Les tombeaux dans la forêt
(extraits)

Depuis que commença pour nous la guerre immonde
en l'an quarante de la mort

- c'était t'en souviens-tu, le temps ou Artie Shaw
tout jeune encore à Chicago
jouait célestement l'air de Poussière d'Azur sur
sa clarinette d'or au timbre tendre et pur -

Ils ont vécu sans nul remords
avec leurs crimes d'hier,
les démons têtus de l'Europe
habités par le mal
qui travaillent toutes les nuits dans nos vieux cimetières,
le visage caché sous leur cagoule obscure.

Sur les cendres de Treblinka niées et piétinées
les fils des meurtriers, casseurs de sépultures,
rêvent d'achever avec nous, les derniers survivants,
ces témoins obstinés d'une aurore future,
l'ouvrage de mort commencé voilà cinquante années
par les bourreaux nazis, leurs maîtres et leurs pères.

Combien de temps les assassins sur terre
rendront-ils toute vie amère et douloureuse ?
Dans le coeur de Caïn nourri par la colère
le désir de tuer n'aura-t-il pas de fin ?

Au retour de l'exil
fais mémoire de nous
afin que nous vivions notre simple vie d'hommes,

Roi qui en toute vie
a mis ta complaisance :
et rends nos jours nouveaux comme à l'aube du monde.

Extrait de Aux portes du labyrinthe, Flammarion 1996, pp. 337-338.

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