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La Justice apparaît ainsi comme une leçon et comme une fonction. Son incidence est double: théologique et sociale. Théologique- parce que la Justice implique une connaissance de Dieu antérieure à la constitution juridique de la cité. Sociale - parce que dans la cité soumise à la connaissance de Dieu, la Justice fixe les rapports entre les hommes. Elle n'est pas seulement ladministration périodique par certains d'une mesure opportune ou sage. C'est une alliance entre Dieu et les hommes. Elle se fait par le concours indispensable de tous, à tout instant, dans toutes les phases de la vie individuelle et collective. Comportant une multiplicité de termes et recouvrant une extrême diversité, la Justice signifie dans l'Ancien Testament à la fois la vénération, le respect, la légalité, l'amour et la charité. Elle symbolise la vertu sainte et l'honnêteté profane. Elle est non moins léquité et le bon droit que le droit strict et la sévérité. Elle englobe la clémence et la rigueur. Elle représente surtout la sincérité, lintégrité, la pauvreté et linnocence.
Je ne saurais faire meilleure oeuvre de synthèse quen rapportant le texte intégral du Deutéronome , chapitre 16, verset 18 et suivants: "Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes les villes que lEternel ton Dieu te donnera dans chacune de tes tribus; et ils devront juger le peuple selon la justice. Ne fait pas fléchir le droit, naie pas égard à la personne, et n'accepte point de présent corrupteur, car la corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes. Cest la justice, la justice seule que tu dois rechercher !"
Du début jusquà la fin du Pentateuque le principe de la législation reste celui de la recherche de la justice. Aimer Dieu, suivre ses voies, défendre la veuve et l'orphelin, secourir lindigent et protéger létranger, cest rendre la justice, cest lappliquer. Rien ne peut être soustrait à la règle de justice, ni dans la sphère du droit public ni dans celle du droit privé, ni dans les moments solennels, ni aux heures banales de la vie. L'homme tout entier est "livré" : il est sous l'emprise incessante et implacable de la justice qui, toujours, veut se manifester et être manifestée.
Lexpérience de la souffrance a pour corollaire l'accomplissement de la justice. Il est clair que sur ce point lAncien Testament a complétement innové. En effet, lantiquité non biblique, influencée par le mythe de Prométhée, ignorait que la souffrance pût engendrer mieux que la révolte ou le dédain. Remarquons, dautre part, qu'en nouant la pratique de la justice au souvenir dun esclavage, l'Ancien Testament bouleversait non seulement léthique mais encore la politique de lantiquité.
Ce nest pas à propos de la science que naît le problème de la Justice dans les Ecritures. Mais il surgit à propos de lhomme. Cest lhomme que la justice doit situer devant Dieu, avec le prochain, dans le cadre dun contrat divin. La rupture de lhomme avec son prochain équivaut à la rupture du contrat, de lalliance avec Dieu. Pour restituer la révélation, il faut restituer la justice par rapport à lagglomération de toutes les individualités, sans distinction. Lesclave, létranger, le pauvre sont des êtres déficients qui ont besoin dun rétablissement. Le pécheur a besoin dabsolution. Leur présence aux côtés de l'homme suffit à obliger ce dernier. Ils sont «le prochain». En somme, dans lAncien Testament, lidée de justice et la notion du prochain sont indissolubles. Je suis presque tenté de dire quil faut comprendre linfluence de la notion du prochain dans lAncien Testament, comme nous comprenons, en droit civil, le rôle de la cause dans les obligations. Cest le prochain qui constitue la cause de la justice. Il incarne la condition essentielle de la validité du contrat divin.
Nous croyons, quant à nous, serviteurs de l'ordre judiciaire que loeuvre de justice est impérissable. Et nous savons que pour la continuer, il faut construire fidèlement. Sans rien omettre ou oublier. Car les meilleurs matériaux de l'avenir, ce sont les leçons du passé.
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