BIONVILLE-sur-NIED
par Jean-Bernard LANG
page réalisée avec le concours de Pascal FAUSTINI


"En hommage aux Bionvillois de confession israélite exterminés à Auschwitz en 1944. Ils furent victimes d'une barbarie abjecte simplement parce qu'ils étaient de religion juive"                © Henri Schumann

La présence juive y est très ancienne, remontant à 1627 et 1633, dates auxquelles ils sont invités à résidence par les seigneurs. Ces derniers admettent des nouvelles familles en 1685 et en 1707, sans doute pour combler les pertes dues aux décès et aux départs.

Un cimetière est ouvert en 1757 mais il est probable que la synagogue, installée dans une maison particulière, y est bien antérieure, peut-être dès 1680. Elle serait alors avec celles de Metz et de Boulay la plus ancienne du département. Les juifs y sont bouchers, marchands de bestiaux et colporteurs, mais aussi prêteurs. Quelques familles s'installent un peu plus loin, à Guinglange et Léovillé (Vaudoncourt) puis à Courcelles-Chaussy et Les Etangs après la Révolution.

C'est une grosse communauté qui comprend 80 personnes en 1808 dont 56 sont issues de la même famille et portent le même patronyme : Jacob. Ils obtiennent assez facilement des patentes dans la période 1808-1818, ce qui montre un bon degré d'intégration (cinq refus sur vingt-cinq demandes).

La population juive, yiddischisante, se francise peu à peu au cours du siècle, les garçons d'abord dès 1830-1850, les filles plus tard (1850-1870). Une école juive fonctionne dès 1750 avec des maîtres venus le plus souvent d'Alsace. Elle continuera avec des instituteurs de langue allemande jusqu'en 1895 environ, puis disparaîtra faute d'élèves. En effet, à la fin du siècle, ne restent au village que des vieux et la vie communautaire est financée par des émigrés vivant à Paris et Nancy. Par contre, un de ses ministres officiants, Pinhas Kahlenberg, se rendra célèbre dans le milieu des 'hazanim pour sa contribution au renouvellement du rituel.

En 1936, il y demeure encore vingt israélites, dont le maire, Gaston Halphen. La communauté participe en effet activement à la vie municipale depuis au moins 1867, date à laquelle on compte deux conseillers municipaux juifs. A l'arrivée des Allemands, en juin 1940, le maire Halphen tentera de rester sur place malgré le danger que lui faisait courir sa religion pour préserver les intérêts de la population mais sera expulsé dès novembre avec elle.

La synagogue est brûlée, le village est repeuplé par des colons allemands qui profanent le cimetière juif. Dans les lieux où elles trouveront refuge, il se trouvera nombre de familles chrétiennes de Bionville qui auront à coeur de sauver, quand elles le pourront, les enfants de leurs concitoyens persécutés. Ainsi l'abbé Lagarde, aumônier des Petites Soeurs des Pauvres, reçut-il la Médaille des Justes de l'Institut Yad Vashem de Jérusalem.

En 1945, quatre ou cinq familles reviennent et réinstallent un office dans une maison. Pendant quelques années, il semblait inimaginable, tant était ancienne l'existence d'une communauté dans le village, qu'une synagogue ne fût pas reconstruite. Le consistoire avait fait une promesse dans ce sens, avait demandé à l'administration un permis de construire et débloqué en novembre 1959 1 500.000 francs. Mais dès 1961, la nécessité se fit sentir d'affecter ces sommes au cimetière plutôt qu'à une reconstruction de la synagogue dont le permis avait pourtant été délivré.

M. Moyal, 'hazan en titre, fut affecté à Sarrebourg et le culte cessa en 1960. Le terrain sur lequel s'était élevé la synagogue fut vendu en mai 1966. Le 18 octobre 1970, la communauté de Bionville fut supprimée et ses membres affectés à celle de Boulay. Elle était dirigée par M. Léon Halphen, puis par Marcel Halphen, lui même ancien maire, aujourd'hui encore maire honoraire et vibrant patriote (en novembre 1988, lors de l'installation du grand rabbin Guedj, il lui demandera son opinion quant au respect dû au drapeau tricolore lors des enterrements, ou plus tard, écrira longuement au consistoire à propos de la prière pour la République).

D'après Pierre Mendel qui a recueilli le témoignage de Mr. Halphen.


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