A l'écoute d'André Neher
JERUSALEM


Il faut être poète, il faut travailler, il faut travailler à ce que Jérusalem soit la capitale, la capitale pure, la capitale rayonnante, la capitale solaire, idéale, du judaïsme idéal. Il faut y travailler, mais nous n'y arriverons jamais... Ce n'est pas une raison de se soustraire au travail, au contraire.

Même Dieu dit, dans le Traité Ta'anith, qu'II n'entrera pas dans Yéroushalayim shel maala, dans la Jérusalem d'En-haut avant d'avoir passé par la Jérusalem d'en-bas.

Le problème, c'est que Yéroushalayim shel mata, que la Jérusalem d'en-bas, la Jérusalem concrète, la Jérusalem physique, celle dans laquelle nous vivons, celle dans laquelle nous agissons en tant qu'hommes - car les Juifs sont des hommes, ce sont des êtres humains, ce ne sont pas des anges - que cette Jérusalem d'en-bas soit le miroir le plus fidèle qu'on puisse donner de la Jérusalem d'En-haut.

Lorsque Dieu, dit le midrash, a créé le monde, il en a créé plusieurs d'abord. Il les a cassés les uns après les autres, aucun de ces mondes n'a trouvé grâce à Ses yeux. Enfin Il a créé le nôtre. Et qu'a-t-Il dit ? "Alevaï ché-zé yaamod !"- "Pourvu de celui-ci tienne ! pourvu qu'il tienne !" Il y a une insécurité radicale dans tout ce que Dieu fait, dans l'oeuvre de Dieu. Alors, comment n'y aurait-il pas une insécurité radicale dans l'oeuvre que l'homme fait ? Nous n'avons pas toujours réussi, mais nous avons toujours essayé. Et c'est dans cet essai, dans cet effort, qu'est la dignité morale de ce que nous faisons, de ce que nous avons fait, et de ce que nous ferons encore dans l'Etat d'Israël.

Jérusalem en Eretz Israël à la fête de Pessah...
Eretz Israël est le seul pays au monde où le Seder et Pessah ont été fêtés toujours, sans interruption, sans interruption depuis le premier Pessah sous Josué, à Jéricho, au moment de l’entrée de notre peuple hébreu en Eretz Israël, et jusqu’à nos jours !

Oui, trois millénaires et cinq siècles, depuis le Pessah de Jéricho célébré par Josué, tel qu’il est relaté dans la Bible, dans la Haftara du premier jour de Pessah. Une chaîne ininterrompue de Pessah s’échelonne d’année en année, de siècle en siècle, de millénaire en millénaire, jusqu’à nous, aujourd’hui, ici !

Il y a toujours eu un yichouv juif en Palestine, et quel est le peuple qui peut témoigner d’une telle chaîne ininterrompue sur la même terre, avec la même foi ?

... Dans la Amida, il y a une berakha, une bénédiction, qui commence par le mot "Ve-l’Yroushalayim" ("Et pour Jérusalem") . Je l’ai récitée à partir du moment où j’ai commencé à apprendre à prier, en m’adressant à Dieu, comme on adresse toute berakha à Dieu, puisqu’à la Amida on se tient debout devant Dieu: ”Ve-l’Yroushalayim irékha be-rahamim tashouv...”. J’étais à ce moment en France, dans la Gola (l'exil). Et je disais à Dieu: ”Mais retourne donc à Jérusalem, Ta Ville !” Jérusalem, c’est la Ville de Dieu : ”Tishkon be-tokha ka-asher dibarta”, "va y résider comme Tu l’as dit" à travers les prophètes. Tu as annoncé la shivath Tsion, le retour à Sion, qu’est-ce que Tu attends ? Mais ”Bené ota ... binyan olam”, "reconstruis-là en une édification éternelle".

C’est ce que j’ai dit à Dieu, très précisément, jusqu’au 5 Yiar 1948 - 5708 - lorsque j’ai appris qu’il y avait de nouveau une Medinath Israël (un Etat d'Israël), sur Eretz Israël, avec comme capitale Yéroushalayim. A ce moment, j’ai continué à dire cette berakha, moi, Juif dans la gola, mais avec un autre destinataire. Je ne la disais plus à Dieu en dialogue avec Dieu, je l’ai dite à moi-même, en monologue ou en dialogue intérieur. Je me suis adressé à moi-même : ”Ve-l’Yroushalayim irékha be-rahamim tashouv”, "Toi, André Neher, retourne dans ta ville Jérusalem, c'est maintenant ta capitale!"

Cette intention de la prière tournée vers moi-même, cela a duré jusqu'au moment de mon alya (mon émigration). Quand, enfin, je me suis écouté moi- même, j'ai agi selon ma pensée, et j'ai fait mon alya.

A partir de ce moment, j'aurais pu cesser de dire cette berakha, puisque j'y étais. Or Yéroushalayim, avec tout son potentiel messianique, était reconstruite. Mais j'ai continué à la dire, et je continue à la dire, chaque jour, avec un autre destinataire maintenant, et ce destinataire, ce sont mes frères et mes soeurs juifs de la diaspora. Je leur dis : "Ve- l'Yroushalayim irékha be-rahamim tashouv", "Retourne dans ta ville Jérusalem", et je mets l'accent sur "berahamim". Retournes-y, dans l'amour, dans la grâce, dans la beauté, dans la bonté, au moment où c'est possible dans la joie.

Tous les matins, lorsque je sors, pour ma promenade matinale qui me conduit ensuite au beith knesseth, à la synagogue, le premier homme que je rencontre, en général, c'est le balayeur des rues. C'est un Cohen. Alors on engage la conversation, et comme il est Cohen, il me donne sa bénédiction, sa berakha, encore avant la prière, et puis on parle. Un jour, il me dit : "Ani makir otekha", "toi, je te connais... par la télévision !... Je sais que tu écris des livres, tu es philosophe, tu écris des livres". "Ani menaké oumityapé Yéroushalayim", "mais moi, je rends propre et j'embellis Jérusalem".

J'ai toujours été élevé, par mes parents, par mes maîtres, par mes lectures, par ma formation, en tant que Juif, dans cette idée fondamentale qu'il n'y a qu'un seul peuple juif. De plus, comme Juif religieux, pratiquant, je suis toujours aussi resté fidèle à cette idée qu'il n'y a qu'une seule Torah juive, valable pour tous, et c'est pour cela que je ne fais aucune différence entre un Juif croyant et un Juif non croyant. De même qu'il n'y a qu'un seul peuple juif, qu'il n'y a qu'une seule Torah juive, il n'y a qu'une seule terre d'Israël, Eretz Israël.

Nous sommes toujours encore, comme nous l'avons été, dans l'attente du Mashiah, du Messie. Nous l'attendons, pour ce soir, sous la forme de son annonciateur, le prophète Elie : "Quand tu viendras, Messie, eh bien! nous, nous serons là !" Nous pourrons dire : "Anahnou pô", "nous sommes là". Tu ne viendras pas ailleurs qu'en Eretz Israël, à Jérusalem. Et nous sommes en Eretz Israël, nous sommes à Jérusalem. Chaque alya et chaque présence en Eretz Israël est un pas vers toi, le Messie !

"L'an prochain à Jérusalem " Comme nous y sommes cette année, nous y serons aussi l'année prochaine et toutes les années durant, à t'attendre, Messie ! Nous avons fait le pas vers toi, le pas qu'il fallait faire, et le Seder sera un nouveau pas vers le Mashiah. Et on ne peut être spirituellement plus libre que lorsqu'on est un Juif en Eretz Israël, dans l'attente du Messie.

Texte de la création audio-visuelle. Musée Judéo-Alsacien de Bouxwiller. Eté 1999.


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