Découverte de la gueniza de Horbourg-Wihr


Laurence Kaehlin et Jean-Philippe Strauel, qui ont découvert
la guenizah de Horbourg-Wihr

A la fin du mois d'août 2015, Laurence Kaehlin, adjointe au maire à la culture de Horbourg-Wihr, et Jean-Philippe Strauel, président de la Société d'histoire de la Hardt et du Ried (SHHR) ont effectué une visite à l'intérieur de la synagogue de Horbourg qui est désaffectée depuis bien longtemps.

Ils avaient entendu dire qu'une gueniza se trouvait dans le temple d'Horbourg, mais ils croyaient qu'elle avait été pillée de nombreuses années aupararavant (une gueniza est un dépôt rituel d'écrits et d'objets portant le nom de Dieu, qui ne peuvent être jetés ou détruits ; ils sont déposés dans une cache, dans l'attente d'un enterrement au cimetière).
Toutefois ils aperçoivent la page d'un ouvrage hébraïque coincée dans la trappe d'accès au grenier et ils montent donc dans les combles. Là, ils ont la surprise de découvrir "un amas de livres et de tissus, recouverts par une importante couche de fiente et des cadavres de pigeons momifiés, sur environ un tiers de la surface du grenier" : ils viennent de découvrir la gueniza.

Philippe Rogala, le maire de Horbourg-Wihr, décide alors de faire procéder au dégagement de l'ensemble de l'amas par mesure de sécurité, étant donné la vétusté du plancher mais aussi pour assurer la conservation et la protection de cet inestimable patrimoine. Attachés, les agents municipaux ont circulé sur les poutres et retiré les objets. Lors de cette mission, ils ont rempli 24 sacs de 50 litres.

La municipalité a informé de cette découverte la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et la communauté israélite de Horbourg-Wihr, représentée par Bernard Sulzer.

Une équipe, composée de membres de la Société d'histoire et d'archéologie de Horbourg-Wihr (ARCHIHW) et de la Société d'histoire de la Hardt et du Ried, s'est mise rapidement en place pour trier et inventorier la découverte, avec le concours de la Société d'histoire des Israélites d'Alsace et de Lorraine.

En février 2016 ce premier travail est achevé, et l'ensemble du dépôt a trouvé une place provisoire dans les archives de la commune où il est à la disposition des chercheurs. Une exposition improvisée est organisée dans la salle du conseil municipal, en présence de Yacov Fhima, grand rabbin du Haut-Rhin et d'Ivan Geismar, président d'honneur du Consistoire israélite.

C'est Claire Descomps, conservateur en chef du patrimoine (Service régional de l'inventaire du patrimoine culturel) qui dirige l'équipe chargée d'identifier les objets retrouvés : il s'agit de plus de cinq cents livres datant du 18ème au début du 20ème siècle (certains comportant des inscriptions manuscrites de leur propriétaire), le plus ancien recensé pour l'heure date de 1730. On trouve aussi des mappoth - bandelettes de tissu peintes et brodées utilisées lors de la circoncision (la plus ancienne datant de 1697 alors qu'aucun juif ne résidait encore à Horbourg). Il y a aussi des objets du culte israélite (essentiellement des tissus aux couleurs vives) et de la vie quotidienne, ainsi qu'un ensemble d'une dizaine de fanions aux couleurs de la France montrant le patriotisme de la communauté.



Un livre religieux datant de 1724
 
Détail de la mappa de 1697

L'un des éléments les plus émouvants est un poème de Léopold Lippmann rédigé en 1874. Cette famille, l'une des plus importante au 19ème siècle, est toujours présente à Horbourg-Wihr aujourd'hui. Ce livre est à moi
Comme le trône au roi
Horbourg est mon séjour
Dieu est mon amour
Celui qui veut savoir mon nom
Doit regarder dans ce petit rang

La commune de Horbourg-Wihr, sous la responsabilité de Laurence Kaehlin, projette la présentation au public de la découverte sous la forme d'une exposition, au mois d'octobre.
L'ensemble de la découverte fera l'objet d'une publication dans l'Annuaire numéro 28 de la Société d'histoire de la Hardt et du Ried, qui sera présentée lors de son assemblée générale le 8 octobre prochain à Horbourg-Wihr.

Il faut rappeler que la découverte de cette gueniza fait suite à celle de Dambach-la-Ville en 2013. On ne peut que se réjouir de voir que ces trésors de la culture juive alsacienne reviennent à la surface presque simultanément.

L'avenir de la synagogue de Horbourg

Tefilîn (lanières utilisées pour la prière du matin)
retrouvées dans la gueniza
410 âmes juives étaient recensées à Horbourg en 1851.
Leur nombre ne fera que diminuer par la suite. Elles seront 299 en 1875 et 206 en 1895.
Le déclin se poursuit au 20ème siècle : 134 juifs en 1910,60 en 1936.
Après la seconde guerre mondiale, il ne reste que très peu de familles issues de l’ancienne communauté. On compte 20 juifs en 1953.
Aujourd’hui, la communauté comprend moins de dix hommes, trop peu pour le maintien d'un culte (minyan).

"Même si la synagogue a été vendue à la commune, cela reste officiellement la propriété du consistoire, souligne le grand rabbin Fhima, qui reste néanmoins ouvert à une mise en valeur par la municipalité.
Quant au maire Philippe Rogala, il déclare : "La synagogue est un bâtiment communal avec une valeur historique et culturelle. Pour l’instant, il sert d’entrepôt pour du matériel scolaire récupéré gratuitement en Allemagne. Nous sommes en pleine réflexion sur son devenir. Il y a plusieurs possibilités pour son réaménagement, soit avec une destination culturelle – une salle d’exposition, de réunion –, soit en lien avec le groupe scolaire qui se trouve à côté."

Sources :
- L'Alsace, 19/02/2016
-
DNA, 17/02/2016


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