INAUGURATION DU CIMETIÈRE DE SCHIRHOFFEN
par Elie SCHEID
Extrait de l'UNIVERS ISRAELITE, n°5, 1881


Schirhoffen, patrie de M. Alexandre Weill, et si bien dépeint par lui, était, au 16ème et jusqu'à la fin du 17ème siècle, fief des Niedheimer von Wasenburg. Comme Schirrhein, il était tributaire du magistrat de Haguenau. En 1692, Schirhoffen fut séparé de son voisin du Rieth par le marquis de Lagrange, intendant royal d'Alsace, et de ce jour n'eut plus de compte à rendre au Stadtrath de Haguenau. Ses habitants furent alors soumis aux lois qui régissaient leurs compatriotes vivant dans les terres et seigneuries du district de la noblesse de la basse Alsace.

Jusqu'à la fin du 17ème siècle, et encore au commencement du 18ème les Israélites, qui devaient plus tard fonder la communauté dont nous voulons entretenir nos lecteurs, y brillaient par leur absence. Sous les Niedheimer, aucun d'eux n'eut le privilège d'y prendre pied. Les pères de ceux que nous y trouverons sous peu étaient répandus dans les villages de Beinheim, Runzenheim, Sessenheim et Soufflenheim, le long du Rhin (quatre villages privés de juifs aujourd'hui).

Ce ne fut qu'en 1723 qu'un sieur Lazare Élie eut le premier l'autorisation de venir s'établir à Schirhoffen. Peu à peu ses coreligionnaires des environs sollicitèrent et obtinrent des autorités supérieures la permission de venir y résider à leur tour. En 1725 y accoururent trois nouveaux pères de famille. C'est ainsi que s'accrut ce premier petit noyau, au point de compter au recensement officiel de 1784 vingt-sept familles avec cent vingt-sept âmes. Aujourd'hui nous y voyons près de quatre-vingt-dix feux.

Dès l'abord, Schirhoffen fut admis à venir enterrer ses morts au cimetière israélite de Haguenau, en versant, par personne décédée, 10 schillings dans la caisse municipale. Ce droit tomba à la Révolution française. Mais la communauté israélite de Haguenau, qui devait pourvoir à toutes les dépenses qu'occasionne un lieu de sépulture d'une certaine étendue, frappa d'un tribut annuel chacun des villages intéressés.

Il y a deux ans environ, la commission de salubrité publique à Strasbourg, trouvant qu'il y avait danger à faire passer des cadavres à travers des centres habités, invita les diverses grandes communautés à se pourvoir chacune d'un champ de repos. Auparavant déjà, Brumath, qui était tributaire d'Ettendorf, s'érigea un cimetière de ses propres deniers. Bientôt après, grâce aux largesses de leurs conseils municipaux, Hatten et Soultz eurent le leur, et aujourd'hui, à son tour, Schirhoffen inaugure sa nécropole.

Les communautés de Strasbourg, Haguenau et Bischwiller y contribuèrent largement, et du montant de ces souscriptions fut acheté le terrain. (Donnons, en passant, une mention spéciale à Bischwiller, dont le premier magistrat se mit noblement à la tête du mouvement qui animait les voisins de Schirhoffen, et y aida de sa bourse et de son influence.)

La communauté de Schirhoffen, de son côté, parvint à réunir 2,000 francs (y compris 200 francs, don gracieux de Mme la baronne de Rothschild de Paris) pour l'érection du mur d'enceinte. Le cimetière est fermé par une splendide porte à deux battants, en fer, avec grillage.
Vers dix heures du matin, les invités affluent de toutes parts. On se réunit an temple, ou  se fait une quête au profit des pauvres. M. Lazarus, originaire de Schirhoffen, où il avait succédé comme rabbin à son père זצ''ל , et qui exerce aujourd'hui les mêmes fonctions à Westhoffen, appelle l'attention de ses coreligionnaires sur les devoirs que leur impose leur nouvelle situation.

A onze heures et demie le cortège sort de la synagogue dans l'ordre suivant : les enfants de l'école, accompagnés de l'instituteur, suivis du ministre officiant avec son chœur; puis MM. le grand rabbin de Strasbourg, les rabbins de Haguenau, Westhoffen, Schirhoffen, le sous-préfet de Haguenau, le maire et quelques notables de Bischwiller (le maire de Haguenau, parti en voyage, s'était fait excuser), puis enfin, les invités, le conseil municipal et toute la communauté, ainsi qu'un grand nombre d'habitants catholiques.

Ah ! si Stoecker eût pu contempler cet édifiant spectacle !

Au seuil du cimetière, le ministre officiant, M. Metzger, de Bischheim, jeune homme de grand mérite, fit entendre de sa voix suave quelques phrases du psaume 118, choisies pour la circonstance. Ensuite M. le grand rabbin de Strasbourg eut l'honneur d'ouvrir officiellement la porte du saint lieu. Et dans le même ordre, on fit le tour du champ de repos, avec un arrêt à chaque angle et la récitation successive des psaumes 16, 20, 23,39. Alors, du haut d'une estrade érigée pour la circonstance, des paroles éloquentes tombèrent tour à tour des lèvres de MM. le grand rabbin et le rabbin de Schirhoffen. Après ces deux discours, pendant lesquels nous avons vu couler bien des larmes d'attendrissement, M. le grand rabbin fit clore la cérémonie par le chant de la fin du psaume 115.

Un dîner officiel chez M. le maire, président de la communauté israélite, termina cette fête de famille.
La journée du 21 octobre, date de la consécration, marquera dans les fastes de la communauté de Schirhoffen.


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