Été 1942 : Les grandes rafles


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Nous avons appris (rien n’a été publié dans les journaux ni dit à la radio), les grandes rafles de Juifs étrangers à Paris et dans la zone nord, les 16 et 17 juillet 1942. En fait, c’était l’application de la résolution de Wannsee (fin janvier 1942) qui instaurait la Solution finale, c’est-à-dire, l’extermination des Juifs d’Europe.

Pour ceux qui ont été arrêtés, ils ont été envoyés au camp de Drancy et plus tard vers les camps de la mort. Nous l’avons appris par quelqu’un qui est venu, et aussi par des cartes inter-zones envoyées de Paris. Néanmoins, nous ne pouvions rien faire.

Lilette et Daniel sont partis dans des camps E.I., et mon mari et moi avons décidé de prendre une quinzaine de jours de vacances. Nous sommes allés à Luchon dans les Pyrénées, où séjournaient nos amis Racine. Nous avons pu faire une grande balade vers les sommets des Pyrénées, en couchant dans mi refuge et tôt le matin, nous avons escaladé un pic surplombant le lac d’Oo (j’ai gardé une photo de cette balade). Mais vers le 1er août, mon mari a dû aller à Marseille pour une réunion d’où il est revenu avec de fâcheuses nouvelles : les arrestations des Juifs étrangers allaient commencer en zone sud, probablement durant la deuxième quinzaine d’août. Nous sommes restés encore trois jours à Luchon, mais le joyeux esprit des vacances s’était envolé.

Castor avait réussi à trouver à Vichy un informateur, un quaker qui travaillait au Service Social des Étrangers du Ministère de l’Intérieur. C’est d’ailleurs absurde, car le gouvernement, d’une part pourchassait la plupart des étrangers et, d’autre part, s’occupait de les aider socialement ! C’est plus tard que j’ai appris que cet homme s’appelait Gilbert Lesage et il a reçu le titre de “Juste des Nations”de Yad VaShem. Il a donc téléphoné à notre centre de Moissac en langage codé, pour nous annoncer quelle catégorie de Juifs étrangers allait être visée.

Le 23 août, sont arrivés au “Chantier” vers 13 heures, un groupe de filles de Moissac en “camp volant” ; je ne me souviens plus si la directrice de Moissac, Chatta Simon, nous a téléphoné ou non. Il s’agissait de filles étrangères dont certaines sorties des camps de Gurs et de Rivesaltes, qui étaient en danger d’être arrêtées ; et Chatta avait envoyé camper tous les garçons et les filles dans cette situation.

Donc arrivent une trentaine de filles avec une cheftaine, harassées d’avoir fait les 7 km nous séparant de la gare. Nous les avons accueillies, nourries, et désaltérées. L’après-midi, vers 15 heures, je reçois un coup de téléphone de Moissac ; “vérifie tes factures depuis 1936”, et moi, comme une idiote, je réponds : “mais je n’ai pas de factures de 1936”. L’autre me dit: “Réfléchis” et raccroche. J’ai compris qu’il s’agissait d’étrangers, entrés en France à partir de 1936. Nous en avions trois que mon mari avait réussi à faire sortir des “Bataillons de Travailleurs Étrangers”: Kurt Klein, un allemand grisonnant, son copain Erwin Spitz, et le polonais ‘Haïm Weintraub. Je leur ai dit : “Il y aura probablement des arrestations demain. Ce soir vous couchez dans la forêt”. C’était le mois d’août et il faisait chaud. J’ai voulu faire partir les filles à notre ferme de La Grasse, mais la cheftaine m’a suppliée; “elles sont fatiguées, elles ont beaucoup marché. Je te promets que demain matin, nous déménageons”. J’ai oublié de dire deux choses : mon mari était absent, et nous avions un téléphone intérieur entre nos fermes, installé grâce à ses astuces. A 5h30 du matin, le téléphone sonne dans ma chambre : “Les gendarmes sont là, au centre, et le chef demande Mr ou Mme Gamzon”. Les gendarmes étaient arrivés à la pointe du jour, étaient montés directement au dortoir des garçons et avaient appelé les trois noms précédemment cités. Les garçons se réveillèrent, ahuris, et ni Kurt, ni Erwin, ni ‘Haïm n’étaient présents.

Je suis donc arrivée à toute vitesse aux Ormes (par ce Kurt Klein, qui fréquentait le café du village - ce que mon mari n’avait jamais le temps de faire - nous avions appris que “l’adjudant de la gendarmerie écoutait la radio anglaise”). Je me suis trouvée seule avec lui entre le dortoir des garçons et la maison principale et je le lui ai dit : “Monsieur l’adjudant, ce ‘Haïm Weintraub, que vous recherchez a été soldat de l’armée polonaise, il a été torpillé en revenant de Narvik, et vous venez l’arrêter?”
- “Ah ! Madame Gamzon, on est obligé de faire des choses qu’on ne voudrait pas faire”.

Dès ce moment-là, nous avons été copains. Il a exigé de vérifier les cartes d’identité de tous les présents et nous avons rédigé ensemble le procès verbal (plus tard, je l’ai invité à déjeuner avec sa femme chez nous, et j’ai déjeuné ensuite chez eux, à la gendarmerie).

Les trente filles arrivées la veille, avaient filé en douce par l’autre côté du domaine et étaient parties à La Grasse; les gendarmes n’ont pas poussé plus loin leur perquisition. Mais que faire de ces trente filles? Nous ne pouvions pas les garder. Les paysans des environs auraient vu un accroissement inopiné de jeunes filles. Le même jour, je suis allée l’après-midi en bicyclette, à Castres, voir mon amie Hélène Rulland. Elle n’avait pas de solution immédiate, et elle m’a demandé de revenir le lendemain. Elle avait obtenu entre temps de Monsieur de Rouville notable de Vabre qu’il mette à sa disposition une cabane dans la montagne, au-dessus du village de Vabre. J’ai donc accompagné ces jeunes filles et leur cheftaine à Castres, par l’autobus. Nous avons rencontré Cham et tout le groupe s’est embarqué dans le petit tortillard local qui montait vers Vabre et Lacaune.

Cham et les filles sont restées près d’un mois dans cette cabane très sommaire. Elles n’avaient presque pas de tickets de rationnement. Le boulanger donnait un peu de pain en plus, mais elles n’avaient pas grand chose à manger. Entre temps, notre service clandestin, “La Sixième”, s’est organisé : une partie des filles a pu passer illégalement en Suisse, les autres ont été placées dans des fermes, ou des collèges. Elles ont toutes été sauvées et Cham a reçu, il y a une dizaine d’années, le titre de “Juste des Nations". Elle est décédée depuis.

1942 : Denise-Pivert en paysanne
En revenant en vélo de ma visite à Castres, j’ai senti une forte douleur dans les reins. J’ai fait un rapide calcul et j’ai réalisé que j’étais enceinte d’un bébé, qui est né en juin 1943, et qui s’appelle Elie Gamzon.

A partir de ce moment, il y a eu des échanges de jeunes entre Moissac et Lautrec, de nouveaux jeunes nous arrivaient d’un peu partout et on a commencé à leur fabriquer de fausses identités.

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord, à Alger et à Casablanca. En représailles, les Allemands envahissent le 11 novembre la zone sud. Le sud-est, plus proche de l’Italie, est envahi par les Italiens, qui occupent les Alpes-Maritimes, les Hautes et Basses-Alpes, l’Isère et la Haute-Savoie.

En automne 1942, Castor a décidé de créer une véritable école, qui préparerait aux classes de seconde, première et terminale. Il y avait parmi nous assez de gens capables de donner des cours de français, de mathématiques, de physique, et de biologie. En fait, cette école, qui a groupé une vingtaine d’élèves un peu plus jeunes, ne suivait pas vraiment les règlements de l’Éducation Nationale. J’ai fait moi-même, des cours de philosophie, matière qui m’avait beaucoup intéressée, mais dans laquelle je n’étais pas vraiment à la hauteur. Mes élèves étaient Jérôme Lindon, futur directeur des “Éditions de Minuit”, Claude Lévy, devenu depuis docteur en médecine, et Erwin Fleicher, monté ensuite en Israël.

J’ai eu un début de grossesse difficile et assurais péniblement la direction du Chantier. Castor a pu recruter Gilbert Bloch, jeune polytechnicien, qui avait passé 18 mois comme lieutenant aux “Chantiers de Jeunesse” de Vichy, chantiers qui avaient été dissous par les autorités allemandes. Il venait d’une famille de Nancy assez assimilée, mais ressentait, comme nous tous, les coups que nous portait le nazisme. Intelligent et méthodique, il a bien analysé les problèmes du Chantier. Mais il avait aussi ce que j’appelle un “esprit d’officier français”, parfois agaçant. Je dois dire que les jeunes du Chantier éprouvaient un grand respect pour lui. Il a commencé à découvrir le judaïsme avec Léo Cohn, qui lui donnait très souvent des cours, et s’est mis à apprendre l’hébreu. Il a commencé à lire un peu de Tanakh, et s’est emballé pour les Psaumes .

J’étais un peu jalouse d’avoir dû quitter la direction du Chantier, mais je me rendais bien compte que je n’étais plus capable de l’assumer. Dans l’ensemble, j‘ai réussi à maintenir de bons rapports avec Gilbert. En janvier 1943, je suis partie, pour me remettre, sur la côte d’Azur, à Cannes, où j’ai partagé l’appartement de mon amie Anne-Marie Gentily. Robert est venu me rejoindre et nous avons passé quelques jours très agréables dans la maison des Fleg, à Beauvallon.

Pour Pessach 1943, Léo a eu l’idée de fabriquer des matzoth (pain azyme). Il avait mis de côté un sac de blé, et l’avait fait moudre spécialement au moulin du hameau. Dans notre ferme-annexe de La Roucarié, il y avait un four à pain qu’il a fait ramoner et nettoyer à fond, et nos jeunes ont passé une journée à préparer la pâte et à faire cuire les matzoth, comme le raconte Castor dans les Eaux Claires .

Léo avait aussi préparé spirituellement les jeunes à cette grande fête, leur suggérant les questions à poser. Le soir du Séder, nous étions près de 80 autour des tables fleuries. Léo a donné le Séder, et les jeunes ont posé des questions dans la vraie tradition ashkénaze.

Depuis l’installation des Allemands en zone sud, nous avions très peur d’une invasion des SS. ou de la Gestapo. Castor avait fait faire aux jeunes des exercices, au cas où les Allemands arriveraient dans la cour du Chantier ; nous avions installé une garde de nuit sur les deux routes qui y menaient, avec téléphone intérieur.

Au début de juin, j’ai ressenti les premières douleurs, et nous avons appelé une ambulance. Le gardien de la route venant de Castres, voyant vers 2 heures du matin les lumières d’une auto, a alerté le bureau et le responsable lui a répondu : “C’est rien, c’est Pivert qui accouche”. Je suis donc arrivée à la clinique de la sage-femme, Mme Martial, maison impeccablement tenue, et deux heures après, j’ai mis au monde un beau garçon, Elie.

Nous avons célébré dignement, fin juillet, le mariage de Maurice Bernsohn et d’Annette Hertanu, auquel assistaient cent cinquante personnes et pour lequel nous avions préparé un repas excellent pour l’époque.

Mais fin septembre, nous avons appris de fâcheuses nouvelles : le 5 septembre 1943, l’Italie a demandé l’armistice aux puissances alliées; Mussolini a été emprisonné, mais il a réussi à s’évader, et les Allemands ont envahi la zone italienne.

Depuis l’année précédente, comme la zone italienne était plus sûre, un grands nombre de juifs étrangers, peut-être trente mille, s’y étaient réfugiés, dont beaucoup à Nice. Notre organisation clandestine, la Sixième, y avait délégué un de ses chefs, Claude Gutmann, qui travaillait en étroit accord avec le délégué du Mouvement de Jeunesse Sioniste, Jacques Weintraub. ils ont été dénoncés par une infirmière envoyée de Marseille, qui était elle-même dans la Résistance. Claude a réussi à faire passer un papier disant : “J’ai eu des battements, et j’ai pensé à Chatta”. Donc, il avait donné le nom de Moissac, et peut-être de Lautrec. Donc, vers le 1er octobre, nous avons décidé de liquider les maisons d’enfants et les Chantiers Ruraux.

La famille Cohn (devenue Colin) s’est installée dans un petit village, Montredon, et moi, j’ai trouvé un petit logement à Castres où nous nous sommes installés. Entre temps, grâce à Chatta, nous avons eu une bonne fausse identité, c’est-à-dire, celle de quelqu’un qui habitait près de Moissac, et nous sommes devenus, Henri et Marthe Lagnès.

Une partie des jeunes de Lautrec a été placée comme ouvriers agricoles dans les fermes des environs, mais les gens de “La Sixième” envoyaient encore des jeunes d’un peu partout, et le Chantier n’a été définitivement fermé que fin mars 1944. Vers février 1944, une voix à fort accent allemand, a téléphoné à la gendarmerie poux savoir si Mr Gamzon était là, et les gendarmes ont répondu que Mr Gamzon avait disparu et que le Chantier était fermé.

Mon fils Daniel avait eu, en été, une crise intestinale, qui était probablement une crise d’appendicite. Puis, fin novembre, une deuxième crise à Castres. Là, il a été hospitalisé, et opéré dans une clinique. Comme nous avions les assurances sociales au nom de Gamzon, je l’ai inscrit sous ce nom. Mais son instituteur, venu voir quelqu’un d’autre, l’a aperçu et a bavardé avec lui. Quand mon mari est venu le voir, le gosse était très agité : “ A l’école on m’appelle Daniel Lagnès ici je suis inscrit comme Damel Gamzon, et si l’instituteur l’avait découvert ?”. Et le même soir, il avait de nouveau 39° de fièvre.

Plus tard, un ancien jeune de Lautrec qui travaillait dans “La Sixième”, a été arrêté dans un train et nous avions peur qu’il ait sur lui notre adresse à Castres. Nous avons donc décidé de quitter cette ville, et j’ai trouvé à louer à Lamalou-les-Bains, dans 1’Hérault, au nord de Bédarieux et de Béziers, une charmante villa où nous avons déménagé début janvier. Daniel a été à l’école du village, et Lilette, qui devait être en cinquième, a alors suivi les cours d’enseignement par correspondance, donnés par le Ministère de l’Éducation Nationale. Elle travaillait seule et très sérieusement.

Entre les 15 et 18 janvier, a eu lieu la rencontre des chefs E.I., au château de Chamarges, près de Die, qui était devenu un centre de formation de jeunes. Nous étions camouflés comme chefs et cheftaines E.U. (protestants); et quelques chefs de Paris ont pu y venir pour la première fois. Ça a été une rencontre extraordinaire par la qualité des gens présents : Chameau, Castor, le rabbin Samy Klein et beaucoup d’autres.

Un horaire des cours était affiché dans la salle à manger : agriculture voulait dire judaïsme, et Bretagne voulait dire Israël.

Après le dîner du vendredi soir, nous étions en train de chanter, quand le chef du centre est venu nous prévenir : “Un train allemand est signalé à la gare de Die”. Il préférait que nous ne restions pas là, et nous a suggéré de monter dans une cabane pour laisser passer l’alerte. Nous sommes donc partis, avons grimpé deux heures avant de trouver cette cabane un peu ouverte à tous les vents, et y avons passé le reste de la nuit. Le lendemain matin, je suis redescendue avec Feu-Fo qui était restée à mi-chemin. Le train allemand avait passé ; il n’était rien arrivé; et notre groupe pouvait regagner le château. Mais ils ont préféré passer le reste du Shabath là-haut, et sont redescendus vers le soir.

De jeunes E.I. forment le "6" de l'organisation de résistance E.I. la Sixième ; en tête, Claude Guttman.
Le dimanche nous nous sommes séparés, après un chant des adieux assez émouvant. Hélas, il en est plusieurs que nous ne reverrons plus : Sammy Klein, Léo Cohn, Gilbert Bloch et je crois, deux des chefs venus de Paris.

Le même soir, j‘ai dîné à Valence, chez mon oncle et ma tante Arthur et Irma Mayer, et ma tante Jeanne Alexandre. Je leur ai vivement conseillé de quitter Valence, où ils étaient inscrits comme Juifs au commissariat de police. Oui, Arthur avait déjà trouvé une pension de famille dans la montagne, mais mes tantes avaient peur de ne pas être bien chauffées. Vers minuit, j’ai pris le train pour Avignon, puis en changeant, pour Castres. Une semaine après, les Allemands sont venus les arrêter. L’oncle Arthur y a échappé, car il était descendu chercher du pain et du lait, et une voisine l’avait prévenu et caché. Mes tantes ont été transférées à Drancy. Mon cousin, Maurice Mayer, qui était dans la Résistance médicale, a essayé, en vain, de les faire échapper. Elles sont parties de Drancy pour Auschwitz, où elles ont été aussitôt gazées.

A Lamalou, nous étions vraiment cachés et ne donnions notre adresse à personne. Nous nous faisions envoyer le courrier à la poste restante de Bédarieux. Nous avions avec nous notre très fidèle bonne, Berthe.

En février, je me suis rendu compte que j’étais de nouveau enceinte. Castor voyageait toujours sous sa fausse identité de Lagnès, mais s’il rentrait plus tard que prévu, il m’envoyait toujours un télégramme, car il savait qu’un retard d’une nuit pouvait laisser supposer quelque chose de beaucoup plus grave.

Et puis, à la mi-mars, l’armée allemande a loué une villa pour le repos de ses officiers, non loin de chez nous. Quand je promenais Elie dans sa voiture, je passais devant la villa, où entraient et sortaient les officiers allemands et les “souris grises”.

Nous avions peur que la Résistance locale fasse un coup contre cette villa, bien visible, et que les Allemands fassent alors des recherches sur les habitants du voisinage. Nos papiers d’identité étaient bons, mais mon mari était soi-disant, représentant en produits agricoles d’une maison de Carcassonne, dont je soupçonne qu’elle n’existait pas. Par ailleurs, il n’y avait pas grand-chose à manger à Lamalou, sauf des châtaignes séchées et du vin. Robert est allé voir le Préfet du Tarn pour essayer de retourner dans ce département, et le Préfet nous a promis de nous protéger si nous venions dans le Tarn.

J’ai visité un château à 20 km d’Albi, mais les propriétaires n’ont pas voulu nous le louer. C’est alors, vers la fin mars, que nous avons décidé, puisque j’étais enceinte, que je passerais clandestinement en Suisse avec les enfants. Il fallait aussi trouver une solution pour ma belle-mère, toujours impotente. Quant à Castor, il irait rejoindre le Maquis, qui s’était organisé, non loin de Vabre, en décembre 1943.

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