les périodes ottomane et britannique, les terres vont être
achetées aux propriétaires arabes par le Kéren Kayémeth
Leisraël (Fonds National de reconstruction pour Israël). Le KKL
est, en effet créé en 1901 avec pour mission d'acquérir
des sols. Plus tard il sera chargé, en plus de l'achat des terres,
de l'afforestation, de la fertilisation des sols et du développement
rural.
L'idée du Fonds National juif fut lancée dès 1847 par
Rav Juda Alkalaï (1798-1878). Le mathématicien Hermann Schapira,
né à Erswilken en Lithuanie en 1840 poursuivit l'effort de Juda
Alkalaï et fit adopter le principe du KK. au 5ème Congrès
sioniste de Bâle (29 décembre 1901). Schapira croyait en effet,
que les terres devaient appartenir à leurs habitants, Le Fonds était
financé par des cotisations et les terres étaient louées
à bail aux colons.
Il faut rappeler que sa création se situait dans le contexte d'arrivée
de deux groupes d'immigrants en Palestine (première et deuxième
alyah). Les besoins étaient grands. En effet la première immigration
(1882-1903) est formée de 20 000 à 30 000 juifs d'Europe orientale
; Ces nouveaux agriculteurs, membres des Amants de Sion ('Hoveve Sion) et
des Bilouim veulent travailler les terres qu'ils achètent aux propriétaires
arabes mais manquent d'expérience. Les difficultés sont grandes
: les conditions climatiques défavorables, l'insécurité,
le prix élevé de la terre. Les colons lancent des appels auxquels
répondent et le Baron Edmond de Rothschild (avance de fonds, envoi
de techniciens) et le Kéren Kayémeth Leisraël dont le rôle
va s'intensifier lors de la deuxième alyah (1904-1914). Conséquence
des pogroms de 1903-905 et de la révolution russe manquée de
1905, cette immigration bien préparée idéologiquement
recrute des figures qui marqueront le destin du futur État d'Israël,
comme Itzhak Ben-Zvi (1884-1963) et David Ben Gourion (1886-1973) qui arrive
en Palestine à l'âge de 19 ans et sera au début ouvrier
agricole. Ces jeunes (35 000 à 40 000) fidèles à l'idéal
du travail physique régénérateur s'organisent, travaillent
la terre. C'est là qu'intervient le Kéren Kayémeth Leisraël
comme moteur central de l'achat des terres avec les fonds collectés
dans la diaspora. Les terrains acquis deviennent propriété nationale.
Ainsi, en 1911, sur des terres allouées par le KKL des pionniers créent
le premier kibboutz, Degania, sur les bords du Jourdain.

Nous nous proposons maintenant d'examiner le travail mis en oeuvre par le KKL en Alsace-Moselle en 1921 (4). Un commissaire local depuis le bureau de Strasbourg coordonnait l'action du Fonds National (5) qui pouvait compter sur le travail dévoué de plusieurs collaborateurs.
En 1920, environ 50% du total des rentrées provenaient d'une unique action : la Semaine de Palestine. Ce qui caractérisait le travail en 1921, c'était "la stabilisation des recettes, non par des donations uniques, irrégulières, mais bien par des dons souvent insignifiants, mais réguliers". Avant 1914 on était habitué à faire dans certaines circonstances un don plus ou moins élevé. Ainsi les revenus du K.K.L, n'étaient pas réguliers et fixes, soumis qu'ils étaient aux influences de la politique extérieure et des fluctuations de la vie économique. Cette situation s'expliquait tant qu'existaient les grands centres orientaux d'où affluaient la majorité des fonds destinés au KKL. La guerre avait supprimé ces ressources et le KKL s'était vu obligé de demander un effort continu et régulier. Il se trouve que depuis 1919, le bureau central du KKL fixe annuellement à chaque pays une sorte de contribution au budget, la quote-part régionale y est calculée d'après le nombre de familles juives y habitant. Ainsi le Comité Directeur du KKL a fixé comme budget pour l'année 1922 la somme de 25 millions de francs dont 150 000 francs reviennent à l'Est de la France. Cela signifie concrètement dans l'année acheter, assainir, défricher de la terre pour environ 700 familles. La part incombant à l'Alsace-Lorraine assurera ce travail pour cinq familles. Ceci étant, d'où proviennent les fonds collectés en Alsace-Lorraine en 1921 et comment se répartissent-ils ?
| Année | Nbre de troncs placés | % de la population juive possédant un tronc | nombre de troncs vidés | résultats en francs | % du total annuel fourni par les troncs | moyenneannuelle par tronc vidé en francs | placés |
| 1919 | 637 | 13 | 993 | 4570 | 13 | 4,50 | 717 |
| 1920 | 1399 | 28 | 1206 | 6900 | 9 | 5,72 | 494 |
| 1921 |
2097 |
42 | 3143 | 19330 | 30 | 6,15 | 922 |
Comme le souligne le tableau ci-dessus, le travail pour le tronc a été de beaucoup plus intense en 1921 qu'en 1920. Ainsi le total en 1920 de 6 900 francs monte en 1921 à 19 300 francs. De 9 % du total de 1920, les troncs en fournissent 30 en 1921 ! En outre à la fin 1921, le nombre des troncs placés dépassait 2000 (2097) répartis dans 104 communautés sur 150. 42 % de la population juive d'Alsace et de Lorraine possédait un tronc. En plus, il y avait fin 1921, trente-trois communautés où chaque maison juive avait son tronc du Fonds National Juif. Cependant si la moyenne par tronc vidé était en légère augmentation (6,15 F pour 1921 contre 5,72 F pour 1920), la question de la levée des troncs laissait à désirer. Au début de 1921, 1 400 troncs étaient placés. Si ces 1 400 troncs avaient été vidés quatre fois par an, c'est-à-dire tous les trois mois, alors on devrait avoir 5 600 troncs vides alors qu'il n'y en a que 3 143, en réalité seulement la moitié si on tient compte de ce que ce chiffre contient déjà une partie des troncs placés en 1921 même. Cela empire encore, quand nous étudions la fréquence des troncs vidés dans chaque localité. Il n'y a que six endroits où les troncs sont vidés trimestriellement, 14, trois fois par an, 32, deux fois par an, 37, une seule fois et dans 15 communes, les troncs n'ont pas même été vidés une seule fois ! Cela montrait donc qu'en 1921, le travail des troncs nécessitait un effort tant du point de vue du placement que de celui de la levée.
Ces deux catégories
de collecte montrent également des reculs sensibles (60 % pour le Livre
d'Or : 1920 = 6 101 F ; 1921 = 2 571 F. 25% pour les dons d'arbres : 1920 =
5 271 F ; 1921 = 3 967 F Cette baisse est peut-être à expliquer
par l'augmentation du prix d'un arbre de 10 à 15 F et par l'insuffisance
de la reconnaissance de l'importance du don d'arbres. En plantant un ou plusieurs
arbres au nom d'une personne, on lui a rendu hommage, mais on a aussi contribué
à assainir le pays en desséchant les marais et à préserver
ainsi la santé des émigrants. Les collaborateurs du KKL d'Alsace-Lorraine
sont poussés à rappeler pour faire progresser ce type de dons
qu'un couple se réjouira aussi bien de recevoir d'un ami un signe de
sympathie sous forme de diplôme sur X arbres plantés à son
nom, ou statuant son inscription au Livre d'Or, que la corbeille traditionnelle
de fleurs qui se fanent le lendemain. Un Bar-Mitzwah (jeune de 13 ans faisant
sa majorité religieuse) ne sera-t-il pas aussi heureux de se voir inscrit
au Livre d'Or par son oncle ou sa tante ou d'avoir X arbres plantés à
son nom que de recevoir un de ces cadeaux souvent inutiles, qui s'entassent
sur la table, et ne lui procurent pas, bien souvent, la joie espérée
?
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