BUSCHWILLER

Une synagogue a été construite en 1790. Elle est représentée sur un mizra'h, un dessin à la gouache datant de la fin du 18ème siècle (dépôt de la scoiété d'Histoire des israélites d'Alsace et de Lorraine). En 1870, des travaux de réparation y ont été effectués. La communauté a disparu entre 1900 et 1920. Une yeshiva (école talmudique) a été inaugurée à Buschwiller en 1970 (et fermée en 1990).

Buschwiller
Une communauté juive aux portes de Bâle
Dr. Peter STEIN avec la collaboration de Léa ROGG
Extrait de HEGENHEIM BUSCHWILLER
BULLETIN DU CERCLE D'HISTOIRE DE HEGENHEIM BUSCHWILLER

C'est au crépuscule du 17ème siècle, après la guerre de trente ans, que s'installe aux portes de la ville de Bâle, une forte communauté juive.
Buschwiller, petit village situé alors à 1,5 km de Hégenheim et à 5 km de Bâle, bien propre des Reich de Reichenstein, seigneurs des lieux, abrita durant plus de trois siècles une importante population juive.
Une Mappe (bandeau pour la Torah, fait des langes dans lesquels on enveloppe le nouveau-né lors de la circoncision), témoigne en premier de la présence juive au village. Elle remonte à l'an 1684 et nous signale la brith milah (circoncision d'un garçon).
En 1693, la famille de Gabriel Borach s'établit à Buschwiller. C'est la première fois, qu'on a connaissance d'un nom de famille juif.

Evolution de la population

En 1694, l'évêque de Bâle, Wilhelm Jacob Rink, expulsa par décret du 3 juillet 1694 les Juifs d' Allschwil, d'Oberwil et de Schönenbuch.
Dans un délai de trois mois, 23 chefs de familles, 170 personnes en tout, démunis de leurs biens, quittèrent leurs domiciles afin de se réfugier dans les communes limitrophes du Sundgau. Cette expulsion provoqua un accroissement considérable de la population juive de Buschwiller et alentours.

En 1716, la communauté juive de Buschwiller compta 16 familles et au dénombrement général de 1784, le nombre de Juifs fut de 201, se répartissant en 38 familles.
La communauté fut administrée par M. Joseph Dreyfus; le maître d'école s'appelait Joseph Aron.
Les patronymes les plus fréquents furent Schwob et Wog ou Wag, plus tard ce dernier patronyme changea en Woog.

Enseigne de boucherie juive de 1755,
trouvée au n°1 de la rue des Vosges.
L'antisémitisme

Durant les émeutes provoquées par la Révolution de 1789, les paysans, débiteurs insolvables (les sommes dues au prêteurs juifs excédaient souvent la valeur de leurs biens), s'en prirent à la population juive et mirent à sac toutes leurs maisons.
La ville de Bâle donna refuge à 708 personnes juives de notre contrée, dont 103 personnes de Buschwiller (parmi lesquelles 61 pauvres).
Le 4 août 1789, le maître d'école de Buschwiller, formula une prière pour la ville de Bâle, en signe de remerciements.

Au début de l'année 1848, de nouvelles insurrections du même ordre éclatèrent (Judenrumpel), avec des conséquences similaires à celles de 1789.
Le 12 mars 1848, le ministre Crémieux écrit une lettre au préfet du Haut-Rhin, dans laquelle il déplore ces persécutions contre les Juifs, et pose la question suivante : "Quelle est donc cette haine sauvage dans un pays si éminemment français ?".
Le Gouvernement eut beaucoup de mal à rétablir l'ordre, et après cette deuxième émeute, le nombre de la population juive décrut rapidement.

L'émancipation de 1791, la création de caisses à caractères mutuelles et l'invasion prussienne de 1870, contribuèrent à l'émigration vers les cités urbaines, vers la Suisse.

Au début de ce 20e siècle, la communauté juive de Buschwiller comptait juste encore une dizaine de membres.
Les anciens se souviennent volontiers du dernier Juif, J. Schwob, boucher-charcutier de métier, dénommé communément  "Fohlen Jacky".

Les institutions de la communauté

La synagogue

BuschwillerElle a été construite en 1790. Ses dimensions sont estimées à 11 x 6 m. Elle est représentée sur un Mizrah, tableau attaché au mur "Est", indiquant l'orientation vers Jérusalem pour la prière.

Un dessin gouaché datant de la fin du 18ème siècle est reproduit ci-joint. Il représente un Juif en costume du 18ème siècle, portant "Lulav et Etrog" (branche de palmier et fruit de cédrat) pour la fête de Soukoth.

En mai 1868, la communauté obtint de feu Nathan Woog, une petite fortune estimée à 200 F. Ce legs fut probablement utilisé en 1870, pour des travaux de réparation de la synagogue.

En mars 1908, suite à l'émigration juive, la synagogue fut vendue aux enchères publiques.
Son nouvel acquéreur, Laurent Cron, la fit démolir. Le seul vestige encore visible de nos jours, est un escalier à la hauteur du n°3 de la rue du Soleil, en face de l'entrée du restaurant "A la Couronne".

Le cimetière israélite de Hégenheim

Les Juifs de Buschwiller ensevelissaient leurs défunts au cimetière de Hégenheim qui date de 1673.
Le premier enterrement en provenance de Buschwiller est documenté en 1715.
En 1730, treize familles de Buschwiller possédaient le droit d'ensevelissement, et en 1862, Raphaël Woog faisait partie du conseil administratif.
En 1891, eurent lieu les deux derniers enterrements en provenance de Buschwiller.

Memorbuch

Le Mémoire, commencé en 1758, par Elchanan Bar Nathan, chantre de la communauté, originaire de la ville de Springen en Franconie, fut déposé par le rabbin Dr Schiller, auprès de la "Gesellschaft für die Geschichte der Israeliten im Elsass-Lothringen" en 1908.

L'institut Messilath Yesharim (Voie de la rectitude)

Cet institut d'études juives, situé sur les hauteurs, entre Hégenheim, Hagenthal et Buschwiller, fut inauguré le 3 juin 1970, sous la présidence du grand rabbin de France, Jacob Kaplan.
Après la guerre des six jours, en été 1967, une grande partie des jeunes Juifs quitte les pays du Maghreb et cherche asile en Israël, France et une minorité au Canada.
L'institut Messilath Yesharim, sous l'égide du rabbin Marc Meyer de St-Louis, accueillit une vingtaine de ces jeunes et se chargea de leur formation.
Cet institut ferma ses portes au printemps 1990.

Deux personnes éminentes

Samuel Woog - un négociant de pierres précieuses

En 1860, Samuel Woog, originaire de Buschwiller, s'expatria en Amérique.
C'est sous le nom de Charles Rubens qu'il fit fortune à New-York dans le négoce de pierres précieuses.
En 1875, donc seulement une quinzaine d'années après, il regagna la France pour s'installer à Paris, avenue d'Alma.
Il mourut sans postérité en 1906.
Après maintes procédures et revendications, son immense fortune, estimée alors à 8 millions de dollars, fut partagée dans les années 1950 entre ses héritiers.

Edgar Woog - un communiste éminent

Edgar Woog, né le 24 avril 1898 à Liestal (canton de. Bâle-Campagne), fils de Woog Heinrich et Juliette née Braunschweig, fut le chef du département d'information du Komintern à Moscou, dans les années 1924/25.
En 1925, il devint membre de la commission internationale de contrôle, et en 1928, secrétaire du bureau de l'Europe occidentale à Berlin.
Cosmopolite et polyglotte, sa mission le porta en Espagne où il fut arrêté et incarcéré à Barcelone en 1931/32.
En 1935, de retour en Suisse, il devint trésorier central du Parti Communiste, plus tard vice-président.
En 1942, condamné à une peine de prison de six mois pour propagande communiste, il continua à lutter contre l'injustice en faisant la grève de la faim.
En 1946, il dirigea en tant que membre du conseil exécutif de la ville de Zürich, le département des travaux publics.
Suite à de misérables intrigues, il fut inculpé à nouveau, puis suspendu de ses charges gouvernementales le 18 octobre 1947. La classe bourgeoise n'avait pu tolérer un communiste au pouvoir.
Pourtant le courage et la dignité d'Edgar Woog, ne furent pas brisés pour autant, et en 1949, le voilà secrétaire général du Parti, plus tard, président de la commission centrale de contrôle.
Il quitta sa charge vu son âge à la fin de l'année 1968. Il décéda à Zürich le 20 juin 1973.

Juifs de Buschwiller à Bâle

Dans le rapport de Joseph Socin, maire de petit Bâle (rive droite du Rhin), il est question de Samuel Weyl, un escroc bien connu de Buschwiller.
Le 14 février 1710, il jura de payer sa dette à Jacob Ewig dans les quinze jours. Comme il manqua à sa parole, Ewig arrêta le cheval de Weyl et ce dernier fut contraint par les autorités à payer une amende de 10 livres.

En 1835, un des premiers Juifs qui résidait à Bâle fut Abraham Woog, Schneidergasse 1755, commerçant en montres et laine.

Bâle-Campagne

En 1852, Samuel Woog obtint avec beaucoup de mal, la permission de séjourner à condition de demeurer seul, sans sa famille.
Apparemment, ses fils ne suivirent pas cet ordre à la lettre, puisque le canton de Bâle-Campagne leur infligea une amende pour une visite trop étendue.
Malgré l'intervention de l'ambassadeur de France, Marquis Turgot, auprès du Conseil fédéral suisse, le gouvernement de Bâle-Campagne resta sans indulgence et maintint ses sévères restrictions.

Peter Stein est docteur en droit et avocat.
Il est domicilié à Bâle.

Sources
Recensement de la population juive de Buschwiller

AnnéesNbre de famillesNbre de personnes
16892 
171616 
172517* 
176636 
178438201
1804 142
1831 162
1848 118
1865 98
1871 61
1880 46
1890 17
1905  9

* Le 2 juin 1725, 17 chefs de familles étaient domiciliés à Buschwiller :
depuis 30 ansJeglin Schwob
depuis 9 ans Hirtz Schwob
depuis 2 ans Aaron Schwob
depuis 32 ans Gabriel Borach
depuis 30 ans Aaron Schwob
depuis 21 ans Samuel Weil
depuis 28 ans Gombel Bloch
depuis 26 ans Abraham Wag
depuis 21 ans Mathias Dreyfus
depuis 21 ans Abraham Weil
depuis 25 ans Fisel Wag
depuis 20 ans Abraham Blotz
depuis 21 ans Moïse Nordeman
depuis 17 ans Meyer Bloch
depuis 12 ans David Wog
depuis 11 ans Joseph Wog
depuis 22 ans Lebmanlin Wog
(Les Juifs dans le baillage de Ferrette en 1725, Arch. Dép. du Territoire de Belfort, transcription BERGHA 43, p. 813, janvier 1989).

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