PFAFFENHOFFEN

Synagogue de Pfaffenhoffen
© M. Rothé
Une première synagogue, édifiée en 1683, a été détruite par la population peu de temps après. Ce n'est qu'en 1791 que sera construit un nouveau lieu de culte, celui que nous connaissons encore de nos jours. L'édifice est de construction discrète et ne se distingue pas des maisons voisines.

PFAFFENHOFFEN
par André-Marc Haarscher

Histoire de la Communauté

Pfaffenhoffen
L'établissement de Juifs dans la région de Pfaffenhoffen et notamment à Bouxwiller et Neuwiller remonte au début du 14e siècle. A Pfaffenhoffen leur présence est signalée pour la première fois en 1594. Cependant, l'existence d'une communauté n'est attestée qu'à partir de 1626 par les privilèges accordés par les comtes de Hanau-Lichtenberg.

Comme partout ailleurs, leur présence était conditionnée par une réglementation stricte. Tout nouvel arrivant était soumis à une enquête sur sa fortune et sa moralité. Admis, il avait à acquitter un droit d'entrée (Einzugsgeld) qui variait selon sa fortune et à payer annuellement un droit de protection (Schirmgeld) de 18 florins. Ces impôts, et bien d'autres encore, alimentaient le Trésor seigneurial et ne bénéficiaient pas aux communes qui se sentaient lésées, ce qui fut la source de conflits fréquents.

Tronc pour les aumônes
En 1683, à la suite d'un litige avec le pasteur de la commune à propos de la célébration du Nouvel An juif, les comtes autorisèrent officiellement l'exercice du culte mosaïque à Pfaffenhoffen.

Au cours du 18e siècle, en dépit de la fréquente hostilité des habitants, le sort des Juifs s'améliora progressivement, au point qu'un Juif de Pfaffenhoffen, Zacharias Meyer, devint Maître de la corporation des marchands de la ville (Zunftmeister) en 1784.

De trois familles en 1700, la communauté juive s'agrandit pour atteindre seize familles (74 individus) en 1784, et 136 personnes en 1808. Elle resta stable jusqu'au milieu du 19e siècle puis diminua progressivement, en particulier après la première guerre mondiale du fait de l'exode rural. L'expulsion d'Alsace et la déportation au cours de la dernière guerre acheva son déclin puis son extinction.





La Synagogue

La synagogue a été entièrement restaurée en 1999, et elle est à présent ouverte au public de façon permanente.
Une des rares synagogues construites en Alsace sous l'Ancien Régime et qui soit encore conservée, est celle de Pfaffenhoffen, inaugurée en 1791. "À Pfaffenhoffen nous avons la dernière survivante d'une lignée : celle des synagogues faites pour permettre à un groupe de vivre son judaïsme" (Gilbert Weil - Les synagogues de Basse-Alsace, AMJAB, 1990). Elle est à la fois lieu de culte, centre communautaire, école, centre d'hébergement, four à “Matzoth” (pains azymes) pour la Pâque juive, et “Mikwe” (bain rituel). Elle est classée Monument historique et a bénéficié d'importants travaux de restauration.

C'est un édifice à façade vernaculaire, que rien ne distinguait des maisons avoisinantes, sans ornementation, si ce n'est la date en caractères hébraïques sur la clé du linteau de la porte (5-) 551 et la date de l'année civile 1791.

Fontaine pour l'ablution des mains
Fontaine
Au rez-de-chaussée, une porte s'ouvre sur la partie gauche de la façade et donne accès à un couloir qui traverse le bâtiment. Sur le mur de gauche du couloir, une fontaine en pierre porte la date hébraïque de (5-) 505,ce qui correspond à l'année 1744. Cet élément provient d'un édifice antérieur, peut-être la première synagogue, qui se situait, d'après M. Luckel, dans l'actuelle rue de l'Ours.

Sur le mur de droite, une porte donne accès à la “Kahlstube”, grande pièce qui servait à la fois d'école et de lieu de réunion pour la communauté. Une trappe au plancher mène par un escalier de pierre à un sous-sol dont une partie, revêtue d'un enduit spécial, pourrait avoir été le bain rituel alimenté par une source et non par la nappe phréatique.

Derrière la “Kahlstube”, se trouvent deux petites pièces dont l'une, grillagée(!) a servi de “Schlafstaedt”, chambre d'hébergement pour le nécessiteux de passage, et l'autre donne sur une grande cuisine où se trouvait le four à “Matzoth”.

La synagogue a été entièrement restaurée en 1999, et elle est à présent ouverte au public de façon permanente.
A l'étage supérieur, la synagogue proprement dite, est partagée en deux espaces inégaux, le plus grand destiné aux hommes, l'autre réservé aux femmes. Les deux parties sont séparées par un muret bas, surmonté d'une “Meritza” en lattis de bois derrière laquelle coulissait un rideau. On accède à l'étage par un escalier en bois qui ouvre sur deux portes, l'une pour les femmes, l'autre pour les hommes. Tout l'espace est orienté vers l'Est.

Dans un renfoncement du mur oriental se trouve l' ”Aron Hakodesh”, l'Arche Sainte, où étaient déposés les rouleaux de la Torah. Le remarquable encadrement de pierre, revêtu de peinture polychrome porte, lui aussi, la date (5-) 551. Deux colonnes ornées de pampres portent un large linteau sur lequel sont sculptés, en haut relief, deux lions portant la “couronne de la Torah” (fleurdelisée, car c'était avant l'exécution de Louis XVI). De part et d'autre des deux lions sont gravées en très belles lettres, les formules classiques “Sache devant qui tu te tiens” et “L'Eternel est toujours en face de moi”. Le soubassement des colonnes présente deux avancées garnies de picots pour fixer des cierges. Les portes de l'armoire qui renfermait les rouleaux de la Loi étaient recouvertes d'un rideau d'Arche en velours richement brodé et dont la couleur (blanc, rouge, bleu, vert) variait selon les fêtes.

La tribune “Almemor” de l'officiant occupe le milieu de l'espace des hommes. Des pupitres individuels l'entouraient sur trois côtés (ils ont été remplacés ultérieurement par les bancs actuels dont l'un, à droite, porte un tronc pour les aumônes)

La partie réservée aux femmes est meublée de trois longues banquettes capitonnées.

La synagogue a été entièrement restaurée en 1999, et elle est à présent ouverte au public de façon permanente.
Neuf hautes fenêtres à ébrasement intérieur éclairent l'ensemble. Au dessus de l'Arche Sainte est percé un oculus en forme d'ovale couché qui était garni de verre multicolore. Il permettait, quand on ne pouvait plus différencier les couleurs, de savoir que la nuit était tombée pour inaugurer ou clore le Shabath et les fêtes.

Une très belle lustrerie ainsi qu'un grand candélabre en laiton (qui ont été volés après la guerre) illuminaient l'espace.

Dans sa simplicité et sa sobriété, tant extérieure qu'intérieure, la “Schule” de Pfaffenhoffen est l'exemple typique d'une synagogue rurale du 18e siècle.



Poele
Photographies : © B. Weill
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