Les pavés de la mémoire (Stolpersteine)
30 août 2020


Lucas et Baptiste ont scellé les Stolpersteine sur la voie publique
Quatre pavés de la mémoire (Stolpersteine) ont été posés dimanche 30 août 2020 en hommage à quatre habitants juifs de Grussenheim, déportés et victimes du nazisme. Ces pavés en béton, surmontés d'une plaque en laiton frappée du nom des victimes, ont été scellés sur la voie publique, à l'endroit où résidaient ces juifs, qui habitaient encore le village en 1939.

Cette action a été menée à bien grâce à l'association des Amis d'Annette, présidée par Christophe Haberkorn et la Société d'Histoire de la Hardt et du Ried, présidée par Jean-Philippe Strauel. C'est ce dernier qui a accueilli le public, parmi lequel la ministre Brigitte Klinkert ex-présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, Eric Straumann, député et maire de Colmar, les élus de Grussenheim et environs, le Dr. Elie Cohen, président du Consistoire Israélite du Haut-Rhin, Bernard Sulzer, responsable des Amis du cimetière israélite de Grussenheim, les familles des victimes, les "veilleurs de mémoire", Sylvain Sutter et Thomas Sutter, gardiens bénévoles du cimetière israélite de Grussenheim.

En raison des règles sanitaires le nombre des invitations avait été restreint à cinquante participanntss, et contre toute attente malgré une pluie incessante toute la journée ce sont  80 personnes qui étaient présentes, pour la plus grande partie des habitants du village. Par leur présence, ils ont voulu montrer leur attachement à la mémoire et la lutte contre l'oubli. Trois Stolpersteine avaient été posés plus tôt dans la journée en raison de la pluie, et c'est le dernier qui a été placé pendant la cérémonie.
Baptiste Jeagli et Lucas Keusch, des jeunes du village, très attachés à son histoire, ont procédé à la pose des Stolpersteine.

"Pendant la guerre 29 juifs de notre village sont arrêtés un peu partout en France et déportés ou exécutés par les nazis. Comme, eux, Simone Veil, plusieurs fois ministre et présidente du parlement européen, a été déportée à Auschwitz en avril 1944. Elle aura sans le savoir, accompagné quatre de ses lointains cousins de Grussenheim, dans le convoi 71. En effet, Isaac Wormser, son arrière-arrière-arrière-grand-père est né à Grussenheim", a déclaré J-Ph. Strauel. Puis il a lu le témoignage de Simone Veil qui permet d'imaginer le calvaire qu'auront vécu les déportés au départ de Drancy.
Avant la pose des Stolpersteine, il a repris le message que Simone Veil a adressé aux générations futures : "Luttez contre l'intolérance".

Le Dr. Elie Cohen, président du Consistoire Israélite du Haut-Rhin, a remercié les acteurs de cet hommage en rappelant que la grand-mère de son épouse avait passé son enfance et adolescence à Grussenheim. "Tout acte exige l'oubli, mais l'oubli mène à l'exil, la mémoire est le secret de la délivrance" a-t-il conclu.

Pour Brigitte Klinkert, "ces Stolpersteine, visibles dans nos rues, sur lesquels on trébuche doivent nous interpeller au quotidien"

La biographie de chaque victime a été lue devant chacun des Stolpersteine, deux roses, une rouge et une blanche ont été déposées par trois petits Alsaciens

Qui étaient-ils ?
PAULINE SAMUEL, (dite Berthe) (1884-1944) est morte à Auschwitz à 59 ans. Elle résidait avec son époux Justin Gerst, à l'angle de la me de la 2e Division Blindée et de la rue d'Alsace. Berthe est arrêtée en mars 1944 à Raon-l'Étape et internée à Drancy le 29 mars 1944, d'où elle déportée à Auschwitz par le convoi numéro 71 le 13 avril 1944 et assassinée le 18 avril 1944. Son matricule d'internement est le 17966. LÉON BLOCH (1898-1944) est mort à Auschwitz à 46 ans. Il a vécu à l'actuel 35 rue des Vosges, il avait épousé Sara Ach à Mackenheim. Arrêté le 6 janvier 1944 et interné au Fort Montluc à Lyon. Il est transféré à Drancy le 20 janvier 1944, d'où il est déporté à Auschwitz par le convoi numéro 67 le 3 février 1944 et assassiné le 8 février 1944. Son matricule d'internement était le 11778. Sa sœur Marthe a également été déportée.

NATHALIE WEIL (1867-1944) est morte à Auschwitz à 76 ans. Dite Nanette, elle est née à Berne en Suisse, elle épouse Henri Schwed, avec qui elle s'installe à Grussenheim, dans la maison qui était située au nord de la propriété du 21 des Vosges. Elle est arrêtée le 26 mars 1943 et internée à Epinal, d'où elle est transférée à Ecrouves le 6 avril 1943. Elle est déportée à Auschwitz par le convoi numéro 71 le 13 avril 1944. Elle y est assassinée le 18 avril 1944. Elle est la mère d'Estelle et de Fernande, toutes deux déportées par le convoi numéro 57 avec leur famille. EMILE HEIMENDINGER (1882-1944) est mort à Auschwitz à 61 ans. Il résidait 15 rue des Vosges avec son épouse Estelle Andrée Bloch, il a été président de la communauté israélite de Grussenheim de 1929 à 1939. Il est arrêté le 12 février 1944 à Igney dans les Vosges puis interné à Ecrouves le 2 mars 1944. Il est ensuite interné à Drancy le 1er avril 1944, d'où il est déporté à Auschwitz par le convoi numéro 71, le 13 avril 1944, avec le matricule 18391. Il y est assassiné le 20 avril 1944. Son épouse a été déportée avec lui et a survécu à l'enfer de la déportation. Le frère d'Émile, Arthur, est également mort en déportation.


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