Dernières Nouvelles (1934) - Traduit de l'edition allemande par Alain Kahn.


Honneur à nos grand compatriotes

Auguste Widal, un érudit négligé dans sa patrie.

WINTZENHEIM, le 23 août - Depuis toujours, notre province alsacienne a donné à sa mère patrie, la France, de grands hommes, des érudits, des savants, des soldats, des navigateurs, des artistes, etc ..., qui, pour la plupart, étaient originaires de familles modestes et pour lesquelle pourtant toute la nation, et en particulier la petite patrie, étaient légitimement fières et pouvaient l'être.
 
Alors pourquoi ne devrions nous pas nous souvenir d'un homme qui a perçu la lumière du monde dans les murs de Wintzenheim, et qui a laissé derrière lui le nom d'un érudit à un tel point qu'il est hautement honoré et célébré dans tout le monde par les protecteurs du feu sacré de la Science.
 
Nous évoquons Charles Auguste Widal qui est venu au monde à Wintzenheim le 3 juin 1822 dans l'actuelle propriété Fussingen et dont le père, Isidore Widal, est né au "Château" (l'actuelle mairie). Cette famille Widal, malgré sa modestie reconnue dans toutes les couches de la population, faisait partie des familles les plus distinguées de notre petite ville.
 
 Auguste Widal suivit ses premières études au collège de Colmar puis au "Lycée Charlemagne" à Paris où lui-même, malgré sa jeunesse -il avait seulement 25 ans-, travailla comme professeur de réthorique. En tant que docteur en "littérature ancienne", il travailla ensuite dans les facultés d'Aix, Poitiers et Douai.
 
L'efficacité d'un véritable érudit est comparable à une bonne graine qui, à la vérité, se développe abondamment là où elle pousse et qui aussi, emportée par les airs, féconde le champs largement, très loin à la ronde. Ainsi en était-il avec Auguste Widal, cet éminent érudit et homme de lettres. De ses ouvrages on peut citer :
 
- Des divers caractères du misanthrope chez les écrivains anciens et modernes;
- Dissertation sur le dialogue des orateurs de Tacite;
- Etudes sur trois tragédies de Sénèque imitées d'Euripide;
- Etudes littéraires et morales sur Homère.
 
Sous le pseudonyme de "Daniel Stauben", Auguste Widal écrivit :
 
- Scènes de la vie juive en Alsace;
- Scènes du Ghetto;
- Les juifs de Bohême;
ces ouvrages furent traduits en allemand par L. Kumpert, etc ...
 
Auguste Widal tenait beaucoup à sa patrie alsacienne et ce fut pour lui, à 48 ans, une douleur amère lorsqu'il vit son cher petit pays tomber au pouvoir du conquérant allemand et sa chère famille exposée aux tracasseries des autorités allemandes. Comme bien des familles de notre Alsace, qui, après 1870, ne voulait rien avoir de commun avec le "vainqueur", la si hautement respectée famille Widal partit aussi pour la France.
 
Mais Auguste Widal, pour qui sa propre patrie était fermée, a moralement beaucoup souffert de cela. Il mourut le 7 mai 1875, à 53 ans, à Paris. Pour honorer dignement ce natif de notre Wintzenheim, les autorités de la ville universitaire de Poitiers nommèrent, après sa mort, l'une de ses rues : "rue Auguste Widal". Elle porte son nom encore aujourd'hui.
 
Que nos édiles puissent suivre cet exemple; nos ancêtre n'auraient certainement pas dû oublier d'éterniser ici le nom d'un grand fils de Wintzenheim.

                                                                                                                                                         J.R. 
 


 

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