Nouvelle vitrine "Suivre la trace des synagogues" au musée du château des Rohan à Saverne
d'après l'article des Dernières Nouvelles d'Alsace, 23 août 2018


Alain Kahn, président de la communauté israélite de Saverne, devant la nouvelle vitrine permanente exposée au musée de Saverne. En haut, imposant, le pahohet (rideau d'armoire sainte). Photo DNA
Il reste, selon Alain Kahn, une vingtaine de membres de la communauté israélite à Saverne. Celui qui est leur porte-parole veut aujourd’hui témoigner d’une longue histoire, à laquelle une vitrine est désormais consacrée au musée du château des Rohan.

D’un modeste lieu de culte aménagé dans une maison du Judenhof – l’ancien quartier juif, jadis ouvert exprès par l’évêché, correspond aujourd’hui aux environs de l’Îlot du Moulin et de la rue de l’Ancienne-Synagogue – à la synagogue actuelle construite hors les limites du quartier, la présence juive à Saverne s’inscrit dans l’architecture de la ville. À travers son édifice le plus emblématique, c’est l’occasion de raconter le destin d’une communauté qui a marqué les usages et le paysage.

400 personnes à la fin du 19ème siècle

La nourriture, la langue (le judéo-alsacien), les objets et lieux de culte: la campagne alsacienne est profondément marquée par les traces de l’histoire juive. À Saverne, la plus visible est aujourd’hui la grande synagogue de la rue du 19-Novembre, inaugurée en 1900 devant une foule importante, témoignant d’une période faste de la communauté.
Depuis la Révolution, les juifs sont autorisés à exercer tous les métiers et à résider où ils le souhaitent. À Saverne, ceux qui ne pouvaient être auparavant que marchands de bestiaux ou colporteurs peuvent désormais avoir pignon sur rue, et investir d’autres professions.
À partir de 1870, alors que l’Allemagne faisait montre de bienveillance, on retrouve "beaucoup de commerçants juifs dans la Grand-rue", explique Alain Kahn, président de la communauté israélite de Saverne. Une communauté de 400 personnes est à cette époque installée à Saverne, incluant "beaucoup de juifs allemands venus à Saverne, du pays de Bade en particulier". Un sommet qui ne sera plus jamais atteint.
L’histoire juive à Saverne avait commencé officiellement en 1622, même si on en retrouve "des traces avant la Guerre de Trente Ans", des documents laissant à penser qu’une population restreinte s’y serait établie aussi tôt qu’en 1339. L’année 1632 marque ensuite "la première utilisation du cimetière à l’endroit actuel".
Quatre ans plus tard, le premier lieu de culte sera installé "dans une maison du Judenhof". Il faudra 100 ans avant qu’un premier rabbin soit nommé, et "depuis il y a toujours eu un rabbin à Saverne". À partir de 1779, une centaine de personnes assiste à l’ouverture de la première vraie synagogue, rue de l’Ancienne-Synagogue.
Vient ensuite 1791 et la création du premier marché aux bestiaux à Saverne, qui conforte le pouvoir d’attraction de la cité. Quinze ans plus tard, la population juive s’établit à 250 personnes. Les limites du quartier s’avérant restreintes, à quoi s’ajoutait aussi la volonté des membres de la communauté de sortir du Judenhof, ceux-ci s’éparpilleront bientôt dans toute la ville.
En 1835, la synagogue est agrandie et embellie, mais l’édifice emblématique est incendié en 1850. Cinquante ans plus tard, la grande synagogue est inaugurée à l’emplacement actuel, hors du Judenhof, le 3septembre 1900.
Puis vient le 2àème siècle et ses guerres. Celle de 1914-8 cause la mort au combat de 12 soldats juifs savernois. Celle de 1939-45, on le sait, sera bien pire. À Saverne, dès les premiers mois de la guerre, "toute la communauté (elle comptait alors 200 juifs, ndlr) a été expulsée" hors d’Alsace.

"Il y aura des travaux de toiture à réaliser"

Inauguration de la vitrine permanente sur l'histoire des synagogues successives de Saverne au château des Rohan avec les interventions chaleureuses du Grand Rabbin Harold Weill et du maire de Saverne Stéphane Leyenberger en présence d'une cinquantaine de personnes
Certains avaient pris les devants, comme la famille du père d’Alain Kahn : "Avec ses parents, ils étaient déjà partis par leurs propres moyens". Ce qui ne leur a pas permis d’échapper au pire: de Lyon, où il se trouvait, son père a été déporté à Auschwitz.
Triste analogie du sort de la communauté, la synagogue a été "complètement défigurée en 1943", les nazis ayant fait abattre la tour et son "oignon" pour transformer l’édifice en atelier.
Celui-ci retrouvera sa splendeur en 1950, grâce à une centaine de rescapés rentrés chez eux après la fin des hostilités. La synagogue a toutefois été "réduite de moitié par rapport à sa capacité, parce qu’il n’y avait pas assez de monde".
Suit une période de lent déclin, dû notamment à une population vieillissante, les jeunes se laissant séduire par les attraits des villes, où ils trouvent plus de facilités notamment pour l’exercice du culte. Malgré tout, "jusque dans les années 1990, indique Alain Kahn, on arrivait à avoir des offices réguliers".
L’enfant de Saverne, où il a longtemps habité, a aussi emménagé à Strasbourg, ce qui ne l’empêche pas de toujours "se battre pour maintenir le patrimoine". Car même si la synagogue est encore en bon état général, "il faudra bientôt des moyens. Par exemple, il y aura des travaux de toiture à réaliser."
Au-delà de l’édifice en lui-même, Alain Kahn tient surtout à "garder le témoignage de l’apport des Juifs à Saverne". Une histoire dont il a patiemment reconstitué le fil, ces dernières années. Et qui trouve aujourd’hui sa place au musée du château des Rohan, dans une nouvelle vitrine permanente où l’on découvre des photos anciennes, un rouleau de Torah et un rappel historique. Et aussi ce très beau pahohet, imposant rideau d’armoire sainte offert par la famille Segal-Lévy à la communauté en 1749.

Suite à l’inauguration de cette vitrine, qui a eu lieu le 2 septembre 2018 lors de la Journée Européenne de la Culture Juive en présence d'Harold Weill, grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, à l’occasion de laquelle le public a été invité à des visites et des concerts, on peut dire que l’histoire juive fait son entrée officielle dans l’histoire savernoise. Pour Alain Kahn, le symbole est important. Il s’agit de "garder une trace de cette histoire", pour que celle-ci soit pleinement "intégrée dans l’histoire de la ville".


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