LUEMSCHWILLER
Le cimetière israélite de Luemschwiller

Présence israélite à Luemschwiller

Tombes du cimetière israélite de Luemschwiller - © M. Rothé
 
 
En son temps, une forte communauté israélite s'était installée au village, elle avait même une synagogue et une école pour leurs enfants, dont il reste des vestiges, car jadis les juifs n'avaient pas le droit de s'installer où bon leur semblait m is étaient tributaires du bon vouloir du seigneur du lieu

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Le village de Luemschwiller faisait partie en son temps de la Mairie de la Vallée, c'est à dire du Hundsbacher tal. En 1522, le village fut donné en fief à Jacques de Reinach-Steinbrunn et à son cousin Jean Berchthold de Reinach-Heidwiller par l'évêque de Bâle, Christophe d'Uttenheim, fief laissé vacant par la mort de Frédéric zu Rhein.

Les de Reinach construisirent une demeure seigneuriale à Luemschwiller, un château disent les gens, dont il ne reste que le lieu-dit "Schlossgarten" et l'appellation d'une rue, la rue des Seigneurs. Les de Reinach acceptaient que des gens d'autres confessions s'installent, après agrément, Sur leurs domaines, terres et villages.

Lors de la révolution française on comptait 190 israélites sur un total de 770 habitants.
Ce chiffre se modifia rapidement par suite de la libre circulation de tous les Français Sur le territoire national, en 1850 nous n'en trouvons plus que 70 Sur 836 habitants, en 1865 il n'en restait plus que 28 sur 722 habitants. Le nombre d'habitants à Luemschwiller ne cessa d'ailleurs de décroître, en 1910 il en restait 633, en 1930 plus que 564, en 1936 encore 549. Aujourd'hui, ce chiffre est remonté à environ 650, grâce aux nouveaux arrivants des lotissements créés à Luemschwiller aux "Allmendmatten".

Mais revenons à la population israélite de l'endroit. En dehors d'un lieu de culte, assez rare à cette époque, et d'une école, il disposaient aussi d'un cimetière leur appartenant.

Visite du cimetière

Ecoutons à ce sujet les propos de R. Charles Benner qu'il publia dans le Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse en juin-août 1930 sous le titre : Note sur la commune de Luemschwiller.
"... Un des anciens du village a bien voulu nous conduire jusqu'à ce cimetière israélite, qui est situé en pleine nature, n'étant entouré d'aucune sorte de clôture. On y accède par un mauvais chemin, qui serpente en montant à travers des vergers plantés de pommiers. Ce champ de repos est situé à environ deux cents mètres au dessus des dernières maisons du village, dans la direction du Sud-Est. Adossé à un bois, il est établi sur un talus à faible pente, dont la partie droite est envahie par des broussailles inextricables, tandis que le côté gauche est couvert d'herbes.

Chemin faisant, le vieillard qui nous conduisait nous a appris que ce cimetière avait été remis en état il y a environ un an et demi, que le terrain avait été alors débroussaillé et les pierres tombales redressées par les soins des communautés israélites d'Altkirch et de Saint-Louis.

Nous avons compté environ soixante-dix de ces pierres tombales, qui sont toutes revêtues exclusivement d'inscriptions en caractères hébraïques. Toutefois, d'après ce que nous avons pu constater, en tenant compte de la surface que couvre ce cimetière, il comprend un nombre de sépultures qui dépasse de loin celui des pierres tombales. Il est malaisé d'évaluer avec précision le nombre de ces tombes, étant donné l'état d'entretien actuel de ce cimetière dont une partie est de nouveau envahie par de jeunes robiniers, aux pousses très vigoureuses et aux épines redoutables, sans compter des ronces et d'autres buissons sauvages.

Cependant on peut estimer à un nombre qui oscillerait entre 250 et 300 le total des sépultures de ce cimetière, où vraisemblablement ont dû être inhumés des juifs des communes voisines de Luemschwiller outre ceux qui habitaient le village:

Les pierres tombales qui subsistent ont été taillées dans du grès rose gris ou jaune, car il est évident que celles en pierre calcaire n'ont pas pu résister aux intempéries des hivers.

Toutes les pierres tombales ont été aujourd'hui redressées ; certaines d'entre elles cependant, ont déjà pris de l'inclinaison ; leur hauteur au dessus du sol ne dépasse pas 1,30 m. quant aux formes de leurs frontons, elles sont assez variées et certains d'entre eux sont décorés de motifs de sculpture représentant des feuillages.

Seuls, des caractères hébraïques sont gravés Sur toutes ces pierres tombales, mais ils sont en général, assez effacés, soit par suite des alternances de pluies et de gelées que ces pierres ont eut à subir soit encore par l'envahissement des mousses ; enfincertaines lignes de caractères, tracées à la base des tombeaux, ont entièrement disparu, rongées par l'humidité qui monte du sol ...".

Le chemin qui conduit à ce cimetière s'appelle "Hudelenweg" et le nom du lieu-dit où il se trouve est "Daegelyrain". Ce chemin est toujours le même ; mauvaises herbes, buissons et arbustes envahissent toujours le cimetière. Environ quarante stèles funéraires sont encore debout, quelques unes gisent par terre en morceaux ; les textes gravés dans la pierre sont de plus en plus délavés. Au cours de cet hiver 1981-82 l'endroit a été nettoyé des ronces et arbustes, rendant un aspect plus digne et conforme à sa destination à ce champ de repos caché dans la forêt.

Monsieur le Rabbin Marc Meyer a bien voulu transcrire pour nous les textes hébraïques figurant sur deux stèles funéraires du cimetière, qui sont moins abimées que le reste des monuments. En voici la teneur :

"Femme de valeur et de vertu ... Kelah épouse de Horse, elle rendit l'âme et fut enterrée dimanche, le 10 Kislev, année (5) 633 selon le compte, que son âme repose en paix".

"Ci-gît la femme ... épouse de Mr. Jacob, elle est partie pour son monde le mercredi 12 Shevath l'année (5) 511 selon le compte, que son âme repose en paix".

Dans ces textes les mentions "selon le compte" et "que son âme repose en paix. sont indiquées par trois et cinq lettres sur les stèles, une abréviation commune.

En 1982, nous sommes en l'année 5741 de l'ère juive les dates de 571 et 633, sous entendu plus 5000 ans, correspondent donc aux années 1810 et 1872, années du décès de ces deux femmes dont nous n'avons d'ailleurs trouvé nulle trace dans les registres de la commune de Luemschwil1er.

Mais ceci ne doit pas étonner : chaque village ne possédait point de cimetière juif et il se peut fort bien qu'elles aient habité dans un des villages alentours comme Wa1heim ou Tagolsheim ou encore Obermorshwiller ou Steinbrunn-le-Haut.


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