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KKL
LE KEREN KAYEMETH LEISRAEL
en Alsace – Lorraine
entre les deux guerres : 1919-1939
par Raymond Heymann


La création du “FONDS PERPETUEL POUR ISRAEL” fut décidée au Congrès Sioniste de 1901 et sa diffusion en Allemagne est due à Herrmann Schapira, professeur de mathématiques réputé, son président avant la première guerre mondiale.

Le pionnier du KKL dans notre région est sans conteste Tobie Salomon, alors étudiant en chimie à Strasbourg. Dès 1919 il mobilisa les militants sionistes qui étaient groupés dans le “BLAU WEISS”, mouvement de jeunesse sioniste apolitique dirigé par de jeunes étudiants dont Edouard Bing futur Président de la Communauté de Strasboug, Schrameck et d'autres dont j'ai le regret d'ignorer les noms : né après la première guerre, mes souvenirs ont été glanés auprés de mes aînés une trentaine d'années plus tard.

J'ai su pourtant qu'Edouard Bing avait placé et vidé des troncs du KKL à Thionville avant et pendant la première guerre en relation avec le KKL d'Allemagne. C'est lui qui a procédé à l'ouverture solennelle du bureau du KKL à Strasbourg en 1923.
Au début des années 20, Strasbourg a vu arriver nombre d'étudiants roumains attirés par l'université, imprégnés d'idéal sioniste militant : ils ont donné aux élements locaux la fougue et le militantisme qui caractérisait le judaïsme d'Europe orientale.

A la même époque arrive à Paris un jeune militant sioniste russe d'Odessa, Joseph Fischer envoyé par l'Organisation Sioniste Mondiale pour implanter l'activité du KKL en France. Il est trop heureux de trouver à Strasbourg et dans l'Est, surtout à Metz, des militants bénévoles dont il pourra étoffer et soutenir l'activité.

C'est Joseph Fischer qui donnera son élan à un périodique juif qui se nommera La Terre Promise et deviendra l'organe du sionisme français avec l'aide active de Me André Blumel, plus tard secrétaire politique de Léon Blum. Celui-ci jouera un rôle discret mais décisif après la deuxième guerre mondiale lors de la lutte du jeune Israël pour son indépence avec tous les épisodes de "l'alya clandestine" en patrticulier celui de l'Exodus.

AlmanachAu cours des années 20 le scoutisme juif devient un élément important de la vie juive à Strasbourg. Ses chefs sont franchement amoureux de la Palestine juive, sionistes même, aussi les E.I prennent-ils une part importante dans l'activité du KKL sous l'impulsion de Chameau, Raymond May, Edmond Blum ce dernier avec le titre de “commissaire E.I. au KKL”

Andrée Sulzer de Gruessenheim, village à forte population juive près de Colmar, allait devenir Madame Tobie Salomon et marquer d'un sceau particulier l'activité du groupe sioniste et celle du KKL Son approche méthodique du travail, sa clairvoyance, son tact eurent une influence stimulante : "...moins de parlottes, des actes, des réalisations" prônait-elle.

L'activité du KKL s'étendait dans les villes et les campagnes des trois département d'Alsace-Lorraine, rares étaient les foyers juifs sans tronc bleu et blanc.

La présidence de la commission du KKL fut assurée pendant quelques années par Myrtil Bloch, professeur de mathématiques, et activement soutenue par toute une équipe de personnalités qui avaient puisé l'amour de Sion au cours de leurs études universitaires, généralement en Allemagne : médecins, juges, avocats, enseignants. Les énumérer serait risquer d'en omettre, il serait trop injuste pour autant de les laisser à l'oubli : Claire et Eugène Braunberger, Hyppolite Bloch, Prof.Dreyfus, Robert Lévy-Dreyfus, Léopold Metzger, Edgard Weill, Simon Weill, bénie soit leur mémoire, l'amour de Sion les animait très profondément..

Les années 30 voient une activité intense et diversifiée du KKL grâce aux Eclaireurs Israélites de France et aux militants cités plus haut : placement et relevé des troncs bleu et blancs qui symbolisent Eretz Israël dans la plupart des foyers juifs, fêtes de Tou-Bichevat, diffusion de la Terre Promise avec la relation des efforts et des réussites des 'haloutzim (pionniers) et des kiboutzim, des plantations d'orangers. Mais aussi la relation des troubles et de l'insécurité à partir de 1936, avec le développement du terrorisme arabe fomenté par le Grand Mufti.

1939, la guerre, Strasbourg est évacuée. Je ne possède aucune indication au sujet d'une activité du KKL dans les lieux de replis des strasbourgeois évacués : Limoges, Périgueux etc.
Mon premier contact "actif" avec le KKL se situe à Nice en 1943 durant les quelques mois où les juifs se trouvaient en dehors du temps et de la réalité. Cette région était sous occupation italienne, les Juifs y jouissaient de la protection des autorités militaires.

Joseph Fischer, déjà cité, était venu s'y réfugier et avait pris l'initiative de proposer aux EI et au Mouvement des Jeunesses Sionistes de “vendre des arbres à planter par le KKL en Palestine”, il se chargerait d'y faire transférer les sommes recueillies. Surréel ? Peut-être, c'est pourtant la réalité, j'ai “fait planter des arbres” comme mes camarades.

1945, le retour à Strasbourg sinistrée. Le Président Myrtil Bloch, déporté avec sa famille, ainsi que Léopold Metzger et combien d'autres militants martyrs, bénie soit leur mémoire.

Or le Yishouv avec ses 600.000 juifs devait faire face à l'accueil des survivants des camps de la mort, à l' "Alyah B", l'immigration illégale et clandestine, tenir tête aux agressions arabes, à l'hostilité à peine voilée de la puissance mandataire. Le Yishouv ployait sous la charge, il appelait à l'aide. Qui aurait pu y rester sourd ?

Dès leur retour à Strasbourg, Tobie et Andrée Salomon ont regroupé les militants qui avaient survécu à la tourmente et tenté d'amorcer la reprise de l'activité malgré les graves soucis matériels de chacun, soucis matériels souvent pesants, douleur et deuils, tant de proches et d'amis, de camarades de lutte disparus dans la tourmente.

Nous voici au terme la période à laquelle je n'ai pas été mêlé personnellement.

Les militants du KKL d'Alsace-Lorraine n'ont pas eu le bonheur de fouler le sol de la “Terre Promise” sauf pour de rares exceptions. Leur amour pour Eretz Israël était l'expression même de leur judéïté comme leur attachement aux traditions. Ils ont milité pour Sion de tout leur coeur. Israël et le peuple juif ont envers eux un devoir de mémoire impérissable. Béni soit leur souvenir.


kkl Le  judaisme alsacien Aujourd'hui
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