SCHARRACHBERGHEIM

Souvenirs et impression de ma visite à la vieille Synagogue
de Scharrachbergheim (Bas-Rhin)
par Camille BLOCH
Extrait du Bulletin de nos Communautés
Traduit de l'allemand par Philippe SZPIRGLAS

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Dix-huit ans s'étaient enfuis depuis la dernière fois que j'étais allé dans cet endroit, il brillait encore alors de toute sa splendeur passée, une fois encore, on avait allumé les anciennes lampes en laiton , pour la fête d'adieu à mon pieux père décédé, qui, ici, pendant plus de soixante neuf ans, avait exercé comme "schaliah zibur".

Le rabbin Joseph Bloch prononça le discours funéraire et le "El mole rochamim" fut chanté avec émotion. Maintenant, il me fallait revoir cette ancienne synagogue, qui, pour moi, rappelait tant d'évènements de ma jeunesse, heureux mais tristes aussi. Quelle amertume, quelle mélancolie étreignirent mon coeur quand je pénétrai dans ce lieu, petit, saint, où, autrefois, quotidiennement, les hommes pieux, respectueux de dieu, venaient adresser leurs prières avant d'aller commencer leur journée de travail, où, les shabath et les jours de fêtes, ils nous distribuaient leurs bénédictions paternelles et où, nous, enfants, nous nous inclinions humblement devant eux. Jamais je n'oublierai cette nuit de "tischa be av", quand, assis sur le sol de ce lieu plongé dans une semi obscurité, les chants plaintifs dans la "gelusnacht" sont sortis comme des pleurs dont la tonalité déchirait le coeur.

Hugo Elkan : procession de Simhath Torah
Combien ai-je été saisi quand je pensais à ces jours de "slichot" quand, avant le lever du jour, les belles mélodies traditionnelles retentissaient dans le levant du petit matin d ‘automne. Puis, quand arrivaient les "iomim nauroim", ces jours qui imposent le respect, que les "balebatim" , enveloppés dans leurs "sargeness" , adressaient au Tout-Puissant leurs prières avec une grande ferveur, quelle expérience était-ce, qu'aucun temple fastueux de la grande ville n'aurait pu nous offrir. Cette joie, véridique et intime, de Simhat Thora, la danse avec les rouleaux de la Torah dans les bras ne disparaîtra jamais de mon souvenir, mais, à ces jours heureux de la Loi se mêle également une goutte d'amertume, quand le "hazan entonnait les sons élégiaques du "oz bikshow" et quand il criait "way way" d'une voix voilée par le deuil. Comment, enfants dans la cour de l'école, nous écoutions avec attention les histoires captivantes de nos pères, comment ils nous dépeignaient la vie et les actions des grands hommes comme le rabbi Mordechai (Westhoffen) ou bien le Reb Jochanan(Obernai), connu comme kabbaliste. Ensuite, ils nous parlaient de la guerre de 1870, à laquelle la plupart d'entre eux prit part comme combattants actifs, et exprimaient leur irréductible amour pour la France.

C'est à l'ombre de ces souvenirs que je pénétrai dans ce saint lieu. Ah ! dans quel état ais-je dû te revoir, vieil édifice bien-aimé, lumière de ma jeunesse ; je n'eus pas honte de mes larmes quand je te revis, dévastée, ravagée, servant des buts profanes, impies. Sur toi aussi, la "jeunesse nazie" a imprimé sa marque. Alors, seulement, m'est apparue toute la justesse des propos du prophète : "ah comme elle gît, si seule, si abandonnée..." (Lamentations 1:1). L'armoire sainte, où reposaient les rouleaux de la Torah, que nous gardions comme un joyau, était remplie d'outils, de "l'almenor" il n'y avait plus une trace, déménagés les bancs et les pupitres. Les lampes et la magnifique couronne de lampes gisaient sur le sol fracassées, éparses ; démolie, la merveilleuse ménorah, seule l'inscription en hébreu avec les "asseres hadibraus" était intacte et se dressait, debout, comme pour dire : "vous pouvez détruire les corps et le matériel, mais l'esprit, jamais et jamais plus".

Comme je me languissais de ces jours heureux de mon enfance, combien désirais-je que revienne et nous emporte cet esprit, qui autrefois nous animait, que nous puissions retourner aux sources originelles, et nous attacher à nouveau à ce qui nous avait été enseigné dans l'enfance, alors seulement, l'accomplissement de la mitzva donnait à nos pères caractère et force et c'était l'étoile qui les guidait dans les situations les plus difficiles de leur vie, et quand nous retrouverions cette "simcho chel mitzvo" et "emunas chachomim" alors renaîtrait aussi notre force vitale et notre être retrouverait son juste but et lui donnerait sa vraie consécration.

Je ressentis une sorte soulagement spirituel quand je montais sur le tertre du vénérable "bes-hakweraus" à Westhoffen, pas épargné non plus par la main nazie et estimais heureux, tous ceux qui reposaient leur sommeil éternel, que leur est été épargnée l'incommensurable douleur de ces dernières années .


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