La Suisse israélite
Moïse GINSBURGER
Extrait de la revue SCIENCE ET SOUVENIR, Strasbourg n°2 février 1933 - n°3 mars 1933


De nombreux lecteurs suisses nous ont prié de faire pour la Suisse ce que nous faisons pour l'Alsace et la Lorraine, à savoir faire connaître l'origine et l'évolution des communautés, des familles, des institutions juives en Suisse.
Nous avons écrit, à ce sujet, à Monsieur le Président du Gerneindebund et à différentes autres personnalités et nous avons reçu de partout de bonnes réponses. Nous prions nos lecteurs de vouloir bien donner leur adhésion à notre Oeuvre et de nous mettre ainsi à même de continuer notre publication pour le plus grand bien du judaïsme. Nous commençons ci-après à donner un exposé succinct de

l'Histoire de la Communauté de Bâle au moyen-âge

Ainsi que nous l'avons démontré, dans une étude parue dans Basler Zeitschrift für Geschichte und Altertumskunde (Tome VIII fasc. II, 1909). les premiers établissements juifs de Bâle remontent à la seconde moitié du 12ème siècle. Nous supposons qu'ils avaient été fondés par des Juifs français venus en Alsace et en Suisse après les persécutions de la deuxième croisade.

C'est l'empereur d'Allemagne qui leur avait donné la permission de s'établir à Bâle.
Cela ressort, avec évidence, du fait que l'Evêque de Bâle ne recevait aucun droit de protection des Juifs. Ils payaient une Contribution à l'Empire, 40 Marks en 1241, de sorte qu'ils étaient des serfs de la Chambre fiscale (Kaiserliche Kammerknechte).
Il va sans dire que l'Empereur pouvait céder une partie ou le tout de cette contribution à l'Evêque, s'il le voulait. Rodolphe de Habsbourg, par exemple , donna 3000 Marks de la Contribution des Juifs des diocèses de Strasbourg et de Bâle à l'Evêque Henri de Bâle pour les services qu'il lui avait rendus à l'occasion de la guerre contre Ottokar de Bohême, en 1278.

C'est le Couvent de Saint-Léonard qui céda à ces premiers Juifs les terrains et les maisons nécessaires pour y demeurer.
Cela ressort d'une notice de l'Urbaire de Saint-Léonard de 1290, où il est dit que les Juifs payaient annuellement à Noël la somme de 35 schillings comme rente foncière pour la synagogue et les maisons d'habitation situées dans la paroisse de Saint-Léonard "in dem Rindermergte", sur le marché au bétail.

Le cimetière fut, sans doute, fondé plus tard seulement. Il était situé au lieu dit Arsclaf dans un terrain qui appartenait à la Fondation de Saint-Pierre.
Il est hors de doute que la Communauté avait à payer une rente et des redevances aussi pour le cimetière et les enterrements, mais les renseignements précis nous manquent complètement à ce propos,

Le couvent de Saint-Léonard recevait des Juifs de Bâle une rente foncière pour les terrains et les maisons qu'il leur avait cédés lors de leur établissement dans la ville, mais cette rente n'avait pas été payée, ni en 1290, ni dans années suivantes. Le couvent aurait donc pu actionner les Juifs. Il ne le fit pas. Il préféra s'arranger avec eux à l'amiable.

Le 17 mai 1293, le contrat suivant fut conclu entre Martinus, administrateur du couvent, et Joël Kaltwasser et Enslin, dit le rabbin de Neuenbourg, délégués des Juifs :
1) Le couvent renonça à l'encaissement de la rente foncière due par les Juifs.
2) Les Juifs avaient à payer trois livres et dix schillings?
3) Les mêmes Juifs promirent de payer au couvent annuellement un droit de résidence de 35 schillings à Noël aussi longtemps que le chiffre de leur population resterait le même, en cas de diminution ou d'augmentation le droit serait également diminué ou augmenté.
4) Les Juifs devaient prêter au couvent, pour une durée de six mois, sans intérêt mais contre un gage d'une valeur multiple, la somme de cinq livres.

Par ce contrat, la condition des Juifs vis-à-vis du couvent avait donc subi un changement en ce sens qu'ils ne payaient plus de rente foncière mais un droit de résidence, Je suppose que la cause de ce changement est à attribuer aux persécutions qui eurent lieu à cette époque et à l'émigration d'un grand nombre de Juifs sous la conduite du célèbre Rabbi Méïr de Rothenbourg. On sait que ce rabbin fut arrêté en Lombardie par l'empereur Rodolphe de Habsbourg et qu'il mourut à Ensisheim en 1293.

Les Juifs de Bâle étaient, sans doute  revenus dans leurs foyers et ne demandèrent pas mieux que de s'entendre, à nouveau, avec le couvent de Saint-Léonard même à des conditions moins favorables qu'auparavant, puisqu'ils avaient à payer maintenant une contribution pour chaque personne, tandis qu'avant leur départ ils avaient payé seulement pour chaque maison ou pour chaque terrain. Mais on vit bientôt que ce nouvel état de choses présentait, lui aussi, des inconvénients. Il était difficile de savoir exactement le nombre des Juifs établis à Bâle, puisqu'il s'agissait d'une population flottante, ce qui devait nécessairement amener des discussions sans nombre.

C'est pour ce motif qu'un nouvel accord fut conclu le 28 février 1329. L'ancien  système fut rétabli en partie du moins. Les Juifs avaient à payer 2 schillings pour chaque maison qui leur appartenait en propre, tandis qu'ils ne payaient qu'un schilling pour les maisons louées.

Pour la synagogue et les autres bâtiments du culte lis payaient 18 schillings. A la Saint-Martin de chaque année ils avaient à prêter au couvent la somme  de cinq livres  pour une durée de six mois. Cela prouve que la communauté juive était  considérée comme une collectivité juridique aussi bien qu'une collectivité religieuse

Page du Rabbin Moïse Ginsburger


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