Les profanateurs du cimetière juif de Sarre-Union lourdement condamnés à payer des dommages et intérêts, "un jugement exemplaire"

Les cinq adolescents qui avaient profané le cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin) en 2015 ont été condamnés une nouvelle fois, le vendredi 25 mars 2022, par le tribunal pour enfants de Saverne. Ils devront verser 82.500 euros de dommages et intérêts aux familles et 11.000 euros pour les frais d'avocats.

Les proches des morts enterrés à Sarre-Union avaient été "très déçus" par les peines prononcées en 2017. Ils avaient donc décidé de poursuivre la procédure afin d’obtenir une réparation morale.
"On a fait une demande d'indemnisation importante, pas pour la somme en elle-même, mais pour le principe, affirme Maître Muriel Ouaknine Melki, l'une des avocates des parties civiles. Car nous sommes convaincus que lorsque quelqu'un doit mettre la main au portefeuille, il n'est pas prêt de recommencer. Dans le village, tout le monde aura connaissance de ce montant, ça dissuadera ceux qui pourraient être tentés de faire pareil."
L'avocate est intervenue bénévolement pour le compte de l'Organisation juive européenne, avec cinq autres collègues. "Le cimetière de Sarre-Union avait déjà été profané à de nombreuses reprises. Jamais, le préjudice moral n'avait été indemnisé, sauf la dernière fois où les auteurs avaient dû verser un euro symbolique. Ce qui vient de se passer est inédit. La justice a envoyé un message clair et ferme."

Les familles avaient vécu comme une insulte de plus l'attitude des avocats de la défense, qui avaient plaidé pour l'euro symbolique. "Sur la première partie, ce sont les assurances des parents qui ont payé. Les jeunes n'ont pas sorti un centime de leur poche. Si les auteurs de ces actes antisémites ne sont condamnés qu’à un euro symbolique, pourquoi est-ce qu’ils ne recommenceraient pas ?", insiste Maurice Dahan, président du consistoire israélite du Bas-Rhin, propriétaire du cimetière.

Le consistoire a soutenu les familles dans leur démarche, mais ne s’était pas porté partie civile dans le dossier, préférant "concentrer son énergie sur les travaux de restauration des stèles à mener."
Une restauration qui n’a véritablement été engagée que cinq ans après la dégradation du cimetière. Il avait d’ailleurs fallu qu’un mécène avance des fonds pour permettre le lancement des travaux - ils se sont élevés à 800.000 euros environ - le temps que les assurances prennent le relai. Le 28 octobre 2021, lorsque le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, s'était déplacé à Sarre-Union pour une cérémonie dite de "réhabilitation" du cimetière juif, les familles étaient encore sous le coup de la colère.

La nouvelle condamnation prononcée cette fois au civil, "envoie un signal fort aux auteurs d'un acte antisémite sans précédent et qui n'ont pas à ce jour fait preuve de repentance ou montré le moindre remord (...) La lutte contre le racisme et l'antisémitisme passe par une justice exemplaire et sans faiblesse" a déclaré la Licra du Bas-Rhin dans un communiqué.

Procès des profanateurs du cimetière de Sarre-Union
14-15 septembre 2017

Le cimetière juif de Sarre-Union en 2017
Photographies : ©Jacques Wolff
Jeudi 14 septembre 2017, cinq jeunes hommes, mineurs au moment des faits, comparaissent pendant deux jours devant le tribunal pour enfants de Saverne. Ils sont poursuivis pour "profanation de sépulture en raison de l’appartenance des défunts à une religion" et pour "dégradation de bien affecté à l’utilité publique", en réunion. Leur procès se déroulera à huis clos.

Pour mémoire, près de 250 tombes avaient été profanées. Pour des dégâts, estimés par le Consistoire israélite de Sarre-Union, à plusieurs centaines de milliers d’euros. Il n’avait fallu que quelques jours aux enquêteurs pour identifier les auteurs des faits : une bande de copains. Des jeunes inconnus jusqu’alors des services de gendarmerie. L’un d’eux, âgé de tout juste 16 ans au moment des faits, s’était rendu de lui-même à la gendarmerie avant de dénoncer ses complices. Tous avaient été alors placés dans différents endroits et sous contrôle judiciaire depuis 2015 avec l’interdiction de paraître à Sarre-Union.

Certains admettent qu'ils savaient dès le début qu'il s'agissait d'un cimetière juif ; les autres qu'ils l'ont constaté très rapidement en raison des symboles qui figuraient sur les stèles. Les cinq garçons reconnaissent également avoir fait des saluts nazis, des crachats sur des symboles comme l'étoile de David, des paroles comme "Heil Hitler", "Sieg Heil" ou encore "Sale juif", "Sale race". Certains d'entre eux ont uriné sur les tombes. Selon le procureur de la République indique : "Ils ne se sont pas sentis antisémites, n'ont pas voulu l'être. Cependant, ils admettent des comportements qui nous font penser qu'un fond d'antisémitisme a été à l'œuvre dans leur action".

Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur de la République de Saverne, Philippe Vannier. Il a condamné les cinq prévenus, âgés de 18 à 19 ans mais qui étaient tous mineurs au moment des faits, à des peines allant de 8 à 18 mois de prison avec sursis.
" Les prévenus ont exprimé leurs regrets ", mais ceux-ci "semblent superficiels , a déclaré Me Burkatzki, avocat de la Licra.

Réaction de Jacques Wolff, un des derniers habitants juifs de Sarre-Union :

Bien qu’il ne reste pratiquement plus de juifs à Sarre-Union, l’antisémitisme dans la localité perdure. La clémence du jugement contre les profanateurs de février 2015 ne doit pas masquer la colère des parties civiles qui attendaient une restauration exemplaire du cimetière.
Or à ce jour des tombes restent éventrées et peu de pierres ont été relevées. Le cimetière ne semble plus être une priorité pour personne, alors qu'en 2015, c’était une cause nationale avec la venue du Président de la République.

En Alsace , on continue d’opposer la souffrance des "Malgré-nous", les soldats alsaciens incorporés de force dans l'armée allemande à la souffrance juive. Pour certains habitant, la mémoire de la Shoah est trop mise en avant par rapport à leur propre souffrance.
Lors du procès en septembre 2017, on a pu entendre dans les couloirs de la part d’un avocat des prévenus "mais vous êtes bien revenu vous " : ces mots étaient adressé à un membre de la partie civile âgé de plus de 80 ans , pupille de la Nation, qui avait vu pour la dernière fois son grand-père sur le quai de la gare, alors que muni d'un autre nom et d'une mère de remplacement chrétienne , il partait vers l’espoir d’une ligne de démarcation franchie. Comme il l’expliquait à la barre lors du procès, son père et son grand-père ont été exterminés dans les camps de la mort, ses deux tantes qui s’étaient occupées de lui avant son départ ont été internés à Bergen Belsen.

On ne s’attaque pas aux morts par hasard, puisque le but en détruisant un cimetière juif, c’est de détruire les vivants, par la mémoire, par la douleur et par l’inaction comme dans le cas du cimetière de Sarre-Union qui peine à se relever et cela dans l’indifférence générale.

Non , il n’y pas de fatalité à attendre une septième, voire une huitième profanation dans le même cimetière, même si en 2015 certains préconisaient de laisser le cimetière dévasté dans l’état, peut être pour prévenir une prochaine profanation, puisqu’il n’y aurait plus rien à détruire, peut -être devront ils déterrer les morts et les brûler lors de la prochaine profanation pour que rien ne subsiste dans cette amnésie que ces quelques "peut-être" réveilleront…

Profanation du Cimetière en 2015

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