QUE SONT DEVENUS LES JUIFS DE SCHIRRHOFFEN ?
Marie-Anne Rébecca STORA née METZLER
marie-anne.stora@wanadoo.fr

Depuis quelques années, j'effectue un travail de recherche sur l'histoire de la communauté juive de Schirrhoffen, village situé entre Haguenau et Soufflenheim et limitrophe de Schirrhein dont je suis originaire.

La particularité de ce village est qu'au cours du 19ème siècle, la population juive était plus nombreuse que la population chrétienne. Ainsi en 1864, sur 628 habitants de ce village, 427 étaient juifs. De 1844 à 1907, cinq maires juifs se sont succédés: Raphaël Lévy, Léon Weill, Abraham Weill, Simon Heymann et Salomon Kahn.
Le village était alors doté d'une synagogue inaugurée en 1818, d'une école juive avec deux salles de classe fondée en 1844, et en 1881 fut érigé un cimetière juif.

Cependant la démographie juive du village s'est modifiée au fil des années: à la suite de la guerre de 1870 et jusqu'à la veille de la première guerre mondiale, la population juive de Schirrhoffen a diminué de moitié.
Il semble en effet que pour ces juifs qui, pour la plupart, avaient quitté l'Allemagne pour rejoindre la France des droits de l'homme, le retour de l'Alsace dans le giron allemand constituait une menace pour leur citoyenneté.

En 1936, quelques années avant la deuxième guerre mondiale, 38 juifs demeuraient encore à Schirrhoffen à proximité de la synagogue, alors que l'école juive perdait son identité pour devenir l'école des filles du village, accueillant une majorité d'enfants chrétiens.

Que reste-t-il de l'histoire et de l'identité de cette communauté aujourd'hui disparue?

Et en particulier, que sont devenus les juifs qui vécurent à Schirrhoffen peu avant la guerre de 1939-1945 ?

Aujourd'hui à Schirrhoffen, il n'y a plus de traces de la synagogue et une maison d'habitation a été construite sur son emplacement.
De l'école juive, reconvertie en maison d'habitation, il ne reste que la trace de la mézouza sur le linteau en grès rose de la porte d'entrée. Et trois lettres en hébreu gravées sur la cime de la maison. Demeure le cimetière juif en bordure du village qui concentra toutes mes interrogations à propos de l'existence de cette communauté lorsque j'étais enfant. Ses portes me semblaient à jamais refermées sur l'histoire de ces juifs qu'un épais silence avait recouvert. Mon désir de savoir ce que ces juifs de Schirrhoffen étaient devenus, m'a conduite à m'adresser au consistoire israélite de Strasbourg.

Le consistoire m'a fait parvenir l'extrait du mémorial des déportés du Bas-Rhin, dans lequel figurait une liste de 27 noms de juifs ayant vécu à Schirrhoffen à la veille de la seconde guerre mondiale. Parmi ces noms figurait celui de Sylvain Kahn. C'est Claude Kahn, son neveu, qui m'ouvrit les portes du cimetière et me permit d'accéder à ses archives personnelles ainsi qu'à de nouvelles sources de recherches.

L'idée de retrouver l'identité des juifs de Schirrhoffen s'imposait à moi progressivement. Restituer à travers eux l'histoire et l'identité de cette communauté, passait désormais par la recherche des noms manquants à la liste qui m'avait été transmise auparavant par le consistoire.

Au fil des recherches et avec le concours précieux de quelques témoins parmi lesquels des survivants partie intégrante de ces juifs de Schirrhoffen, une dizaine de noms sortirent du silence et de l'oubli.
Ces juifs de Schirrhoffen ont pour la plupart d'entre eux été assassinés par le régime nazi.
20 hommes, femmes et enfants ont été déportés et exterminés à Auschwitz.
Parmi eux :

Une femme a été déportée et assassinée à Sobibor. Il s'agit de Céline WEILL, sœur de Hélène METZ née WEILL, née le 12 mai 1894 à Schirrhoffen, âgée de 51 ans au moment où elle fut déportée par le convoi n°53, le 27 mars 1943.

Deux hommes âgés ont été assassinés au camp de Drancy. Il s'agit de:

Un jeune homme a été déporté et assassiné à Mathausen-Gusen en Autriche.
Il s'agit de Roger KAHN, fils de Sylvain et de Suzanne, né le 24 janvier 1926 à Schirrhoffen, âgé de 18 ans au moment où il fut déporté.

Deux hommes ont été fusillés, il s'agit de :

Deux adolescents et une adolescente ont survécu à leur déportation et sont revenus d'Auschwitz. Il s'agit de :Denise KAHN, fille de Sylvain et Suzanne, née le 21 octobre 1927 à Schirrhoffen, âgée de 17 ans au moment où elle fut déportée par le convoi n°70, le 27 mars 1944. Elle vit actuellement en Hollande.

Seuls huit hommes, femmes et enfants ont échappé à la déportation en se réfugiant dans différentes régions françaises.

La famille MAÏER, s'était établie en un premier temps à Fribourg en Allemagne. Cette famille composée de six membres a vécu à Schirrhoffen à partir de 1933 jusqu'en 1939 puis s'est réfugiée en Touraine et par la suite, pendant l'occupation allemande, dans d'autres régions françaises, sous de fausses identités :

Hermance RUFF et son fils René RUFF habitaient à Schirrhoffen avant la deuxième guerre mondiale. Ils sont parvenus à s'enfuir de Schirrhoffen en juin 1940. Ce sont les seuls à être revenus vivre dans le village après la guerre. René est décédé en 1981 et Hermance en 1986. Leurs corps reposent au cimetière juif de Schirrhoffen.

C'est en hommage à ces personnes assassinées par le régime nazi, uniquement parce ce qu'elles étaient juives et afin de restituer aux survivants et à leurs descendants une part de leur histoire, que je voudrais poursuivre ce travail en proposant aux autorités de la région Alsace, la pose d'une stèle commémorative à Schirrhoffen sur laquelle les noms des disparus seraient gravés.
  Marie-Anne Rébecca STORA née METZLER
Antony (92) le 4 juin 2006

Des dons pour l'entretien du cimetière peuvent être adressés à Claude KAHN compte cimetière, 18 rue de Wolfisheim 67201 ECKBOLSHEIM


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