Hégenheim, berceau de VULCAIN , la marque de montre des Présidents américains.
MARVIN, JUVENIA et SOLVIL,
trois autres marques d'une même famille, les DITISCHEIM
par Christophe SANCHEZ
Extrait de HEGENHEIM BUSCHWILLER 2012
BULLETIN DU CERCLE D'HISTOIRE DE HEGENHEIM BUSCHWILLER


C'est à travers les montres CYMA que j'ai pu rassembler grâce à des articles sur internet (http://forumamontres.forumactif.com) , des recherches généalogiques, les différentes informations sur les montres Vulcain, Marvin, Juvenia et Solvil.
Le hasard m'a permis de faire le lien entre les deux familles Ditisheim fondatrices de ces marques. Ce rapprochement n'avait jusqu'aujourd'hui pas été fait par les différentes études existantes et met en valeur l'incroyable destinée des Ditisheim dans le monde de l'horlogerie suisse.

Bonne lecture dans l'univers passionnant des montres de luxe.

Le berceau des montres Vulcain

Maurice Ditisheim
Le 29 décembre 1831, Maurice Ditisheim est né dans le village de Fleurier dans le canton de Neuchâtel. Il est l'un des fils de Jacques Ditisheim né le 18 mai 1797 à Hégenheim et de Elise Elle Charlotte Bloch née dans le même village en 1801.
Les autres enfants du couple étaient Gaspard, Aron, David, et Rosalie.

La famille Diedesheim est originaire de la commune d'Allschwil, près de Bâle en Suisse. Elle émigre en 1694, à Hégenheim. Le nom Deidesheim se transforme alors au fil du temps en Diedisheim, Didisheim ou encore Ditisheim.

De cette famille nombreuse allaient naître deux dynasties d'horlogers, Ditisheim Frères fondée par Gaspard et la marque Vulcain fondée par Maurice.

De la Manufacture Maurice Ditisheim à Vulcain

C'est en 1858 que Maurice , alors marchand, quitte Hégenheim pour la Chaux-de-Fonds où il s'installe en tant que courtier en horlogerie alors que son frère pratique l'activité d'horloger réparateur. Il appelle son entreprise:
Manufacture Maurice Ditisheim.

En 1886, Maurice Ditisheim reprend l'ensemble de la fabrique horlogère à ses deux frères et un réseau de clients à l'étranger, d'abord en Europe puis aux Etats-Unis où les montres émaillées connaissent un grand succès.

En 1889 à l'exposition Universelle de Paris, le jury décerne un diplôme de médaille de bronze à Monsieur Ditisheim, pour sa montre à complication "la vallée de l'Arve" : un calibre 20 lignes finement décoré, avec heure/minute/seconde mais également les complications grande sonnerie, répétition heures, quarts et minutes, quantième perpétuel et phase de lune.

Vallée de l'Arve

Pour des raisons de santé, Maurice Ditisheim transmet les rênes de son entreprise à son jeune fils Ernest-Albert, alors âgé de seulement vingt ans.

Les montres en 1894 seront produites sous la marque Vulcain.

La Maison Ditisheim poursuit ainsi son développement autour de son solide savoir-faire : montres de poche à complications et décoration des boitiers à motifs émaillés.

A partir de 1919, dans ses tout nouveaux locaux installés à la Chaux-de-Fonds, la manufacture emploie une centaine d'ouvriers en mesure de fabriquer l'ensemble des composants et les ébauches de plusieurs calibres y compris pour les montres-bracelets dames.

1929 : nouveau prix pour la qualité de ses produits à l'Exposition universelle de Barcelone.

En 1947 le calibre cricket est une première mondiale

Parmi toutes les complications horlogères, la fonction réveil s'est révélée un cauchemar à miniaturiser pour une montre-bracelet : soucis de précision dus aux vibrations, assurer l'énergie nécessaire au mouvement et à la fonction réveil, trouver le moyen de diffuser le son tout en maintenant la montre étanche.

En 1942 Robert Ditisheim, ingénieur de formation, planche sur un mécanisme d'alarme réveil fiable. Il faudra cinq ans, plusieurs tests de principes de frappe des marteaux, de matériaux, etc., avant de présenter en 1947 le calibre 120 plus connu sous la dénomination "cricket" (grillon) relative au puissant son qui n'est pas sans rappeler le petit insecte.

Grâce à son double barillet, le calibre d'origine Vulcain Cricket 120 à remontage manuel est capable d'émettre une forte sonnerie de plus de vingt secondes amplifiée par sa caisse de résonance formée d'un double fond. Le principe d'un poussoir ajouté à la couronne habituelle, permet de commander toutes les fonctions de la montre (remontage des deux barillets, mise à l'heure, réveil, arrêt sonnerie).

Ce sera l'honneur de la manufacture Vulcain d'avoir doté l'horlogerie suisse de la première montre-bracelet-réveil qui sonne aussi fort qu'un réveil de grand format.

Les prémices du marketing

La marque s'associe à l'époque à quelques grandes équipes de football comme le Real de Madrid, champion d'Espagne en 1934 ou la Fiorentina en Italie.

Une Cricket atteindra la Cordillera Vilcabamba en 1952, au poignet de l'alpiniste Bernard Pierre.

En 1954 une expédition italienne gravit le K2 – 8611m, Vulcain au poignet. Puis le Gasherbrum (7980m) en 1958.

La montre des Présidents américains

Mais le grand succès de Vulcain est d'avoir associé sa marque aux plus grands Présidents des Etats-Unis d'Amérique. Dès son lancement, la Vulcain Cricket connaît un succès fulgurant Outre-Atlantique. Preuve de cette réussite, les plus éminents présidents ont porté fièrement une Cricket à leurs poignets : Harry Truman, Dwight Eisenhower, Richard Nixon, Lyndon Johnson.

Dans le respect de cette "tradition" maison, Barak Obama, recevra en mars 2009, sa Cricket Anniversary gravée de la mention "President of United States Nov. 4th 2008, Barak Obama".

Qui a offert la montre du Président ?

On pourrait croire qu'il s'agissait là d'initiatives savamment orchestrées par la Maison Vulcain pour assurer la promotion de leur production. Il n'en est rien.
La Cricket du Président Harry Truman, heureux homme qui s'était vu offrir quelques années auparavant une Universal Tri-Compax en or pour la signature des accords de Potsdam, lui a été offerte en 1952 par le Président du Syndicat des Photographes de la Maison Blanche. Peut-être pour ne pas oublier les séances de prise de vues.
Le général Dwight Eisenhower, qui signa dans les années 50 les accords protectionnistes limitant les importations de montres suisses aux Etats-Unis, en portait une qui se mit à sonner, un jour, lors d'une conférence de presse. "La Suisse s'est vengée" murmura-t-on au pays de Neuchâtel.
Lyndon Johnson a acheté lui-même sa Cricket lors d'un séjour à Genève et l'a fait réviser par Vulcain en 1964, ce qui valut à la Maison Chaux-de-Fonnière une chaleureuse lettre de remerciement.
Celle du Président Nixon lui fut remise par le Président des Importateurs de Montres aux USA.
Quant à celle de Ronald Reagan, elle lui a été offerte par l'agent finlandais de Vulcain lors d'un voyage du Président à Helsinki.
Reste en fait trois montres directement offertes par Revue-Thommen l'actuel propriétaire de la marque: l'une pour le Président Georges Bush et l'autre pour le Président Bill Clinton et la dernière pour Barack Obama.

1961 : La montre des profondeurs, la Nautical

Nouvelle prouesse de Vulcain qui lance sa Cricket Nautical, montre à la fois étanche à 300 m et à la sonnerie clairement audible sous l'eau grâce à son triple fond. Elle dispose également d'une indication claire des paliers de décompression. La lecture sous l'eau est assurée par un nouveau matériau fluorescent de l'époque : le tritium.

Le temps des changements

En 1961 il faut se rendre à l'évidence : la Manufacture Vulcain n'a plus la taille pour lutter seule face à la concurrence. Elle s'allie donc à 3 marques : Buser, Phenix et Revue au sein du nouveau groupe MSR (Manufacture d'horlogerie Suisse Réunie).
En 1980, MSR passera définitivement sous la coupe de Revue Thommen : la famille Straumann (Revue) en acquiert la majorité des actions.
Dès 1986, MSR décidera de se concentrer sur une seule marque, abandonnant la marque Vulcain au cadran.

La crise horlogère des années 80 aura raison de la marque Vulcain et les machines fabriquant les calibres Cricket végéteront jusqu'en 2001, abandonnées dans les locaux de la famille Straumann à Waldenburg.

2001 : La résurrection

Fin 2001, sous l'impulsion de son actuel C.E.O., Monsieur Bernard R. Fleury, la marque renaît de ses cendres au travers de la société PMH Production et Marketing Horloger au Locle, qui acquiert les droits d'exploitation ainsi que les outils de production du calibre réveil Cricket
En mars 2002 la renaissance devient réalité grâce à l'industrialisation du calibre Cricket de l'époque, appelé désormais V10.
En décembre 2009 enfin, la société PMH SA, rebaptisée depuis lors Manufacture des montres Vulcain, passe sous le contrôle d'Excellence Holding, un groupe suisse propriétaire de la prestigieuse chaîne de magasins Les Ambassadeurs.
Aujoud'hui la production de montre est de 5 000 pièces par an avec un prix de départ de 3 000 euros.

Marvin une autre marque fondée par les familles Ditisheim

Les trois filles de Maurice Ditisheim , Marthe, Elise et Jenny se marieront avec trois frères (Hippolyte, Henri-Albert, et Edgar) ayant le même patronyme et fonderont la fabrique de montre Albert Didisheim et frères du nom d'un des fils de Maurice.

La première génération : 1850-1891 – Marc et Emmanuel Didisheim

Marc Didisheim est né le 28 janvier 1820 à Hégenheim et son frère Emmanuel Didisheim est né le 30 juin 1827 dans le même village.
Ils sont les fils de Bernard Berle Didisheim né en 1794 à Hégenheim et décédé à Saint-Imier en 1867 et de Marie-Anne Woog née en 1797 à Buschwiller et décédée en 1857.
Marc et Emmanuel Didisheim sont les pères fondateurs du comptoir d'horlogerie Didisheim à Saint-Imier en 1850 dans le canton de Berne.Très vite, ils se répartissent les rôles, Emmanuel s'occupe de la partie horlogère, Marc se réserve l'aspect commercial. Une des grandes raisons de leur succès, outre la fiabilité immédiate de leur production, réside dans leur croyance en la mécanisation de l'horlogerie. Dès 1854, ils construisent un atelier qui s'étendra rapidement pour faire face à l'afflux des commandes.

Marc et Emmanuel Ditisheim

La deuxième génération : 1891-1917- Henri-Albert, Charles, Edgar, Hyppolite et Bernard.

En 1891, les fils de Marc prennent la succession, Emmanuel n'ayant pas d'enfant. Là encore la répartition des rôles est claire. Henri-Albert, secondé brièvement par ses frères Charles et Edgar donne ses lettres de noblesse à l'entreprise familiale. C'est sous son "règne" que la marque Marvin est déposée (1893), s'implante à la Chaux-de-Fonds (1894), devient une manufacture (1912).
C'est un autre fils de Marc, Hyppolite, aidé de son frère Bernard qui internationalise la marque. Il débarque à New-York le 2 octobre 1893, après avoir voyagé, avec sa femme et sa fille sur le bateau "La Bretagne", parti du Havre. Les registres d'Ellis Island le présentent comme un importateur, résidant aux Etats-Unis. Sur place, il se rend à l'Exposition universelle de Chicago, la World's Columbian Exposition, qui célèbre le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
Les modèles de la fabrique Albert Didisheim et Frères y sont remarqués. Conscient des débouchés qu'offre le marché américain en plein essor et en attente de montres de qualité suisse, Hyppolite ouvre une boutique à New-York. Une publicité de l'époque assure que les mouvements conviennent à tous les boîtiers de montre américains.
Il profitera de cet engouement pour importer les montres-bracelets de la Chaux-de-Fonds dont les clients américains sont friands et dont l'industrie horlogère américaine n'a pas mesuré l'ampleur.

La troisième génération : 1917-1945 – Marc , René et Jean

La fin de la première guerre mondiale voit une nouvelle génération de Didisheim arriver à la tête de la manufacture. En 1917, Marc, René et Jean prennent la succession de leur père Henri Albert. Ils font prospérer la manufacture, l'une des plus importantes de la Chaux-de-Fonds en 1918. Ils développent plus encore la mécanisation de la fabrication.
Fidèles à la tradition familiale, ils se répartissent les rôles : Marc et Jean s'occupent de l'aspect commercial, Jean part ainsi pour des voyages commerciaux qui peuvent durer six mois. René s'occupe du management et de la technique. René et Jean ont une fibre sociale développée : ils créent un fonds de prévoyance qui permet à l'ouvrier malade de toucher la moitié de son salaire pendant 300 jours, puis une caisse de retraite qui complètera le versement de l'assurance vieillesse.
Lors de la seconde guerre mondiale, Marc part pour les Etats-Unis, avant de revenir mourir à la Chaux-de-Fonds à 102 ans, Jean décède en 1944, et René s'éteint en 1966.

La quatrième génération: 1945-1973 – Pierre et Jean

Tyre Watch
Ce dernier avait préparé sa succession, en faisant rentrer son fils Pierre en 1939, et son neveu Raymond, fils de Jean, en 1946. Respectueux de la coutume familiale du partage des rôles, Pierre, prend en charge le commercial et Raymond le management. Ils sauront s'entourer d'un très bon directeur technique et ce triumvirat fera perdurer la réputation de Marvin jusqu'à l'arrivée massive du quartz dans l'horlogerie.

En 1950, lors du centenaire de la marque, Marvin est présent dans plus de 60 pays et pour ces 120 années d'existence, Marvin arrive au chiffre de 7 millions de montres vendues dans le monde.
Pendant ces années, Pierre devint l'ami de Fangio le coureur automobile et créa une montre célèbre la Tyre Watch. Cette montre sera aussi dans les années 1950 portée par les hôtesses et les stewards des compagnies aériennes KLM et Air France.
Conscients des défis à relever face à cette révolution horlogère, Pierre et Raymond décident alors de s'allier avec le groupe MSR.(Manufactures d'Horlogerie Suisses Réunies S.A.).

Aujourd'hui

A forte dominante masculine, la nouvelle collection est lancée en cette fin d'année 2007 dans une quinzaine de pays, principalement asiatiques et moyen-orientaux, mais aussi en Suisse, en Russie, en Grèce et en Turquie. D'autres marchés, notamment européens, suivront en 2008. Puis viendra le tour des Etats-Unis. En 2009, Sébastien Loeb devient le nouvel ambassadeur de la marque avec des modèles plus sportifs.

Sébastien Loeb

 

Juvenia, une autre marque célèbre d'un horloger de Hégenheim, Jacques Didisheim.

Le frère de Marc et d'Emmanuel Didisheim, Jacques né en 1834 à Hégenheim est aussi horloger.
En 1850, il va s'établir d'abord à Genève, puis en 1860 il créé un atelier de fabrication de montre dans la ville de Saint-Imier. Atelier qu'il a appelé "Juvenia" d'après le nom de jeune fille de sa femme Juvenia Goldschmidt.
Étant un pionnier avec l'imagination d'un visionnaire et une passion pour le succès, dès 1882 Jacques a été s'établir à la Chaux-de-Fonds où il a constaté qu'un environnement idéal a permis à ses idées innovatrices et créatrices de prospérer.

Jacques Didisheim décéde en 1889
En 1988 Juvenia sera reprise par Asia Commercial.

Solvil, Une autre marque de la famille Ditisheim fondée par Paul Ditisheim.

Paul est le petit-fils de Maurice Ditisheim et le fils de Gaspard Ditisheim.
Paul Ditisheim est né en 1868 à La Chaux-de-Fond . Il a étudié à l'école d'horlogerie de La Chaux-de- Fonds et a reçu son diplôme à l'âge de 13 ans. Il a ensuite été formé par plusieurs des fabricants de montres majeurs et a travaillé à la fabrication Vulcain de sa famille jusqu'en 1892 où il fonde sa propre marque : Solvil (dont les articles étaient souvent signés Paul Ditisheim) et Titus (dont les éléments étaient généralement marqués séparément).

Paul Ditisheim a contribué au développement de la nouvelle génération de chronomètres, à les améliorer grandement grâce à ses études sur l'impact de la pression atmosphérique et des champs magnétiques .
Il est fait chevalier de la légion d'honneur en 1900.
Grâce à ses inventions, il a été en mesure de fabriquer les chronomètres les plus précis jamais réalisés. Il a également travaillé en étroite collaboration avec le Prix Nobel de Physique Charles-Edouard Guillaume et a été considéré comme le père des chronomètres modernes. Il suffit de rappeler qu'il obtenait déjà en 1912 le "record chronométrique mondial" à l'Observatoire Royal de Kew (Londres) et que, depuis, la marque a conservé dans les grandes compétitions chronométriques un rang envié.

En 1917, malade, il transforme son entreprise en société anonyme (Fabrique Solvil à Sonvilier) et se consacre à ses recherches. A Paris, de 1925 à 1935, il crée des lubrifiants de synthèse avec l'ingénieur chimiste Paul Woog.
En 1930, Paul Ditisheim cède les marques Titus et Solvil à l'industriel Vogel marié à l'héritière de la célèbre famille Eberard.
Il se réfugie à Nice pendant la guerre, où il poursuit des études historiques, et finit ses jours à Genève. en 1945.
Solvil et Titus présentent en 1962, après douze ans de recherches, la pendulette la plus moderne du monde de l'époque, entièrement électronique s'appelant "Soltronic". Cette pendulette ne comporte aucune pièce mobile et est exposée à "Montres et Bijoux" en 1962, à la Foire de Bâle en 1963, et est publiée dans le Journal suisse d'Horlogerie de la même année. Aujourd'hui, Solvil et Titus font partie du Groupe Stelux de Hong Kong, propriété de M. Joseph Wong.


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